‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 510 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

10. Je n'altouehe point icy les vices des personnes, mais seulement le mal qui est enraciné en leur institution, et ne s'en peut séparer. J'adjousteray une paroUc, laquelle sonnera mal en leurs oreilles : mais puis qu'elle est vraye il la faut (lire : c'est (pi'autant en est-il de tous Chanoines, Doyens, Gliapellains, Prevosts, Chantres, et tous ceux qui vivent de bénéfices oisifs. Car quel ministère ou service peuvent-ils faire à rEiïlise? Ils se sont descharj^ez de lapreJication de la Parolle, du soin de la discipline, et de l'administration des Sacremens, comme de choses trop fascheuses. Qu'est-ce donc qu'il leur reste, pourquoy ils se puissent vanter d'estrc vrais Prestres? Ils ont la chanterie et la pompe des cérémonies ; mais tout cela n'est rien à propos. S'ils allèguent la coustuine, l'usage, la prescription du long temps : j'appelle à la sentence de Christ, en laquelle il nous a exprimé quels sont les vrais Prestres, et que doyvent avoir ceux qui veulent qu'on les repute tels. S'ils ne peuvent porter une condition si dure, que de se suhmettre à la reigle de .Jésus Christ : pour le moins qu'ils permettent que ceste cause soit décidée par l'authorité de la première Eglise : mais leur condition ne sera ja meilleure, si on juge de leur estât selon les Canons anciens. Ceux qui ont esté changez en Chanoines, devoyent estre les Prestres de la ville, comme ils ont esté autre fois, pour gouverner l'Eglise en commun avec l'Evesque, et estre comme ses assesseurs en office de Pasteur. Toutes les dignitez des Chapitres n'appartiennent de rien au gouvernement de l'Eglise, encore moins les chapelles, et telles ordures ou fatras. En quelle estime donc les aurons-nous trestous? Certes et la parolle de .lesus (Christ, et l'observation de l'Eglise ancienne les rejette du tout de l'ordre de prestrise : toutesfois ils maintiennent qu'ils sont Prestres. Il leur faut donc oster cette masque : et ainsi on trouvera que leur profession est du tout diverse et estrange de l'office de prestrise, tel qu'il nous est defmy par les Apostres, et a esté requis en l'Eglise ancienne. Pourtant tous tels ordres ou estais, de fiuelque tiltre qu'on les orne pour les magnifier, veu qu'ils sont nouvellement forgez, pour le moins qu'ils ne sont point fondez en l'institution du Seigneur, n'en l'usage de l'Eglise ancienne, ne doyvent avoir aucun lieu en la description du régime spirituel, lequel a esté ordonné par la bouche de Dieu mesme, et receu de l'Eglise. Ou s'ils veulent que je leur masche mieux les parolles : veu que tous Chapellains, Chanoines, Doyens, Prevosts, Chantres, et tels ventres oisifs, n'attouchent point du petit doigt une seule portion de ce ((ui est nécessairement requis en l'office de prestrise, on ne doit nullement souffrir qu'en s'usurpant faussement l'honneut, ils violent la sainctc institution de Jésus Christ.

M. Restent maintenant les Evesques et les Curez, lesquels nous feroyent grand plaisir s'ils mettoyent peine de se maintenir en leur estât : car nous leur concéderions volontiers qu'ils ont un office sainct et honnorable, moyennant qu'ils fexercassent. Mais quand en abandonnant les Eglises qui leur sont commises, et rejettant la charge d'icelles sur les espaules des autres, ils veulent neantmoins estre tenuz pour Pasteurs, ils nous veulent faire accroire que l'office de Pasteur est de ne rien faire. Si quelque usurier, ([ui n'auroit jamais bougé de la ville, se disoit laboureur dos champs ou vigneron : si un gendarme, qui auroit tousjours esté à la guerre et au camp, et n'auroit jamais veu livre ne seroit entré en justice, se vantoit d'estre docteur ou advocat, qui est-ce qui pourroit endurer un tel badinage"? Or ceux-cy usent encore d'une sottise plus lourde, voulans estre nommez et tenuz Pasteurs légitimes de l'Eglise, et ne le voulans point estre. Car combien y en a-il d'entre eux qui facent mesmes semblant d'exécuter leur charge? Plusieurs d'entre eux dévorent toute leur vie le revenu des Eglises, desquelles ils n'approchent jamais seulement pour les regarder. Les autres y viennent une fois l'an, ou y envoyent un procureur, afin de les affermer à leur profit. Quand ceste corruptcle commença de venir en avant, ceux qui vouloyent jouyr de telle vocation, s'cxemptoyent par privilège. Maintenant c'est un exem])le bien rare, qu'un Curé soit résidant en sa paroisse. Car il les reputent comme métairies : et pourtant ils y commettent leurs vicaires comme sensiers ou receveurs. Or cela est répugnant à la nature mesme, qu'on estime un homme estre Pasteur d'un troupeau, duquel il n'aura jamais veu nul brebis.

12. )1 semble ([ue du temps de sainct Grégoire ceste meschante semence commençoit à pulluler, que les Pasteurs devinsent negligens à prescher et enseigner le peuple : car il s'en plaind fort en quelque passage : Le monde, ditil, est plein de Prestres et toutesfois on trouve peu d'ouvriers à la moisson : car nous recevons bien l'office, mais nous n'accomplissons point la charge. Item, D'autant que les Prestres n'ont point de charité, ils veulent estre veus seigneurs, et ne se recognoissent point pères. Ainsi ils changent le lieu d'humilité en orgueil et seigneurie. Item, Que faisons-nous entre nous Pasteurs, qui recevons le loyer, et ne sommes pas ouvriers? Nous sommes déclinez aux négoces qui ne nous appartiennent point : nous faisons profession d'une chose, et nous adonnons à l'autre. Nous laissons la charge de la prédication, et selon ce que je voy, nous sommes appeliez Evesques à nostre malheur : d'autant que nous tenons le tiltre d'honneur, et non point de vertu ^''.Yeu qu'il est si dur et si aspre a rencontre de ceux qui ne faisoyent pas du tout

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