‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 49 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Qu'en l'Escriture nous sommes enseignez dés la création du monde, qu'en une essence de Dieu sont contenues trois personnes.

1. Ce qui nous est monstre en l'Escriture, de l'essence de Dieu infuiie et spirituelh», est dit non seulement pour renverser les Iblles resveries du populaire : mais doit aussi valoir à mettre sous le pied toutes subtilitez des Philosophes profanes. L'un d'entre eux a hien cuidé avoir trouvé une sentence de bonne grâce, en disant, que Dieu est ce que nous voyons et ne voyons pas. Or en parlant ainsi, il imaginoit que la deité fust dep;utie jiar tout le monde. Vray est que Dieu pour nous tenir en sobriété ne nous tient pas long' propos de son essence : toutesfois, par les deux tiltres que nous avons recité, il abat toutes ces lourdes resveries que les hommes conçoivent, et quant et quant reprime toute audace de l'esprit humain. Et de fait l'infinité de son essence nous doit espovauter, à ce (jue nous n'attentions point de le mesm-er à nostre sens : et sa nature spirituelle nous doit retenir, pour ne rien spéculer de luy terrestre ou charnel. Et voila pourquoy souvent il s'assigne son domicile au ciel. Car condjien que selon qu'il est incom])rehensible il remplisse aussi la terre : toutesfois voyant que noz esprits, selon leur tardiveté, demeurent tousjours en bas, à bon droit pour resveiller nostre paresse et stupidité il nous esleve par dessus le monde : en quoy l'erreur des Manichéens est abbatu, lesquels en mettant deux principes, establissoyent le diable à l'opposite de Dieu, comme s'il eust presque esté pareil. Car cela estoit dissiper et rompre l'unité de Dieu et restreindre son infinité. Et ce qu'ils ont bien osé abuser de quehjue tesmoignage de l'Escriture, a esté d'aussi lourde ignorance comme l'erreur a esté une resverie exécrable. La secte qu'on a appelle des Anthropomorphites, ont figuré Dieu corporel en leur sens, pource que l'Escriture luy assigne souvent bouche, am^eilles, des pieds et des mains : mais leur sottise est si badine que sans longue dispute elle s'escoule. Car qui sera l'homme de si petit esprit, qui n'entende que Dieu bégaye, comme par manière de dire, avec nous à la façon des nouri'ices pour se conformer à leurs petits enfans ? Parquoy telles manières de parler n'expriment pas tant rie à rie quel est Dieu en soy, qu'elles nous en apportent une cognoissance propre à la rudesse de noz esprits : ce que l'Escriture ne peut faire qu'elle ne s'abaisse, et bien fort, au dessous de la majesté de Dieu.

2. Mais encores nous trouverons là une autre marque spéciale, pour discerner Dieu d'avec les idoles. Car il se propose tellement pour un seul Dieu, qu'il s'offre pour estre contemplé distinct en trois personnes : lesquelles si nous ne regardons bien, il n'y aura qu'un nom vuide de Dieu, sans vertu ni elTect, voltigeant en noz cerveaux. Or afin que nul ne songe un Dieu à trois testes, ou triple en son essence : ou bien qu'il ne pense (lue l'essence de Dieu, qui est du tout simple, soit partie et deschirée, il nous faudra ici chercher une brève définition et facile, laquelle nous desveloppe de tout errem". Au reste, pource qu'aucuns abayent contre le nom de Personnes, comme s'il estoit inventé des hommes, voyons fievant quelle raison ils ont de ce faire. Certes quand l'Apostre nomme (Hebr. 1, :i) Jésus Christ Image vive de l'hypostase de son père, il attribue à chacun quelque hv^îostase, en la(|uelle il diffère l'un d'avec l'autre. Or ce mot emporte subsistence qui réside en un seul Dieu. Ainsi de le prendre au lieu d'Essence, comme le font aucuns expositeurs, voulant dire que Jésus Christ est conune une cire imprimée du seau de Dieu son Père, et par ce moyen représente sa substance : ce n'est pas seulement une sentence rude, mais du tout absurde. Car puis que l'essence de Dieu est simple, et ne reçoit aucun partage, celuy qui l'a en soy, et non point par defluxion ou portion, mais d'une perfection entière, seroit dit improprement charactere et image de ce qu'il est. Mais pource que le Père, entant qu'il est distingué en sa propriété, s'est du tout exprimé en son Fils, non sans bonne raison il est dit qu'il a rendu en luy son hypostase notoire. A quoy s'accorde tresbien ce qu'il adjouste, tantost après qu'il est la splendeur de sa gloire. Parquoy nous tirons des mots de l'Apostre, qu'il y a une hypostase propre et appartenante au Père, laquelle toutesfois reluit en son Fils. Et de là aisément on peut recueillir qu'elle est l'hypostase du Fils, par laqueUe il ressemble tellement a Dieu son Père, que ce n'est pas luy. Il y a une mesme raison au sainct Esprit : car nous aurons bien tost prouvé (lu'il est Dieu, et toutesfois nous serons contraints de le tenir autre que le Père : laquelle distinction ne s'accorde pas à l'Essence, pource qu'on ne la peut faire variable, ne de plusieurs portions. Parquoy si nous adjoustons foy au dire de l'Apostre, il s'ensuivra qu'en un seul Dieu il y a trois hypostases. Et puis que les

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