‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 513 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avdvent adonc quelques revenuz entre mains, desquels ils se pouvoyent servir pour se tenir pompeusement et en grand estât, s'ils eussent pensé (lu'en cela l'ust le vray ornement de l'Eglise : mais pource qu'ils cognoissoyenl (|u'il. n'y a rien plus répugnant à l'otïice d'un Pasteur, que de tenir tables délicates, estre braves en accoustremens, avoir des jialais somptueux, ils suivoyent et gardoyent humilité et modestie, laquelle Jésus Clirist a consacré en tous ses ministres.

18. Mais afin que nous ne soyons trop longs en ce poinct, recueillons derechef en une l»rie\e somme combien ceste dispensation ou plustost dissipation des biens Ecclésiastiques, K-uiuellc est à présent, est loin du \Tay ministère des Diacres, tel qu'il nous est declairé en la parolle de Dieu, et a esté observé en l'Eglise ancienne. Je dy que ce qui s'omploye en l'ornement des temples est tresmal appliqué, sinon qu'il y ait mesure telle que la nature et propriété du service de Dieu et des Sacremens (^hrestiens le requiert, et que les Apostres et autres saincts Pères l'ont démons tré tant par doctrine que par exemples. Or qu'est-ce que l'on voit aujourdhuy aux temples qui s'accorde avec cela ? On reprouve tout ce qui est modéré, je ne dy point à la sobriété du premier temps, mais à quelque médiocrité honneste : rien ne plait qui ne sente la supertluité et corruption du temps présent. Cependant tant s'en faut qu'on ait soin des vrais temples et vifs, qu'on souffriroit plustost que cent mille povres mourussent de faim, que de fondre un seul calice, ou rompre une petite cannete d'argent pour subvenir à leur indigence. Afin ([ue je ne die rien de moymesme qui semble trop aspre, je prie seulement les lecteurs de penser à une chose : S'il advenoit que ces saincts Evesques que nous avons recité, assavoir Exuperius, Acace et sainct Ambroisc resuscitassent des morts, qu'est-ce qu'ils diroyent ? Certes ils n'approuveroyent point qu'en si grande nécessité des po\Tes on transferast ailleurs les richesses de l'Eglise, comme ne servans à rien ;. mais ils seroyent encore beaucoup plus offensez, de voir qu'on les employé en des almz pernicieux, encore qu'ils n'y eust nuls povres, et ([u'il n'y a point d'utilité en l'usage. Mais laissons le jugement des hommes. Ces biens sont dédiez à Jésus Christ : ils doivent donc estre dispensez selon sa volonté. Il ne profitera donc rien de mettre sur les contes de Jésus Christ, ce cjui aura esté despendu outre son mandement : car il ne l'aloera point. Combien que pour en dire le \Tay, il ne se despend pas beauoup de revenu ordinaire de l'EgUse en vaisselles, en chappes, en images et en autres

choses. Car il n'y a Eveschez tant riches, il n'y a nulles Abbayes tant grasses, il n'y a brief nuls benences, encore qu'on les assemble par monceaux, (jui puissent satisfaire à ceux qui les ont. Pourtant afin de s'espargner, ils induisent le peuple à ceste superstition de luy faire convertir ce qu'il devoit donner en aumosnes aux povres, à bastir des temples, faire des images, donner des calices ou reli(iuaires, à acheter chasubles et autres paremens. Voila le goulîre qui consume toutes les oblations et aumosnes quotidiennes.

19. Touchant du revenu qu'ils reçoivent des héritages et possessions, qu'en pourroye-je plus dire (]ne ce que j'en ay desja dit. et que chacun voit a l'œil ? Nous voyons de ((uelle conscience la plus grand'part est gouvernée par les Evesques et Abbez. Quelle folie seroit-ce de chercher là un ordre Ecclésiastique? Estoit-ce chose convenable, qu'en train de serviteurs, en pompes d'habillemens, en somptuosité de table et de maison, les Evesques et Abbez contrefissent les Princes, veu que leur vie devoit estre un exemple et patron de toute sobriété, tempérance, modestie et humilité ? Estoitcc chose appartenante à office de Pasteurs, de tirer à eux non seulement villes, bourgs et chasteaux, mais les grandes contez et duchez, finalement estendre leurs pattes sur les royaumes, veu que le commandement inviolable de Dieu leur défend toute cupidité et avarice, et leur commande de se contenter de vivre simplement? S'ils contemnent la parolle de Dieu, que respondront ils aux anciens Décrets des Conciles, où il est ordonné qu'un Evesque ait sa petite maison auprès du temple, une table sobre, et mesnage non somptueux ^'? Que respondront-ils à ceste sentence du Concile d'Àquilée, où il est dit que la povreté est glorieuse et honnorable aux Evesques Chrestiens? Car ce que sainct Hierome commande à Xepotien, assavoir que les povres et estrangers ayent entrée familière à sa table, et Jésus Christ avec eux : ils le rejetteront possible comme trop rude. Mais ils auront honte de nier ce qui s'ensuit tantost après: assavoir que la gloire d'un Evesque est de prouvoir aux povres. et que c'est une ignominie à tousPrestres de chercher leur profit particulier. Or ils ne peuvent recevoir cela, qu'ils ne se condamnent tous ensemble d'ignominie. Mais il n'est point de besoin de les poursuyvre icy plus asprement, veu que mon intention n'a esté que de declairer comment l'ordre des Diacres est aboly entre eux, passé a ja long temps, afin (ju'ils ne s'enorgueillissent plus de ce tiltre jpour priser leur Eglise. Or je pense bien avoir fait ce que je vouloye quant à ce poinct.

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