‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 52 sur 703 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

nier (luaml l'EsciiturP parle d'iiii Dieu, (lu'il ne faille entenilre unité de subsUmee : (iiuuid elle dit que le Père, le Fils et le sainct Esprit sont trois, (pi'elle ne dénote trois personnes en ceste Trinité. Quand cela sera eonfessé sans astuce.il ne nous doit ehalolr des mots. Mais j'ay expérimenté de lon^ temps et plusieurs fois, que ceux qui s'acharnent à debatre tant des mots, nourrissent (pielque venin caché: tellement qu'il vaut mieux les piquer de jjropos délibéré, que parler obscurément en faveur d'eux.

6. Au reste, en laissant la ilis[)ute des mots, je commenceray à traicter delà chose. En premier lieu j'appelle Persoime, une résidence en l'essence de Dieu. la(|uelle estant rapportée aux autres, est distincte d'avec icelles d'une propriété incommunicable. Or ce mot de Résidence doit estre pris en autre sens (pie celuy d'Essence. Car si la ParoUe estoit simplement Dieu, et n'avoit point quebpic chose propre, sainct Jean eust mal dit que tousjours elle a esté en Dieu (Jean 1. 1). Qiuuid il adjouste puis après qu'elle est mesme Dieu, il entend cela de l'Essence unique. Mais puis qu'elle n'a peu estre en Dieu sinon résidente au Père, en cela se monstre la subsistence dont nous parlons : laquelle combien qu'elle soit conjointe d'un lien inséparable avec l'essence, toutesfois elle a une marque specialle pour en estre distinguée. J'ay dit aussi que chacune des trois résidences, ou subsistences, estant rapportée aux autres, est distincte de propriété. Or icy ce mot de Rapporter ou Comitarer, est notamment exprimé, pource qu'en faisant mention simple de Dieu, et sans rien déterminer par especial. ce nom ne convient pas moins au Fils, et au sainct Esprit, qu'au Père : mais (juand on fait comparaison du Père avec le Fils, chacun est discerné par sa propriété. Tiercement j'ai adjouste, que ce qui est propre à un chacun n'est point comnmniiiuable aux autres : pource que tout ce qui est attribué au Père pour marque de distinction, ne i)eut competer au Fils, ne luy estre transféré. Au reste, la définition de Terlullien ne me desplait pas, moyennant qu'elle soit prise en bon sens, c'est qu'il nomme la trinité des personnes une disposition en Dieu, ou un ordre qui ne change rien de l'unité de l'essence. **

7. Toutesfois devant que passer outre, nous avons à prouver la deité du Fils et du sainct Esprit, puis après nous verrons comment ils différent l'un d'avec l'autre. Quand l'Escriture fait mention de la Parolle éternelle de Dieu, ce seroii une bestise trop lourde d'imaginer une voix {[ui s'escoule et s'esvanouisse, ou laquelle se jecte en l'air, pour sortir hors de Dieu : comme les Prophéties et toutes les révélations ([u'ont eues les anciens Pères. Mais plustosl ce mot de Parolle signifie une sagesse résidente en Dieu, dont toutes révélations et Prophéties sont pro-

cedées. (^ar tesmoin sainct Pierre, les anciens Prophètes n'ont pas moins p;u'lé p;u" l'Esprit de Christ que les Apostres (l Pierre, 1, H), et ceux (pii après ont porté la doctrine de salut. Or pource (pie Christ n'estoit pas encores manifesté, il est nécessaire d'entendre (pie ceste Panjlle a esté engendrée du Père devant tous siècles. Que si l'Esprit diuiuel les Proi>hetes ont esté organes a esté l'Esprit de la Parolle, de la nous concluons infailliblement que la Parolle estvray Dieu, ce qu'aussi Moyse monstre assez clairement en la création du monde (Gen. 1), mettant tousjours la Parolle en avant; car à quel propos recite-il expressément que Dieu en créant chacune partie du monde a dit que cela ou cela soit fait, sinon aliii que la gloire de Dieu, qui ne se peut sonder, nous reluise en son image? Les gaudisseurs et babillariis pourront liien en se jouant amener une escliajjpatoire, (pie la Parolle est là prinse pour commandement: mais les Apostres nous sont bien meilleurs expositeurs, lesquels disent que le monde a esté créé par le Fils (Hebr. 1, 2), et (ju'il soustient toutes choses par sa Parolle vertueuse : où nous voyons ([ue la Parolle signifie le commandement du Fils, hMiucl en autre sens s'appelle la Parolle essentielle et étemelle du Père. Pareillement ce que dit Salomon n'est pas obscur à toutes gens de sain entendement et modeste : c'est (jue la sagesse a esté engendrée de Dieu devant les siècles, et qu'elle a présidé en la création de toutes choses (Proverb. 8, 22). Car d'imaginer quelque commandement de Dieu temporel, cela seroit sot et frivole, veu que deslors Dieu a voulu monstrer son conseil arresté et perpétuel, et mesme quelque chose plus cachée. A quoytend aussi le dire (ie nostre Seigneur Jésus, Mon Père et inoy sommes tousjours en œuvre jusques icy (Jean o, 17). (]ar en affermant que dés le commencement du monde il a tousjours ouvré ave(; son Père, il declaire plus à plain ce que Moyse avoit touché en bref. Nous voyons donques ([ue Dieu a tellement parlé en créant le monde, (jue la Parolle a aussi besogné de sa part, et que par ce moyen l'ouvrage est commun. Mais ce que sainct Jean en dit est encores plus clair, c'est (pie la Parolle (pii dés le commencement estoit en Dieu (Jean 1, 3), est la cause et origine de toutes choses, ensemble avec Dieu le Père : car par cela il attribue une essence jiermanente à la Parolle, et luy assigne encores quelque chose de particulier, et monstre comment Dieu en pariant a esté le créateur du monde. Parquoy combien que toutes révélations issues de Dieu soyent à bon droit intitulées sa parolle, si faut il toutesfois mettre en degré souverain ceste Parolle essentielle, qui est la source de toutes révélations, et tenir pour résolu qu'elle n'est sujette à nulle variété, et demeure tousjours une et immuable en Dieu, voire mesmes est Dieu.

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