‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 490 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

n'est entendu autre chose, sinon que comme nous convenons, quant à la doctrine, en Jésus Christ, aussi qu'en luy noz affections soyent conjointes en bon amour. Pourtant sainct Paul nous exhortant a union, prend pour son fondement, qu'il n'y a qu'un Dieu, une foy et un Baptesme (Ephes, 4, 5). Et mesme là où il nous enseigne d'estre d'accord tant en doctrine qu'en volontez, il adjouste quant et quant que cela soit en Jésus Christ (Phil. 2, 2. 5; Rom. 15, 5): signifiant que tout accord qui se fait hors la parolle de Dieu, est une faction d'infldeles, et non point consentement de fidèles.

6. Sainct Cyprien semblaWement en suyvant sainct Paul, proteste que la source de toute l'unité de l'Eglise est en cela, que Jésus Christ soit seul Evesque. Puis il adjouste consequemment, qu'il n'y a qu'une seule Eglise laquelle est espandue au long et au large : comme il y a plusieurs rayons du soleil, mais la clairté n'est qu'une : et en un arbre il y a beaucoup de branches, mais il n'y a qu'un tronc qui est appuyé sur sa racine : et d'une seule fontaine découlent plusieurs ruisseaux , qui n'empeschent point toutesfois que l'unité ne demeure en la source. Qu'on sépare les rayons du corps du soleil, l'unité qui est là ne souffre aucune division. Qu'on coupe la branche d'un arbre, et elle séchera. Ainsi l'Eglise estant illuminée de la clairté de Dieu, est espandue par tout le monde. Neantmoins il y a une seule clairté qui s'estend par tout, et l'unité du corps n'est point séparée ^ Apres avoir dit cela, il conclud que toutes hérésies et schismes proviennent de ce qu'on ne se retourne point à la source de vérité, qu'on ne cherche point le Chef, et qu'on ne regarde point la doctrine du Maistre céleste. Maintenant que les advocats du Pape crient que nous sommes hérétiques, d'autant que nous avons abandonné leur Eglise : comme ainsi soit que la seule cause de l'abandonner ait esté, pource qu'on n'y souffre nullement que la vérité y soit preschée. Je laisse cela encore, qu'ils nous en ont chassé avec leur fouldre d'excommunication : laqueUe seule raison neantmoins est suffisante pour nous absoudre ; sinon qu'ils veuillent condamner les Apostres comme schismafiques avec nous, veu que la cause est semblable. Je dy que Jésus Christ a prédit à ses Apostres, qu'on les jetteroit hors des Synagogues à cause de son nom (Jean 16, 2). Or ces Synagogues-là estoyent réputées vrayes Eglises et légitimes pour le temps. Puis donc qu'il appert que nous avons esté jettez hors de l'église du Pape, et que sommes prests de monstrer que cela nous est advenu pour le nom de Christ, il faut enquérir de la cause devant qu'on détermine rien de nous en une part ou en l'autre. Mais encore je leur quitte ce poinct là, s'ils veulent: car il me suffit bien de ceste raison, qu'il nous estoit né-

cessaire de nous esloigner d'eux pour approcher de Christ.

7. Mais il apparoistra encore plus évidemment en quelle réputation nous doyvent estre toutes les églises, lesquelles sont sujettes à la tyrannie du Pape, en les accomparant avec l'Église ancienne d'Israël, selon qu'elle nous est descrite par les Prophètes. Lorsque les Juifs et les Israélites gardoyent purement l'alliance de Dieu, il y avoit vraye Eglise entre eux ; d'autant que par la grâce de Dieu ils avoyent les choses ausquelles consiste la vraye Eglise : ils avoyent la doctrine de vérité comprinse en la Loy, laqueUe estoit preschée par les Sacrificateurs et Prophètes. Ils estoyent receus en l'Eglise par le signe de la Circoncision. Les autres Sacremens leur estoyent exercices pour les confermer en la foy. Pour ce temps-là il n'y a doute que toutes les louanges dont nostre Seigneur a honnoré son Eglise, ne leur apparfinssent. Mais depuis qu'en déclinant de la Loy de Dieu ils se destournerent à idolâtrie et superstition, ils furent privez en partie d'une teUe dignité. Car qui oseroit oster le filtre d'Eglise à ceux ausquels Dieu a commis sa parolle et l'usage de ses Sacremens? D'autrepart, qui oseroit simplement et sans nulle exception donner le nom d'Eglise à une assemblée, en laquelle la paroUe de Dieu seroit apertement foullée aux pieds : et la prédication de la vérité, qui est la principale force et quasi l'ame de l'Egfise, seroit dissipée?

8. Quoy donc ? dira quelcun : n'y a-il plus eu nulle portion d'Eglise entre les Juifs, depuis qu'ils ont décliné à idolâtrie ? La response est facile. Premièrement, je dy qu'ils ne sont pas trebuschez du premier coup en extrémité, mais sont allez en décadence par certains degrez. Qu'ainsi soit, nous ne dirons point que la faute d'Israël et de Juda fust égale, quand ils commencèrent premièrement à se destourner du pur service de Dieu. Quand Jéroboam forgea les veaux contre la défense expresse de Dieu, et print un lieu pour sacrifier qu'il n'estoit pas licite de prendre, il corrompit du tout la religion en Israël (1 Rois 12, 28). Les Juifs se contaminèrent par mauvaise vie et opinion superstitieuses, devant qu'avoir aucune idolâtrie externe. Car combien que du temps de Roboam ils avoyent desja introduit plusieurs cérémonies perverses : toutesfois pource que la doctrine de la Loy, que l'ordre de Prestrise, et les cérémonies telles que Dieu les avoit instituées, demouroyent encore en Jérusalem, les fidèles avoyent là un estât passable d'Eglise. En Israël, depuis Jéroboam jusques au règne d'Achab, il n'y eut nul amendement : mesme depuis ce temps-là ces choses afférent de mal en pis. Ses successeurs, jusqu'à ce que le royaume fust destruit, furent en partie semblables à luy : et ceux qui vou~

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