CHAPITRE V
Décrets, toutes fois et quantes (|iio Iton leur semble. Mais je d\ (jue ces deux ciiuses sont vilaines et exécrables, répugnantes a Dieu, à nature, et au régime de l'Eglise, qu'un briganil ou voUeur occupe seul plusieurs Eglises: et ([uun liomme soit nommé Pasteur, lecjuel ne peut estre auprès île son troupeau, mesme quand il voudroit : et toutesfois ils sont tant elïrontez (|u'ils couvrent sous umbre de l'Eglise ces or- (lures t;mt abominables, alin qu'on ne les reprenne point. (Jui plus est, ceste belle succession qu'ils allèguent, pour dire (jue l'Eglise s'est conservée entre eux ilepuis le temps des Aposlres jusques a présent, consiste enclose en ces meschancctez.
8. Voyons maintenant comme ils exercent lidelement leur oilice : ([ui est la seconde marque par laquelle on doit estimer les vrais Pasteurs. Les Prestres qu'ils font, sont en partie Moynes, en partie séculiers, comme ils les appellent. Les premiers ont esté incogneuz en l'Eglise ancienne : et de fait, l'office de prestrise répugne tellement à la profession M(»nachale, que (juand anciennement on eslisoil un Moyne pour estre au Clergé, il sortoit du premier estât: mesme sainct Grégoire, au temps du(iuel il y avoit desja beaucoup de vices, ne peut porter une telle confusion. Car il veut, si (juelcun est fait Abbé, qu'il se deveste de Testât du Clergé : d'autant que nul, comme il dit. ne peut estre Mnyne et du Clergé ensemble, d'autant que l'un empesche l'autre "^ Maintenant, si j'interrogue noz gens, comment celuy lequel les Canons declairent n'estre point idoine en un office, s'ac- (|uitera de son devoir : que me respondront-ils ? Je croy bien qu'ils m'allégueront ces Décrets avortez d'Innocence et de Bonilace, lesquels reçoyvent tellement un Moyne au degré de prestrise, qu'il demeure neantmoins tousjours en son doistre. Mais est-ce raison que quelque asnc sans aucun savoir ne prudence, incontinent qu'il aura occupé le siège Romain, renver.se toutes les ordonnances anciennes d'un petit mot? combien (|ue de cela nous en parlerons puis après, pour le présent qu'il suffise, que du temps que l'Eglise estoit plus pure, on tenoit cela pour une grande absurdité, qu'un Moyne fust en 1 estât de [trestrise. Car sainct Hierome nie qu'il face (tffice de Prestre pendant qu'il converse entre les Moynes, mais se fait comme homme lay, qui doit estre gouverné par les Preslres. Mais encore que nous leur pardonnions ceste faute: comment est-ce qu'ils exercent l'office? Il y en a aucuns des mendians, et quelque peu des autres, qui preschent : tout le reste ne sert que de chanter ou dire Messe en leurs cavernes : comme si Jésus Christ avoit entendu que les Prestres fussent créez à ceste fin, ou comme si la nature de l'office le portoit. Or aucontraire l'Escriture tesmoigne que le propre d'un Prestre c'est de
gouverner l'Eglise (Act. 20, 28). N'est-ce point donc une profanation inesclianle de destourner a autre fin, ou piuslost du tout changer la saincte institution de Dieu? Car quand on les ordonne, nommément on leur défend de faire les choses (|ue le Seigneur enjoint a tous Prestres. (Ju'ainsi soit, on leur chante ceste leron : Qu'un Moyne se contentant de son cloistre, ne présume point ne il'enseigner, ne d'administrer les Sacremens, ne d'exercer autre charge publi- (lue. Qu'ils nient, s'ils peuvent, que se ne soit une mo(iuerie manifeste de Dieu, de créer un Prestre alin (ju'il se déporte de l'office : et qu'un homme ait le filtre, qui ne peut avoir la chose.
9. Je vien aux séculiers, lesquels en partie sont bénéficiez, comme ils les nomment : c'est a (lire ils sont prouveuz pour leur ventre : en partie falourdiers, (lui gagnent leur vie à chanter ou à barbotter. a ouyr les confessions, porter les morts en terre, et autres ciioses semblables. Des bénéfices, les uns ont charge d'aine, comme Eveschez et Ciu'es : les autres sont salaires de gens délicats qui vivent en chantant, comme prébendes, Chanoiiieries, dignitez, chappelles, et autres semblables. Combien que tout va tellement à rebours, que les Alibayes et Prieurez sont donnez non seulement a Prestres séculiers, mais à des petis enfans : et cela se fait tellement par privilège, que c'est une coustume ordinaire. Touchant des Prestres mercenaires, ou falourdiers, qui se loent à journée, que feroyent-ils autre chose que ce qu'ils font ? assavoir, en se |)roslituant ix exercer une telle marciiandise honteuse et vilaine, principalement en telle multitude. Pourtant, comme ainsi soit qu'ils ayent honte de mendier apertement. ou qu'ils n'espèrent point de beaucoup profiter en ce faisant, ils circuissent oourans ça et là comme chiens alTamez : et par leur importunité, comme par abay, ils arrachent par force des uns et iic< autres quelques morseaux pour fourrer en leur ventre. Si je vouloye icy demonstrer quel déshonneur c'est à l'Eglise, que Testât et degré de prestrise soit abaissé jus(iues la, il n'y aurijit jioint de fin. Je n'useray point donc de longues (luerimoines, pour declairer la gramleur de ceste turpitude. Seulement je dy en brief, que si l'office d'un Prestre est de paistre l'Eglise, et administrer le règne spirituel de Jésus Christ, comme la parolle de Dieu l'ordonne, et les anciens Canons le requièrent : tous tels Prestres, qui n'ont nul ouvrage ne loyer qu'à faire marchandise de Messes et briborions, non seulement se déportent de faire leur devoir, mais qu'ils n'ont nul office légitime à exercer. Car on ne lem* donne point de lieu à enseigner. Ils n'ont nul trouppeau à gouverner. Rrief, il ne leur reste que l'autel pour olîrir Jésus Christ en sacrifice : ce qui est sacrifier, non pas à Dieu, mais au diable, comme nous verrons cy après.