‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 484 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

promet particulièrement à ses domestiques de leur estre tousjours pitoyable, commandant que ce message leur soit journellement porté. Par- (luoy, comme nous sommes tousjours cliar^^cz, cependant que nous vivons, des reli(|ues de péché, il est certain (pic nous ne pourrions consister une seule minute de temps en l'Eglise, si la grâce de Dieu ne nous subvenoitassiduellement en nous remettant noz tantes. Aucontran'c, le Seigneur a appelle les siens à salut éternel : ils doyvent donc estimer (jue sa grâce est tousjours jireste à leur faire mercy de leurs ollenses. Par- (luoy il faut tenir ce poinct résolu, que par la clémence de Dieu, moyennant le mérite de Jésus Christ, par la sanctification de son Esprit, la remission de noz péchez nous a esté faite, et nous est faite journellement, entant que nous sommes unis au corps de l'Eglise.

ii. Et de fait, c'est pourquoy le Seigneur a donné les clefs à son Eglise, afin qu'elle eust la dispeiisation de ceste grâce pour nous en faire participans. Car quand Jésus Christ a commandé à ses Apostres, et leur a donné la puissance de remettre les péchez (Matth. 16, 19; 18, 18; Jean 20, 23) : ce n'a pas esté seulement afin qu'ils desliassent ceux qui se convertiroyent à la foy Chrestienne, et qu'ils fissent cela pour une fois : mais afin qu'ils exerçassent cest office continuellement envers les fidèles. Ce que sainct Pau! enseigne, quand il escrit que Dieu a comnîis aux ministres de son Eglise l'ambassade de reconciliation, pour exhorter journellement le peuple a se reconcilier a Dieu au nom de Christ (2 Cor. o, 19. 20). Pourtant en la communion des saincts, les péchez nous sont remis continuellement par le ministère de l'Eglise, quand les Prestres et Evesques, ausquels ceste charge est commise, confermentles consciences des fidèles par les promesses de l'Evangile, et les certifient que Dieu leur veut faire pardon et mercy : et cela tant en commun ([u'en particulier, selon que la nécessité le requiert. Car il y en a d'aucuns si infirmes, qu'ils ont bien mestier qu'on les console à part et en privé : et sainct Paul ne dit pas que seulement en sermon public, mais aussi parles maisons il a enseigné le peuple en la foy de Jésus Christ, admonestant un chacun de son salut (Act. 20, 20. 21). Pourtant il nous faut icy observer trois choses. La première est, (pie quehiue sainctetéqui soit aux fidèles, neantmoins pendant qu'ils habitent en ce corps mortel, ils ne peuvent consister devant Dieu, sinon en ayant remission de leurs pochez, d'autant (|u'ils sont tousjours povres pécheurs. La seconde est, que ce bénéfice est donné k l'Eglise comme en garde, tellement que nous ne pouvons obtenir pardon de noz fautes devant Dieu, qu'en persévérant en la communion d'icelle. La troisième est, que ce bien nous est distribué et communiqué par les Ministres et Pasteurs, tant

en la prédication de l'Evangile qu'aux Sacremens : et mesme la puissance des clefs est principalement comprinse en cela. Pourtant l'office d'un chacun de nous est, de ne chercher la remission de nos péchez ailleurs (lu'où Dieu l'a mise. Touchant de la reconciliation publii[ue qui appartient à la police, il sera dit en son lieu.

23. Or d'autant que ces esprits frénétiques dont je parle, s'elforcenl d'oster a l'Eglise ceste retraite unique de salut, il nous faut davantage confermer les consciences à rencontre de cest erreur si pestilent. Les Novafiens ont troublé l'Eglise ancienne de ceste fausse doctrine : mais nostre aage présent a quelques Anabaptistes, (|ui ne leur ressemblent point mal en ceste fantasie. Car ils imaginent que le peuple de Dieu est par le Baptesme régénéré en une vie pure et angelique, la(|uelle ne doit estre contaminée de macules aucunes de la chair. Et s'il advient qu'après le Baptesme ils déclinent, ils ne lui laissent nulle attente que la rigueur de Dieu inexorable. En somme, ils ne font nul espoir au pécheur (pii est trebusché en faute, après avoir receu grâce de Dieu, d'obtenir pardon et mercy. Car ils ne recognoissent autre remission des péchez, sinon celle par laquelle nous sommes premièrement régénérez. Or combien qu'il n'y ait nul mensonge plus clairement refuté en l'Escriture que cestuy-cy, neantmoins pource que telle manière de gens trouvent des simples personnes pour abuser (comme Novatus a eu anciennement plusieurs sectateurs) monstrons brièvement combien leur erreur est dangereuse, tant pour eux que pour les autres. Premièrement, puis que par le commandement de Dieu tous les Saincts usent journellement de ceste lequeste, que leurs péchez leur soyent remis (Matth. (), 12) : en cela ils confessent estre pécheurs. Et ne le demandent i)as en vain : car le Seigneur Jésus ne nous a point ordonné de demander choses qu'il ne les nous vueille donner. Et mesme ayant promis en gênerai, que toute l'oraison qu'il nous a baillée seroit exaucée du Père, il donne une promesse spéciale pour ceste demande. Que voulons-nous davantage? Le Seigneur veut que tous ses Saincts, de jour en jour toute leur vie se confessent pécheurs, et leur promet pardon. Quelle audace est-ce donc, ou de nier qu'ils soyent pécheurs, ou quand ils ont fally, les exclurre de toute grâce ? Davantage, à qui veut-il que nous pardonnions septante fois sept fois (Matth. 18, 22), c'est à dire toutes fois et quantes ? ?s'est-ce pas cànoz frères ? Et pourquoy veut-il cela, sinon afin que nous ensuyvions sa clémence? Il pardonne donc non pas pour un coup ou deux, mais à chacune fois que le povre pécheur estant abbatu et navré de la recognoissance de ses fautes, souspire après luy.

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