CHAPITRE V
leur devoir, combien qu'ils le fissent en partie : que diroit-il aujourdhuy. je vous prie, s'il voyoit qu'il n'y cust presque nul Evesque (pii montast jamais une fois toute sa vie en ciiair pour [trèscher? des Curez, qu'à *i:rand'peine il y en eust de cent l'un? (>ar on est venu jusqu'en telle rajje, qu'il semble advis que ce soit une cbose trop basse et inférieure à la diLmité Episcopale, que de presclier. Du tenqis de sainct Bernard les choses estoyent desja plus dechcutes : mais nous voyons de quelles et combien ameres reprehensions il use à rencontre de tout le Cleri^é ; condjien ([u'il soit vray semblable qu'il y avoit encore plus d'bonnesteté et d'autliorité que maintenant.
13. Ursi on regarde bien, et qu'on espluclie de près la façon du ijouvernoment ecclesiasticpie qui est aujourdhuy en toute la Papauté, on trouvera qu'il n'y a nulle bri*ianderie tant desordonnée au monde. Certes le tout est si divers de rinstitution de Christ, voire mesme rejjuynant à icelle, esloi.uné et destourné de la façon ancienne, contrevenant a nature et raison, qu'on ne sauroit faire plus grande injure à Jésus Christ, que de prétendre son nom pour colorer un re;,Mme tant confus et desbordé. Nous sommes, disent-ils. les pilliersdel'Epflise. les Prélats de la Chrestienté. vicaires ûe Jésus Christ, chefs des fidèles, d'aut^'int que nous tenons la puissance et authorité des Apostres par succession. Us se glorifient en ces badinages, comme s'ils parloyent à des tr{»ncs de bois : mais toutes fois et quantes qu'ils useront de ces vanteries, je leur demanderay d'autre part. Qu'est-ce qu'ils ont de commun avec les Apostres ? Car il n'est point icy question d'une dignité héréditaire, laquelle vienne à un homme en dormant : mais de l'office de prédication, lequel ils fuyent si fort. Semblablcment, quand nous disons que leur règne est la tyrannie d'Antéchrist : ils repli(iuent incontinent f|ue c'est la saincte et vénérable Hiérarchie, laquelle les Pères anciens ont tant prisée et magnifiée. Comme si les saincts Pères en prisant ou en louant la Hiérarchie ecclésiastique, (-u le régime spirituel, selon qu'il avoit esté laissé par les Apostres, eussent songé à cest abysme et confusion tant diforme, où les Evesques le plus souvent ne sont qu'asnes qui ne savent pas les premiers rudimens de la Chrestienté, lesquels doyvent estre familiers mesmes au commun populaire : ou quelque fois sont jeunes enfans, h grand'peine sortis de l'escaille : ou bien s'il y en a quelques uns doctes, ce (jui n'advient pas souvent, ils pensent qu'Evesché ne soit autre chose qu'un filtre de pompe et magnificence : pareillement là où les Pasteurs des Eglises ne pensent et ne se soucient non plus de paistre leurs troupeaux, qu'un cordonnier de labourer les champs : là où tout est tellement dissipé, qu'à grand'peine y apparoist-il
une seule trace de l'ordre qu'ont eu les Pères de leur temps.
l'i. Que sera-ce si nous faisons examen des mœurs? Où sera ceste lumière du monde (pie Jésus Christ requiert? où sera le sel de la terre (Matth. o. 13. 14)? où sera une telle saincteté, (luelle puisse estre comme la reigle perpétuelle de bien vivre? Il n'y a aujourdhuy nul e.stat l)lus desbordé en supertluité, eu vanitez, en delices et toutes espèces de dissolutions, (|ue Testât de Clergé. 11 n'y a nul estât dont on trouve plus propres et plus expers pour estre maistres de toute tromperie, fraude, trahison, desloyauté: pour estre plus substils ou plus audacieux à mal-faire. Je laisse là l'orguerl, la hautesse, l'avarice, les rapines, la cruauté. Je ne parle point de la licence desordonnée, hupiellc ils se donnent en toute leur vie, lesquelles choses le monde a longuement porté : mais maintenant il en est tant las, ([u'il ne faut point craindre (jue je les amplifie par trop. Je diray un mot qu'ils ne pourront pas nier eux-mesmes : que des Evesques à grand'peine il y en a un seul, des Curez à grand'peine de cent l'un, qui ne soyent dignes d'estre excommuniez, ou pour le moins rejettez de l'office, si on vouloit juger de leurs mœurs selon les Canons anciens. D'autant que la discipline qui estoit anciennement est ja dés long temps hors d'usage et quasi ensevelie, ce ([ue je dy semble advis incroyable : mais il est du tout ainsi. Maintenant (|ue tous les supposts du siège Romain, et les adherens du Pape se glorifient de l'ordre sacerdotal qui est entre eux. Certes il appert que tel qu'ils l'ont, ils ne l'ont pas receu ne de Jésus Christ, ne de ses Apostres, ne de saincts Pères, ne de l'Eglise ancienne.
io. Que les Diacres viennent maintenant en place, et la saincte distribution des biens Ecclésiastiques laquelle ils observent. Combien qu'ils ne créent pas leurs Diacres a cela : car il ne leur enjoignent autre chose sinon de servir à l'autel, à chanter l'Evangile, et je ne say quels autres fatras. Des aumosnes. du soin des povres. et de toute l'administration cprils avoyent le temps passé, il n'en est point de nouvelles. Je parle mesme de leur institution, qu'ils tiennent comme leur vraye reigle : car s'il falloit parler du fait, l'ordre île Diacre n'est pas office entre eux, mais seulement un degré pour estre promeuz à prestrise. 11 y a une chose en quoy ceux qui jouent le personnage de Diacre à la Messe, représentent un spectacle frivole de l'ancienneté : c'est qu'ils reçoyvent les offrandes qni se font devant la consécration. Or la façon ancienne estoit, que les fidèles avant que communiquer à la Cène s'entrebaisoyent, et puis ofîroyent leurs aumosnes à l'autel. Ainsi ils rendoyent tesmoignage de leur charité : premièrement par signe, et puis par effect. Le Diacre, qui estoit procu-