CHAPITRE IV
la lin il allègue le décret de Léon, que j'ay n'agueres amené, voulant (lu'il soit observé pour l'advenir *-'. Que si les nieschans taisoyent une telle Ijrigue, ([ue le ("Jorgé lust contiainct de sortir de la ville pour faire droite élection, si commande-il en tel cas (|u'aucuns du peuple s'y trouvent pour approuver. Le consentement de l'Empereur estoit requis seulement en deux villes, selon que nous pouvons conjecturer, assavoir à Hume et à Constantinoble, tl'autant que c'estoyent les deux sièges de l'Empire. Car ce que sainct Ambroise lut envoyé à Milan par Valentinien Empereur, alin de présider a l'élection de l'Evesipie comme lieutenaiU impérial, cela se lit extraordinairement, à cause des grosses brigues (|ui esloyent entre les bourgeois. A Rome, l'autorité de rEnq)ereur avoit anciennement telle importance en la création de l'Evesque, que saincl Grégoire escrit à Maurice Empereur ^^ qu'il a esté ordonné par son commandement, ja Suit (pi"il eust esté requis solennellement par le peuple. Or la coustume estoit, que si tost que quelcun estoit esleu Eves(]ue de Rome par le Clergé et par le Sénat et le peuple, iceluy le signifioit à l'Empereur, lequel approuvoit l'élection, ou la rescindoit. Et à ceste coustume ne contreviennent point les décrets qu'assemble (iratien: (pii ne disent autre chose, sinon qu'il ne faut nullement soulTrir que l'élection Canonique soit ostée, et que le Roy constitue à son plaisir des Evesques : et que les Métropolitains ne doyvent point consacrer celuy qui aura esté ainsi promeu par force. Car c'est autre cbose de priver l'Eglise de son droit, à ce qu'un homme seul face tout à sa poste : et autre chose de faire cest honneur au Roy ou à l'Empereur, qu'il conferme par son authorité une élection légitime.
ii. Il reste d'exposer par quelle cérémonie on ordonnoit les ministres de l'Eglise ancienne après les avoir esleus. Les Latins ont appelle cela Ordination ou Consécration. Les Grecs l'ont appelle de deux mots, qui signifient Imposition des mains. Or il y a un décret du Concile de Nice, lequel commande que le Metroi)olituinavec tous les Evesques île la province, s'assemblent pour ordonner celuy qui sera esleu. Si quelques uns sont empeschez par maladie ou par la difficulté du chemin, que jiour le moins il y en vienne trois, et que ceux qui sont absens dèclairent par lettres qu'ils y consentent. Et pource que ce (^anon à la longue ne s'observoit plus, il a esté renouvelle depuis en plusieurs Conciles. Or il estoit commandé à tous, ou pour le moins à ceux qui n'auroyent point d'excuse, de s'y trouver, alin que l'examen, tant de la doctrine que des mœurs, se fist avec plus grande gravité. Car on ne faisoit point la consécration .sans tel exa-
men. Mesmes il appert par les Epistres de sainct Cyprien, que du connnencement on n'appelloit point les Evesques ajires l'élection : mais qu'ils estoyent presens sur le lieu quand le peuple devoit eslire, afin qu'ils fussent là comme superintendons à ce que rien ne se fis! en trouble par la nmltitude. Car après qu'il a dit que le peuple a puissance ou d'eslire ceux qu'il cognoist estre dignes, ou de refuser ceux qu'il cognoist estre indignes, il adjouste. Pourtant il nous faut diligemment tenir et garder ce qui nous a esté laissé du Seigneur et de ses Apostres, et ce qui s'observe entre nous et quasi par toutes les provinces : c'est que tous les Evesques voisins s'assemblent au lieu où il faut estire un Evesque, et qu'il soit esleu en la présence du peuple^*. Mais pource que quebiue fois une telle assemblée se faisoit bien tard, et cependant les ambitieux avoyent loisir et opportunité de mener mauvaises pratiques, on advisa qu'il suffisoit si après l'élection faite, les Evesques s'assembloyenl pour consacrer celuy qui estoit esleu, après l'avoir examiné.
lo. Cela se faisoit par tout sans exception. Depuis une façon toute diverse fut introduite, que celuy qui estoit esleu venoit en la ville Métropolitaine pour estre conferme : ce qui a esté fait par andnlion et corruptele, plustost que par bonne raison. Quelque temps après, depuis que l'authorité du siège Romain fut accreue, il y survint une façon encore beaucoup pire, c'est que tous les Evesques d'Italie venoyent là pour estre consacrez. Ce qu'on peut voir par les epistres de sainct Grégoire 3^. Seulement il y eut quelque peu de villes, lesquelles retindrent leur droit ancien, d'autant qu'elles ne voulurent point facilement céder: comme Milan, selon qu'on en voit l'exemple en une Epistre. Possible que les seules villes Métropolitaines demeurèrent en ce privilège. Car la coustume ancienne estoit que tous les Evesques de la province s'assemblassent là pour consacrer leur Métropolitain. Au reste, la cérémonie estoit l'imposition des mains. Car je n'ay poinlleu qu'il y en ait eu d'autres, sinon que les Evesques avoyent quelques accoustremens pour estre discernez d'entre les autres Prestres. Semblablemenl ils ordonnoyent les Prestres et les Diacres par la seule imposition des mains. Mais chacun Evesque ordonnuit les Prestres de son diocèse avec le conseil des autres Prestres. Or combien que cela se faisoit de tous en commun, neantmoins pource l'Evesque presidoit, et que la chose se faisoit comme par sa conduite, l'authorité est appellée sienne. Et pourtant il est souvent dit aux anciens Docteurs, qu'un Prestre ne dilîere en rien d'un Evesque, sinon entant qu'il n'a point la puissance d'ordonner.