CHAPITRE
Or si les saincts Prophètes ont fait conscience de s'aliéner (le rKi;liso à cause des <rrans péchez qui lOj^noyent, et non i)oint d'un seul lionuiie, mais (piasi de tout le peujile, c'est une trop },Tande outrecuidance à nous, d'oser nous séparer de la comnuuiion de rEirlise. incontinent ipie la vie lie ipielciin ne satisfait point a nostre jut,fement, ou mesme ne correspond a la profession Chrestionne.
19. Sendilablenient, (piel a esté le temps de Jésus Christ et de ses Apostres ? Toutesfois l'impiété désespérée des Pharisiens, et la vie dissolue du peuple ne les a point empeschez (pi'ils n'usassent de mcsmes sacrilices avec les autres, et qu'ils ne vinssent au temple adorer Dieu, et faire les |irieres solennelles en commun avec eux. Ce (iu'ilsn"eussenljamaisfait,s"ils n'eussent seu que ceux qui en pure conscience communitpient aux sacremens de Dieu avec les meschans. ne sont point cont.aminez par leur compagnie. Si quelcun ne se contente point de l'exemple des Prophètes et Apostres, pour le moins <pi'il acquiesce à l'aulhorité de Jésus (Christ. Pourtant sainct Cyprian parle tresbien disant ainsi: Combien qu'il y ait du mauvais grain en l'Eirlise, ou des vaisseaux impurs, si ne nous faut-il point retirer de l'Eglise pourtant, mais plustost mettre peine ([ue nous soyons bon froment et vaisseaux d'or ou d'argent: de rompre les vaisseaux (Je terre, c'est à Jésus Christ seul, auquel la verge de fer a esté baillée pour es faire (Ps. 2, 9) : que nul ne s'attribue ce qui ajipartient au seul Fils de Dieu, d'arracher lyvroye, de nettoyer l'aire, et d'escourre la paille, pour les séparer du bon grain (Matth. ;i, 12) par humain jugement: c'est une obstination orgueilleuse, et une présomption pleine de saciilege^ Pourtant (pie ces deux poincts nous soyent résolus, que celuy qui de son bon gré abandonne la communion externe d'une Eglise, en la(|uelle la paroUe de Dieu est preschée, et ses Sacremens sont administrez, n'a nulle excuse. Secondement, que les vices des autres, encore qu'ils soyent en grand nombre, ne nous empeschent point que nous ne puissions là faire profession de nostre Chrestienté, usant des Sacremens de nostre Seigneur en commun avec eux, d'autant qu'une bonne conscience n'est point blessée par l'indignité des autres, fusl-ce mesme du Pasteur : et les Sacremens de nostre Seigneur ne laissent point d'estre salutaires a un homme pur et entier, parce qu'ils sont receus des meschans et immondes.
20. I>eur chagrin et arrogance passe encore plus outre : pource qu'il ne recognoissent nulle Eglise, qui ne soit pure des moindres tasches du monde : mesmes se ment fièrement sur les Pasteurs qui taschent à faire leur devoir, d'autant qu'en exhortant les fidèles à profiter, ils les advertissent que toute leur vie ils seront enta-
chez de quelque vice, et pour ce.ste cause les incitent à gémir devant Dieu, pour obtenir pardon. Car ces grans correcteurs leur reprochent que par ce moyen ils retirent le peu])le de perfection. Or je confe.sse bien qu'en incitant les hommes à saincteté, on ne doit point estre h'oid ne lasche, mais (ju'on y doit travailler à bon escient. Au reste, de faire à croire aux hommes, pendant (pi'ils sont au chemin, (jue desja ils sont accomplis, c'est les abbreuver d'une resverie diabolique. Et i)Ourtant au Symbole la remission des péchez est conjointe bien a propos a l'P^glise : veu qu'elle ne se peut obtenir sinon de ceux qui sont membres de l'Eglise, comme dit le. Prophète (Is. 33. 2'i). Il faut donc qu(^ ceste Jérusalem céleste soit pi'emieremenl edili(';e, en la(pielle après cest(> grâce ait lieu, c'est que de tous ceux qui en seront citoyens, leur iniciuilé sera effacée. Or je dy qu'il faut qu'elle soit premièrement édifiée, non pas que l'Eglise puisse aucunement estre sans la remission des péchez, mais d'autant (|ue le Seigneur n'a point promis sa miséricorde, sinon en la conununion des Saincts. C'est donc nostre première entrée en l'Eglise et au royaume de Dieu, que la remission des péchez (sans laquelle nous n'avons aucune alliance ny ai)partenance avec Dieu) comme il est monstre par le Prophète Osée, En ce jour-là, dit le Seigneur, je feray alliance avec les bestes de la terre et les oyseaux du ciel. Je rompray arc et glaive : et feray cesser toute bataille de la terre, et feray dormirions les hommes sans crainte. Je feray avec eux alliance a tousjours, l'alliance sera en justice, en jugement, en miséricorde et en pitié (Osée 2, 18. 19). Nous voyons comment nostre Seigneur nous reconcilie à soy par sa miséricorde. Pareillement en un autre lieu, cpiand il I)redlt qu'il recueillera le peuple, lequel il avoit dissipé en son ire : Je les purgeray, dit-il, de toute inicpiité en laquelle ils m'ont ollensé (Jer. 33, 8). Pourtant nous sommes receus en la compagnie de l'Eglise de première entrée par le signe de lavement : dont il nous est monstre que nous n'avons nul accès en la famille de Dieu, sinon que premièrement par sa bonté noz ordures soyent nettoyées.
21. Et de iail, ce n'est pas pour un coup que par la remission des péchez Dieu nous reçoit en son Eglise : mais aussi par icelle il nous y entretient et conserve. Car à quel propos nostre Seigneur nous feroit-il un pardon (jui ne nous apportcroit nulle utilité? Or est-il ainsi que la miséricorde de Dieu seroit vaine et frustratoire, si elle nous estoit pour une seule fois concédée. De laqueUe chose un chacun fidèle se peut rendre tesmoignage, veu qu'il n'y a nul (pii ne se sente en toute sa vie coulpable de beaucoup d'inflrmitez, lesquelles ont besoin de la miséricorde de Dieu. Et de fait, non sans cause Dieu