CHAPITRE III
les malades et les autres povres. Or combien que le nom deDiaconie s'estende plus loin, toutesfois l'Escriture nomme spécialement Diacres, ceux qui sont constituez jiar l'Eglise, pour dispenser les aumosnes, et qui sont comme receveurs ou procureurs des povres. desquels l'origine, l'institution, et la charge est descrite aux Actes par sainct Luc (Act. 6, 3). Car pource qu'il se leva un murnuire entre les Grecs, d'autant qu'on ne tenoit conte de leurs vefves au ministères des povres, les Apostres s'excusans qu'ils ne pouvoyent satisfaire à deux oiïices, assavoir à la prédication, et au soir de nourrir les povres, reiiuirent au peuple ([u'il esleut sept liommes de bonne vie qui eussent ceste charge. Voila quels ont esté les Diacres du temps des Apostres, et quels nous les devons avoir à l'exemple de l'Eglise primitive.
10. Or comme ainsi soit que toutes choses se doyvent faire en l'Eglise decentement et par bon ordre (1 Cor. 14, 40j, principalement cela se doit observer quant au gouvernement, d'autant qu'il y auroit plus de danger en cela (ju'en tout le reste, s'il se conuuettoit quelque desordre. Parquoy, afin que plusieurs esprits volages et séditieux ne s'ingérassent témérairement à l'office d'enseigner ou régir l'Eglise, nostrc Seigneur a nommément ordonné (jue nul n'entrast en office public sans vocation. Pourtant à ce qu'un homme soit tenu pour vray ministre de l'Eglise, il est premièrement re(}uis t\u\\ soit deucment appelle (Hebr. 5,4): puis consequemment ([u'il responde à sa vocation, c'est k dire qu'il exécute la charge (]u'il a prinse : ce que nous pouvons appercevoir en sainct Paul en plusieurs passages. Car par tout où il veut approuver son Apostolat, il allègue communément tant sa Nocation, que sa loyauté à s'ac(iuitter de son devoir (Rom. 1, 1: 1 Cor. 1, 1). Si un si grand ministre de Jésus Christ ne s'ose attribuer authorité pour estre ouy en l'Eglise, sinon d'autant «lu'il est constitué par l'ordonnance du Seigneur, et qu'il s'acquitte fidèlement de sa commission : (luelle impudence sera-ce, si quelcun, quiconque qu'il soit, veut usurper le mesme honneur, estant destitué de vocation, ou ne faisant point ce qui est du devoir de son office? Mais pource que nous avons n'a gueres touché de la charge, il nous faut à présent traiter seulement de la vocation.
11. Or ceste matière gist en quatre poincts: c'est que nous sachions quels doyvent estre les ministres qu'on eslit, comment on les doit eslire, qui sont ceux qui ont le droit d'élection, et avec (jnelle cérémonie en les doit introduire en leur charge. Je parle seulement de la vocation extérieure. K'Kiuelle appartient à l'ordre de l'Eglise: me taisant de la vocation secrette, de laquelle un chacun ministre doit avoir tesmoignage en sa conscience devant Dieu, et dont les hommes
ne peuvent estre tesmoins. Or cette vocation secrette est une bonne asseurance que nous devons avoir en nostre cœur, que ce n'a point esté pour andiition ne pour avarice que nous avons prins cest estât: mais d'une vraye crainte de Dieu, et par un bon zèle d'édifier l'Eglise. Cela est bien recjuis, comme j'ay dit, eu chacun de nous (jui sommes ministres, si nous voulons (|ue nostre ministère soit approuvé de Dieu. Neantmoins si quelcun y entre par mauvaise conscience, il ne laisse point d'estre deuement appelle quant k l'Eglise , moyennant que sa meschanceté ne soit point descouverte. Nous avons aussi accoustumé de dire d'a\icuns hommes privez, qu'ils sont appeliez au ministère quand nous les voyons après cela: d'autant que la science avec la crainte de Dieu, et les autres vertus d'un bon Pasteur sont comme une préparation pour y venir. Car ceux que Dieu a esleus à cest office, il les garnist premièrement des armes qui sont requises pour l'exploiter, afin qu'ils n'y viennent point vuides et mal apprestez. Pourtant sainct Paul en la première aux Corintiiicns voulant tiaiter des offices, commence par les dons (jue doyvent avoir ceux qui y sont appeliez (1 Cor. 12, 7). Mais pource que c'est le premier poinct des quatre que j'ay proposez, venons à le déduire.
12. Quels doyvent estre ceux qu'on eslist pour Evesques, sainct Paul le montre amplement en deux passages. La sonuue toutesfois revient là, qu'il n'en faut point eslire qui ne soyent de saine doctrine et saincte vie, et ne soyent point entachez de quelque vice notable, lequel les rende contemptibles, et face que leur ministère soit en opprobre (1 Tim. 3, 2. 3; Tite 1, 7 s.). Il y a une mesme raison aux Diacres et aux Prestres. Pour le premier, il faut tousjours regarder qu'ils ne soyent point ineptes ou insufflsans à porter la charge qu'on leur baille : c'est à dire, qu'ils soyent garnis des choses lesquelles sont requises Ji [faire l'office. En ceste sorte, nostre Seigneur Jésus Christ voulant envoyer ses Apostres, les a premièrement douez et pourveus des armes et instrumens dont ils ne se pouvoyent passer (Luc 21, 15; 24, 49; Marc 16, 13; Act. 1, 8). Et sainct Paul ayant mis la description d'un bon Evesque, admonneste Timothée de ne se point souiller en eslisant ceux qui n'auroyent point telle suffisance (1 Tim. o, 22). Ce mot que nous avons mis. comment ils les faut eslire, ne se doit point rajiporter à la cérémonie, mais à la révérence et solicitude de laquelle on doit user en faisant telle élection. A quoy appartiennent les jusnes et prières que sainct Luc dit que les fidèles faisoyent, ayans à créer des Prestres (Act. 14, 23). Car pource qu'ils savoyent bien que c'estoit une chose de fort grande importance, ils n'osoyent rien attenter sinon avec grande crainte, en pensant bien.