CHAPITRE V
Que toute la forme ancienne du régime Ecclésiastique a esté renversée
par la tyrannie de la Papauté.
1. Maintenant il est mestier de mettre en avant l'ordre du gouvernement Ecclésiastique que tient aujourdhuy le siège Romain et tous ceux qui en dépendent: afin de le comparer avec celuy que nous avons monstre avoir esté en l'Eglise ancienne. Car par ceste comparaison il apparoistra quelle église ont tous ceux qui se vantent et glorifient de ce seul tiltre, et s'en tiennent fiers pour nous opprimer, voire mesme aljysmer du tout. Or il sera expédient de commencer par la vocation, afin qu'on sache (|ui et quels sont ceux qu'on appelle là an ministère, et par quel moyen ils y sont introduits. Apres nous verrons comment ils s'acquitent fidèlement de leur devoir. Nous donnerons le premier lieu aux Evesques, lesquels toutesfois n'auront point d'honnem^ en cela. Je desireroye certes qu'il leur peust tourner à honneur de commencer la danse en ceste dispute : mais la chose ne souffre point que cest argument soit attouché sans leur grand vitupère. Toutesfois il me souviendra de ce que j'ay proposé de faire : c'est de simplement enseigner, et non pas de faire de longues invectives. Je me restreindray donc tant qu'il me sera possible. Mais pour entrer en matière, je voudroye bien ([ue quelcun de ceux qui ne sont point du tout effrontez, me respondist quels Evesques on elist aujourdhuy communément. De faire examen de leur doctrine, c'est une chose trop morte. Que si on a quel(|ue regard en la doctrine, c'est pour élire quelque légiste, auquel il adviendroit mieux de plaider en justice, que de prescher en un temple. C'est chose notoire, que depuis cent ans à grand peine y en ail eu de cent l'un qui seust rien en la saincte Escriture. Je ne dy mot de ce qui a esté fait auparavant. Non pas que Testât fast beaucoup meilleur, mais pource que nous avons à disputer de l'Eglise présente. Si on vient à la vie, nous trouverons (ju'il y en a eu pou, ou du tout nuls, qui n'eussent esté jugez indignes par les Canons anciens. Celuy qui n'a pas esté yvrogne, a esté un paillard : ou bien s'il y en avoit d'aucuns purs de ces deux vices, ils estoyent ou joueurs de dez, ou chasseurs, ou dissoluz en leur vie. Or les Canons anciens rejettent un homme de l'office d'Evcsque, pour moindre vice que ceuxlà. Mais c'est encore une chose plus absurde, que les peUz enfans de dix ans ont esté faits
Evesques, et qu'on est venu à une telle impudence ou sottise, qu'une telle turpitude, qui contrevient au sens commun de nature, a esté reccue sans difficulté. De là il appert combien ont esté sainctes les élections, ausquelles il y a eu une si lourde négligence
2. Davantage, toute la liberté du peuple, quant à l'élection des Evesques, a esté abolie. Les voix ou suffrages, le consentement, les suscriptions, et toutes telles choses sont esvanoyes. Toute la puissance a esté transportée aux chanoines : iceux confèrent les Eveschez à qui bon leur semble. Celuy qui sera esleu, sera bien produit au peuple : mais pour l'adorer, non pas pour l'examiner. Or Léon contredit '"', prononçant (|ue nulle raison ne permet cela, et que c'est une invasion violente. Sainct Cyprien ^^, en testifiant que cela est du droit divin, qu'une élection ne se face point que par le consentement du peuple, signifie que celles qui se font autrement, sont répugnantes à la paroUe de Dieu. Il y a des Décrets et plusieurs Conciles qui défendent cola estroitoment : et s'il se fait, ils commandent qu'il soit tenu pour nul. Si ces choses sont vrayes, il ne reste aujourdhuy en la Papauté nulle élection canonique, laquelle se puisse approuver ne par droit divin ne par droit humain. Toutesfois encore qu'il n'y eust eu autre mal que cestuy-là, comment se pourrontils excuser de ce qu'ils ont ainsi despouillé l'Eglise de son droit ? Mais la malice des temps, disent-ils, le requeroit ainsi : que puis que le populaire estoit plus transporté de faveur ou de haine, en élisant les Evesques, qu'il n'estoit gouverné de droit jugement, que ceste puissance fust transférée au collège des chanoines. Encore que nous leur accordions que tel ait esté le remède d'un mal désespéré : neantmoins puis qu'on cognoit la médecine estre plus nuisante que la maladie, pourquoy ne met-on aussi bien ordre à ce nouveau mal ? Ils respondent que les Canons défendent estroitoment aux Chanoines de n'abuser de leur puissance au détriment de l'Eglise, toutes les fois que bon leur semble. Doutons-nous que le peuple n'entendist pas bien anciennement, qu'il estoit obligé à tressainctes loix, quand il voyoit la reigle qui luy estoit proposée par la paroUe de Dieu pour élire les Evesques ? Car une seule voix de