CHAPITRE XIII
docteurs Latins ont voulu declairer lo mosme par le mot de l'eisonnes, ce sera un cliaj^rin, voire une opiniastreté trop excessive, de plaider d'une chose toute co<rnue et patente. J'ai desja dit que le mot Grec emporte sultsistence : ot aucuns ont conloudu le mot de Substance, comme si c'estoit tout un. Qui plus est, non seulement les Latins ont eu ce mot de Personnes en usaye, mais aussi lesdrecs pour mieux testiiier leur accord, l'ont fiimilierement employé en leurs cscrits. Quoy ipfil en sdit. encoies qu'il y eust scrupule au mot, ils ne veulent dii-e qu'une seule chose.
3. Maintenant, quoy que les hérétiques abbayent. et d'autres opiniastres murmurent, qu'on ne doit recevoir un mot forgé à l'apiietit des hommes : puis qu'ils ne nou.s peuvent arracher que trois sont nonnuez. dont chacun est entièrement Dieu, et toutesfois qu'il n'y a point trois dieux, n'est-ce pas une grande malice de reprouver les mots, qui ne déclarent autre chose que ce qui est testifié en l'Escriture ? Ils allèguent qu'il vaudroit mieux non seulement tenir noz sens enfermez entre les bornes de l'Escriture, mais aussi noz langues, que de publier mots estranges, qui soyent semences de noises et dissentions. Car il advient en telle manière, qu'on languist en combat de paroles, que la vérité en altercant est perdue, et la charité destniite. Mais s'ils nomment mots estranges tous ceux (lui ne se peuvent trouver syllabe à syllabe en l'Escriture, ils nous imposent une dure condition : veu qu'en ce faisant ils condanment toutes prédications qui ne sont composées mot à mot de l'Escriture. S'ils estiment mots estranges, ceux qui ont esté curieusement inventez, et se défendent superstitieusement, faisans plus à contention qu'à édification, les(juels on usurpe sans nécessité et sans fruit, et dont il se suscite quelque olTense entre les fidèles, ou bien qui nous pourroyent retirer de la simplicité de l'Escriture : j'approuve grandement leur sobriété. Car j'estime qu'il ne nous faut point jiarler de Dieu avec moindre révérence que penser de sa Majesté : veu que tout ce que nous en pensons de nous-mesmes, n'est que folie : et tout ce que nous en pouvons parler est sans bonne saveur. Neantnioins il nous faut icy garder quelque moyen. Bien est vray (ju'il nous faut prendre de l'Escriture, la reiglu tant de noz pensées que de noz paroles, à laquelle nous rapportions et toutes les cogitations de nostre esprit, et toutes les parolles de nostre bouche. Mais (jui est-ce qui nous empeschera d'exposer par mots plus clairs les choses qui sont obscurément monstrées en l'Escriture, moyennant que ce que nous dirons serve à exprimer fidèlement la vérité de l'Escriture, et que cela se face .sans trop grande licence, et pour bonne occasion ? Nous avons journellement exemples de cela. Et que
sera-ce. quand il sera prouvé que l'Eglise a esté contraintu d'user de ces vocables de Trinité et de Personnes ? Si lors aucun les reprouve sous ombre de nouveauté, ne pourra-on pas juger qu'il ne peut portei' la lumière de vérité ? a.s.savoir d'autant qu'il n'y a peu rien reprendre, sinon plus claire explication de ce qui est compris en l'Escriture?
4. Or ce.ste nouveauté de mots (si ainsi se doit appeller) est lors principalement nécessaire, quand il faut maintenir la vérité contre les calomniateurs, qui la renversent en tergiversant. Ce que nous n'expérimentons aujourdhuy plus qu'il ne seroitde mcstier.ayans graniie difficulté à conveincrc les ennemis de la vérité: d'autant que se virans çà et là comme serpens, ils trouvent manière d'eschapper, sinon qu'on les presse de près, et quasi qu'on les tienne en serre. En ceste manière les Anciens estans inquiétez de mauvaises doctrines, ont esté contreins d'expliquer facilement et familièrement ce qu'ils sentoyent: afin de ne laisser aucun subterfuge aux meschans, ausquels toute obscurité de parolles eust esté comme cachette pour couvrir leurs erreurs. Arrius confessoit Jésus (Christ estre Dieu et Fils de Dieu, pource ([u'il ne pouvoit résister à tant de tesmoignages de l'Escriture: et comme s'estant acquité, faisoit semblant de consentir avec les autres: mais cependant il ne laissoit pas de dire que Christ avoit esté créé, et qu'il avoit eu commencement comme les autres créatures. Les anciens Pères, pour retirer ceste cautelle malicieuse hors de ses ténèbres, ont passé outre, et ont declairé Christ estre Fils éternel de Dieu, et d'une mcsme substance avec son Père: lors est venue en avant l'impiété des Arriens, en ce qu'ils n'ont peu porter ceste doctrine, mais l'ont eue en exécration. Que si du commencement ils eussent confessé sans feintise Jésus Christ estre Dieu, ils n'eussent point nié son essence divine. Qui sera celuy qui osera accuser les bons Pères, comme convoiteux de noises et dissentions: d'autant (pie pour un petit mot ils se sont tellement eschauffez en combat, jusques à troubler la tranquillité de l'Eglise? Mais ce petit mot monstroit la différence entre les vrais Chrestiens et les hérétiques. Sabellius vint puis après en avant, lequel disoit ces vocables de Père, Fils et sainct Esprit, estre de nulle importance, et n'avoir nulle propriété ou signification, sinon celle qu'ont les autres titres de Dieu. Si on venoit à disputer, il recognoissoit le Père estre Dieu, le Fils pareillement et le S. Esprit : mais puis après il trouvoit une eschappatoire, qu'il n'avoit autre chose confessé que s'il eust appelé Dieu, Bon, Sage, Puissant, etc. Et ainsi retournoit à une autre chanson, que le Père estoit le Fils, et le Fils le S. Esprit, sans aucune distinction. Ceux qui avoyent en ce 1 temps-la l'honneur de Dieu recommandé, pour