CHAPITRE VI
De la primauté du siège Romain.
1. rsous avons jusques à ceste heure raconté les estais qui ont esté au gouvernement de l'Eglise ancienne : et depuis ayans esté corrompus par succession de temps, et pervertis de plus en plus, maintenant retiennent seulement leur tiltre en l'église Papale : au reste, ne sont (|ue masques. Ce que j'ay fait, afin ([uo les lecteurs par ceste comparaison puissent juger quelle église ont maintenant les Romanistes, qui nous veulent faire schismatiques, d'autant que nous nous sommes séparez d'icelle. Mais nous n'avons point encore touclié le chef et le comble de tout leur estât : assavoir la primauté du siège Romain : par laquelle ils s'etïorccnt de prouver que TEgiise Catholique n'est sinon par devers eux. La cause pourquoy je n'en ay point encore parlé, est, d'autant ((uelle n'a pas son origine ne de l'institution de Jésus Clirist, ne de l'usage de la première Eglise: comme les offices dont nous avons traité : lesquels nous avons monstre estre tellement descendus de l'ancienneté, que par la corruption des temps ils ont décliné de leur pureté ou plustost ont esté du tout changez. Et toutesfois noz adversaires s'efforcent, comme j'ay dit, de persuader au monde ([ue le principal et quasi le seul lien de l'unité Ecclésiastique est d'adhérer au siège Romain, et persister en l'ohcissanco d'iceluy. Voila le fondement sur le(iuel ils s'appuyent, ({uand ils nous veulent oster l'Eglise pour l'avoir de leur costé : c'est qu'ils retiennent le chef, du(iuel dépend l'unité de l'Eglise, et sans lequel il ne se peut faire qu'elle ne soit dissipée et ronqme. Car ils ont ceste fantasie, que l'Eglise est un tronc de corps sans teste, si elle n'est subjette au siège Romain comme a son chef. Et pourtant quand ils disputent de leur Hiérarchie, ils commencent tousjours par ce principe, ([ue le Pape préside sur l'Eglise universelle au lieu de Jésus Christ, comme son vicaire : et que l'Eglise ne peut estre autrement bien ordonnée, sinon que ce siege-là ait primauté sm' tous les autres. Il faut donc faire aussi discussion de ce poinct, afin de ne rien laisser derrière qui appartienne au régime entier de l'Eglise.
2. Voicy donc le nœud de la matière, assavoir s'il est requis en la vraye Hiérarchie ou gouvernement de FEglisc, qu'un siégeait prééminence sur tous les autres en dignité et en puissance, pour estre chef en tout le corps. Or nous assujettirons l'EgUse cà une condition trop inique et
dure, si nous la voulons astreindre à ceste nécessité, sans la parolle de Dieu. Pourtant si noz adversaires veulent obtenir ce qu'ils demandent, il leur convient prouver devant toutes choses que cest ordre a esté institué de Jésus Christ. Pour ce faire ils allèguent la Prestrise souveraine qui estoit en la Loy, et la jurisdiction souveraine du grand Sacrificateur, (juc Dieu avoit establie en Jérusalem. Mais la solution est facile: qui plus est, il y a diverses solutions, s'ils ne se contentent d'une. Premièrement d'estendre à tout le momie universel ce qui a esté utile à une nation, ce n'est point procédé par raison: mais aucontraire, il y a grande différence entre tout le monde et un certain peuple. D'autant que les Juifs estoyent circuis tout k l'entour d'idolâtres, de peur qu'ils ne fussent distraits par variété de religions. Dieu avoit colloque le siège de .son service au milieu de la terre, et là il avoit ordonné un Prélat, auquel tous devoyent estre subjets, pour estre mieux entretenus en unité. Maintenant que la Religion est espandue par tout le monde, qui est-ce qui ne voit que c'est une chose du tout absurde, d'assigner à un seul homme le gouvernement d'Orientet d'Occident? Car c'est tout ainsi comme si quelcun debattoit que le monde doit estre gouverné par un Railly ou Seneschal, pource que chacune province a le sien. Mais il y a encore une autre raison pourquoy cela ne doit point estre tiré en conséquence, tellement ([u'il le nous faille ensuyvre. Nul n'ignore que le grand Prestre de la Loy n'ait esté figure de Jésus Christ. Maintenant puis que la Prestrise est translatée, il convient que ce droit soit aussi translaté (Hebr. 7, 12). Or à qui sera-ce ? Certes non pas au Pape : comme il s'en ose impudemment vanter, ailegant ce passage à son profit, mais à Jésus Christ, lequel comme il exerce seul cest office sans vicaire ou successeur, aussi il ne resigne l'honneur cà nul autre. Car ceste prestrise, laquelle estoit figurée en la Loy, ne gist point seulement eu prédication ou doctrine, mais elle emporte la reconciliation de Dieu avec les hommes, laquelle Jésus Christ a parfaite en sa mort. Rem, l'intercession par laquelle il se présente à Dieu pour nous, afin de nous y donner accès.
3. Il ne faut point donc qu'ils nous astreignent à cest exemple que nous voyons avoir esté temporel, comme si c'estoit une loy perpétuelle. Au nouveau Testament, ils n'ont rien qu'ils