‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 502 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nées à la nécessité des povres : et qu'ils seront coulpahles de meurtre, s'ils les dissipent mest'hamment, ou s'ils les retiennent à eux. Et sont admonnestez de distribuer ce qui leur est commis, à ceux ausquels il est deu, avec grand* crainte et révérence, conune devant Dieu, sans accej)tion de personnes. De là viennent les protestations que font sainct Chrysostome, sainct Ambroise et sainct Augustin et les autres, pour rendre tesmoignage au peuple de leur intégrité. Or d'autant que c'est chose équitable, et que Dieu l'a aussi ordonné en la Loy, que ceuK qui s'employent du tout au service de l'Eglise, soyent entretenus du puijlic : et mesme qu'il y avoit de ce temps là beaucoup de Prestres qui faisoyent oblation à Dieu de leurs patrimoines, se faisans povres volontaires : la distrijjutiou estoit telle qu'on prouvoyoit à la nourriture des ministres, et qu'on ne laissoit point les povres en arrière. Combien que cependant il y avoit bon ordre, à ce que les ministres, qui doyvent estre exemple aux autres de sobriété et tempérance, n'eussent gages excessifs pour en abuser à somptuosité et délices, mais seulement pour s'entretenir en petit estât. Pour ceste cause sainct Hierome dit, que si les Clercs qui se peuvent entretenir du bien de leur maison, prennent du bien des povres, ils commettent sacrilège, et mangent leur condamnation^**.

7. Du commencement l'administration estoit à volonté, d'autant (ju'on se pouvoit fier à la bonne conscience des Evesques et Diacres, et que leur innocence leur estoit pour loy. Depuis par succession de tenqjs la convoitise d'aucuns et mauvaise administration, dont il sortoit de gTans scandales, ont esté cause qu'on flst certains canons, lesquels ont distribué le revenu de l'Eglise en quatre parties : assignant la première au Clergé, la seconde aux povres, la troisième à la réparation des Eglises et autres semblables despenses,la quatrième aux estrangiers et povres survenans. Car ce que les autres canons assignent ceste partie à l'Evesque, cela ne répugne point à la division que je vien de reciter: car ils n'entendent point (]u'elle luy soit propre, ou à ce qu'il la dévore luy seul, ou qu'il l'esparde là où bon luy semblera : mais afin qu'il ait dequoy exercer libéralité envers les survenans, selon que sainct Paul commande (1 Tim. 3, 2). Et ainsi l'interprètent Gelasius et sainct Grégoire. Car Gelasius n'amené point d'autre raison pourquoy l'Evesque se puisse rien attribuer, sinon à ce qu'il ait dequoy pom' eslargir aux estrangiers et aux captifs. Et sainct Grégoire parle encore plus clairement: La façon dit-il, du siège Apostolique est de commander à un Evesque, quand il est institué, qu'il se face quatre portions de tout le revenu de l'Eglise : dont l'une soit à l'Evesque et à sa famille, à ce qu'il puisse recevoir les estrangiers et survenans, et leur

bien-faire : la seconde au Clergé : la troisième aux povres: la quatrième à la réparation des Eglises ^'\ Il n'estoit donc licite à l'Evestiue de rien prendre, sinon autant qu'il luy estoit mestier pour sobrement vivre et se vestir sans aucune somptuosité. Que si quelcun commencoii d'excéder mesure, et se monstrer en somptuosité ou en pompe, il estoit incontinent admonnesté par les autres Evesques voisins : s'il ne se cbastioit, il estoit déposé.

8. Ce qui s'appliquoit aux ornemens des temples, estoit du conunencement bien petit: mesme après que l'Eglise fut devenue plus riche, si ne laissoyent-ils point de garder médiocrité en cest endroit. Et neantmoins tout ce qui estoit là employé d'argent demeuroit en reserve pour les povres, au cas qu'il survint grande nécessité. En ceste manière Cyrillus Evesque de Jérusalem, pource qu'il ne pouvoit autrement subvenir à l'indigence des povres, en temps de famine vendit tous les vaisseaux et autres ornemens pour en fiiire des aumosnes^°. Semblablement Acatius, Evesque d'Amide, voyant une grande nuillitude de Persiens en grosse nécessité, appella son Clergé : et après avoir fait une belle remonstrance, que nostre Dieu n'a que faire de plats ne de calices, puis qu'il ne boit ne mange, fit argent de tout pour la rédemption et nourriture des povres ^^ Et sainct Hierome en reprenant la superfluité qui estoit desja de son temps à orner les temples, loue Exuperius Evesque de Tholouse, vivant pour lors, lequel administroit le sacrement du corps de nostre Seigneur en un petit panier d'oziere, et le sacrement du sang en un verre, donnant ordre cependant que nul pauvre n'eust faim ^^. Ce que j'ay n'agueres aUegué d'Acatius, sainct Ambroise le raconte aussi de soy-mesme. Car pource que les Arriens le blasmoyent qu'il avoit rompu tous les vaisseaux sacrez, afin d'en payer la rançon des prisonniers, qui estoyent prins des intîdeies, il use de ceste belle excuse et digne de mémoire, Celuy qui a envoyé ses Apostres sans or, a aussi congregé ses Eglises sans or. L'Eglise a de l'or, non point pour le garder, mais pour le distribuer, et en subvenir en la nécessité. Que faut-il garder ce qui ne sert de rien? Ne savonsnous pas combien les Assyriens ont ravy d'or et d'argent du temple du Seigneur ? Ne vaut-il pas mieux (jue le pasteur en face argent pour aider à nourrir les povres, qu'un sacrilège et brigand le transporte ? Dieu ne dira-il point, Pourquoy as-tu souffert tant de povres momir de faim, puis que tu avois de l'or pom' leur acheter nourritm'e ? Pourquoy as-tu laissé mener en captivité tant de povres fgens sans les racneter ? Pourquoy en as-tu laissé tuer d'aucuns ? Il valloit bien mieux garder les vaisseaux des créatures vivantes, que des métaux morts. Que pourroit-on respondre à cela? car si on dit,

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