‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 51 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

abattre la malice de cest homme contrcdisoyent, remonstrans qu'il faut cognoistrc trois proprictez en un seul Dieu. Et pour se ^Mrnir de simple vérité et ouverte contre ses cavillations et son astuce oblique, affermoyent qu'il y a trois personnes résidentes en un Dieu : ou bien, qui vaut autant, qu'en une seule essence divine, il y a Trinité de personnes.

5. Si donc ces noms n'ont pas esté inventez témérairement, il nous faut garder d'estre redarguez de témérité si nous les rejetions. Je voudroye qu'ils fussent ensevelis, moyennant que ceste foy fust en tout le monde : le Perc, le Fils, et le S. Esprit estre un seul Dieu, et toutesfois que le Fils n'est point le Père, ne l'Esprit n'est point le Fils, mais (ju'il y a distinction de propriété. Au reste, je ne suis pas si rude et extrême, de vouloir susciter de grans combats pour les simples mots : car j'appercoy que les anciens Pères, combien qu'ils s'estudient de parler fort reveremment en cest endroit, ne conviennent point ensemble par tout : et mesures qu'aucuns d'eux ne parlent point tousjours en mesme manière. Car quelles sont les locutions et formes de parler des conciles, que sainct Hilaire excuse ? Quelle hardiesse de parler prend aucunes-fois sainct Augustin ? Quelle différence y a-il entre les Grecs et les Latins ? Mais un exemple seul sufftra, pour monstrer ceste variété. Les Latins pour interpréter le mot Grec, Homomios, ont dit que le Fils estoit consubstantiel au Père : signifians qu'il estoit d'une mesme substance : et ainsi ils ont pris Substance pom* Essence. Pourtant sainct Hierome, escrivant A l'Evesque de Rome Damasus, dit que c'est un sacrilège de mettre trois substances en Dieu. Or on trouvera plus de cent fois en sainct Hilaire ceste sentence, qu'il y a trois substances en Dieu. Touchant du mot Hypostase, quelle difficulté en fait sainct Hierome ? Car il souspeçonne qu'il y a du venin caché quand on dit qu'il y a en Dieu trois H>T)ostases. Que si quelcun en use en bon sens et droit, si dit-il que c'est une forme de parler impropre : si toutesfois il parle sans feintise : et non plus tost pour la haine qu'il portoit aux Evesques d'Orient il tasche de propos délibéré de les charger de calomnie. Tant y a que ce n'est pas fait honestement à luy d'affermer (]ue le mot d'C/s/e en Grec n'est autre chose qu'Hypostase, ce qu'on peut redarguer par l'usage commun. Sainct Augustin est bien plus modeste et humain, ^^ lequel en confessant que ce nom d'Hy^iostase en tel sens est nouveau entre les Latins, toutesfois non seulement il ilaisse aux Grecs leur façon de parler, mais aussi 1 supporte les Latins qui les ont ensuy\às. Et mesme Socrates, historien Ecclésiastique, au livre sixième de l'histoire qu'on appelle Trip artite, estime que ç'ont esté gens ignorans, qui en ont usé les premiers en ceste signification. Et

de fait, sainct Hilaire reproche un grand crime aux hérétiques, que par leur témérité il est contraint de submettre au péril de la parolle humaine les choses qui se doyvent contenir dedens le cœur : -* ne dissinmlant point que cela est entreprendre choses illicites,presumer choses non concédées, exprimer choses inénarrables. Un peu après il s'excuse qu'il est contraint de mettre en avant nouveaux vocables. Car après qu'il a mis les noms naturels, le Père, le Fils et le sainct Esprit, il adjouste que tout ce qu'on peut chercher davantage est par dessus toute éloquence, par dessus l'intelligence de nostre sens, et la conception de nostre entendement. Et en un autre passage, '-^ il estime les Evesques de Gaule bien-heureux, de ce qu'ils n'avoyent ne forgé ne receu, ne mesmes cognu autre confession que la première et la plus simple qui avoit esté baillée à toutes les Eglises, depuis le temps des Apostres. L'excuse que fait sainct Augustin est assez semblable, assavoir que la nécessité a comme par force arraché ce mot pour la povreté et défaut du langage humain en chose si haute : non pas pour exprimer du tout ce qui est en Dieu, mais pour ne point taire comment le Père, le Fils et le sainct Esprit sont trois. Ceste modestie des saincts Pères nous doit esmouvoir k ce que nous ne soyons par trop rigoureux à condamner incontinent tous ceux qui ne se voudront arrester cà nostre guise de parler, moyennant qu'ils ne le facent point ou par orgueil et insolence, ou par finesse et malice : mais plustost que de leur costé ils considèrent queUe nécessité nous contraint de parler ainsi, à ce (lu'eux-mesmes s'accoustument petit à petit à ce qui est expédient. Aussi quand d'un costé il faut résister aux Arriens, de l'autre aux Sabelliens, s'ils sont marris qu'on coupe la broche à telles gens pour ne les point laisser tergiverser, qu'ils se donnent garde qu'on ne souspeçonne qu'ils leur favorisent et sont leurs disciples. Arrius a confessé que Christ estoit Dieu : mais il gergonnoit en cachette qu'il avoit esté fait, et avoit commencement : aussi confessant qu'il estoit un avec le Perc, il souffloit en l'aureille de ses disciples, qu'il y estoit uni comme les autres fidèles, combien que ce fust de privilège singulier. En nommant Christ consubstantiel, on oste la masque cà ce trompeur qui se desguise : et toutesfois ce ne sera rien adjouster à l'Escritm'e. Sabellius nioit que les noms de Père, de Fils, et de sainct Esprit emportassent aucune distinction, et ne pouvoit souffrir qu'on dist que ce sont trois, qu'il ne calomniast qu'on faisoit trois dieux. Or en disant qu'il y a trinité de personnes en une essence, on ne dit rien qui ne soit comprins en l'Escriture, et reprime-on le babil de ce calumniateur. Or s'il y en a quelques uns tant scrupuleux qui ne puissent recevoir ces noms : toutesfois nul d'eux en despit qu'il en ait ne pourra

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