CHAPITRE V
Dieu luy devoit par ilr( lit estre on plus ^Tande estime sans comparaison, que cent millions de Canons. Neantmoins estant t'ori'ompu de mauvaise atïeetion, il n'avoit nul esyai'd ne de raison ne de loy. En ceste manière aujourdhuy, oonibieii qu'il y ait de bonnes loix eserites, toutesfois elles demeurent caehées et ensevelies en du pappier. Cependant ceste coustume est receue et usitée, de non ordonner pour Pasteurs des Eglises, sinon barliiers, cuisiniers, houteil- 1ers, muletiers, bastards, et toutes telles sortes de gens. Je ne dy pas encore assez : mais davantage, que les eveschez ou cures soyent loyers de matpierellages et paillardises, (^ar quand ils sont donnez à veneurs et oiseleurs, la chose va tresliien. Il n'y a point de propos de défendre telle abomination par les (fanons. Je dy derechef, que le peuple avoit anciennement un tresbon ('anon, quand la parolle de Dieu luy demonstroit qu'un Evesque doit estre irrépréhensible, de lionne doctrine, non pas combateur, ny avaricieux (1 Tim. ){, :2), etc. Pourquoy donc la charge d'esliro un ministre a-cUe esté translatée du peuple à ces Prélats ? Us n'ont que respondre, sinon pourtant (|ue la parolle de Dieu n'estoit pas ouye entre les noises et brigues du peuple. Pourquoy donc ne sera-elle aujourdluiy o'^tée aux Chanoines, les(piels non seulement violent toutes loix, mais sans honte ne vergongne confondent le ciel avec la terre, par leur avarice et ambition et cupidité desordonnée ?
'.). Mais c'est mensonge, que cela a esté introduit pour remède. Nous lisons bien que les villes ont esté souvent en trouble pour l'élection de leurs fivesques : toutesfois nul n'osa jamais penser d'oster au peuple la liberté d'eslire. Car ils avoyent d'autres moyens pour obvier à ce mal-là, ou pour le corriger quand il eust esté ja fait. Mais la vérité est telle, que le peuple par succession de temps estant nonchalant à eslire, en a laissé le soin aux Prestres. Iceux ont abusé de ceste occasion, pour usurper la tyrannie qu'ils exercent, laquelle ils ont conformée par nouveaux Canons. La façon qu'il ont d'ordonner ou consacrer les Evesques, n'est qu'une pure moquerie. Car l'apparence d'examen dont ils usent, est tant maigre et frivole, ([ue mesnie elle n'a point de couleurpour tromperie monde. Pourtant ce que les Princes font aujourdhuy paction avec le Pape do pouvoir nommer les Evesques, en cela l'Eglise ne perd rien de nouveau. Car seulement l'élection est o.stée aux Chanoines, laquelle ils avoyent ravie contre tout droit, ou plustost desrobée. C'est bien certes un exemple vilain et deshonneste, que les courtisans ayent ainsi les eveschez en proye : et l'office d'un bon Prince seroit de s'abstenir de telles corrupteles. Car c'est une invasion inique et meschante, qu'un Evesque soit constitué sus
un peuple lequel ne l'aura point désiré, ou [lour le moins approuvé lilirement. Mais la façon désordonnée et confuse qui a esté long temps en l'Eglise, a donné occasion aux Princes d'attirer à eux la présentation dos Evesques. Car ils ont mieux aymé qu'on leur en seust gré (|u';i ceux qui n'y avoyent non plus de droit (ju'eux, et qui en abusoyent bien autant.
4-. Voila donc la belle vocation pour laquelle les Evesques se vantent d'estre successeurs des Apostres. Touchant de créer les Prestres, ils disent que le droit leur en compote : mais en cela ils corrompent la façon ancienne, qu'ils n'ordonnent point des PresU'os pour gouverner ou enseigner le peuple, maïs pour sacrifier. Sendjlabloment (piand ils consacrent dos Diacres, ils n'est point ([uestion de leur vray et propre office : mais ils les ordonnent seulement à quelques cérémonies, comme pour présenter le calice et la patène. Or il est défendu an concile de Calcédoine, de recevoir un liomme au ministère absoluement : c'est à dire, sans luy assigner lieu au(|uel il exerce son office 3». Ce décret est trcsutile pour deux causes. Premièrement, afin que les Eglises ne soyent point chargées de despenses superflues, et que ce qui devoit estre distribué aux povres ne soit point consumé a nourrir gens oisifs. Secondement, afin que ceux (ju'on ordonne cognoissent qu'ils ne sont poini promeuz à quelque honneur : mais ((u'on leur impose charge, à laquelle ils s'obligent par telle réception solennelle. Mais les Docteurs de la Papauté, qui n'ont soin que du ventre, et qui pensent qu'il ne faut regarder autre chose en la Chrestienté, exposent qu'il faut avoir tiltre pour estre receuz : c'est à dire, revenu pour estre nourriz, soit de bénéfice, soit de patrimoine. Pourtant, quand ils ordonnent en la Papauté un Diacre ou un Prestre, sans se soucier où ils serviront, ils ne font difficulté de les recevoir, moyennant qu'ils soyent assez riches pour s'entretenir. Mais (|ui sera l'homme qui recevra cela, que le tiltre qui est requis par le Concile, soit revenu annuel pour la nourriture ? Davantage, pource que les Canons qui ont esté depuis faits, condamnoyent les Evesques à nourrir ceux qu'ils avoyent receuz sans tiltres suffisans : alln de corriger une trop grande Hicilité à recevoir tous ceux (jui se présentent, on a trouvé un nouveau subterfuge pour éviter ce dangier. ('ar celuy qui demande d'estre promeu produisant un tiltre tel (piel, il promet de s'en tenu" pour content. Par ceste paction il est débouté, qu'il ne puisse après plaider contre l'Evosriue pour sa nourriture. Je me tay de mille trom|)enes qui s'y font, comme de produire un tiltre imaginaire de quelque chapelle de cinq sols, ou d'une vicairie qui vaut autant traînée que iiortée. Item, d'emprunter un bénéfice avec convenance de le rendre, combien