CHAPITRE VI
puissent amener à leur propos, sinon qu'il a esté dit a un seul lioninie, Tu es Pierre, et sur eeste pierre j'editieray mon Ejïlise. Et ce que tu auras lié en terre, sera lié au eiel : ce (jue tu auras deslié, sera deslié (Matth. Ki. 18 s.). Item, Pierre m'ainies-tu ? pay mes brebis (Jean :21, lo). .Mais s'ils veulent que ces probations soyent fermes, il leur convient iiremierenient demonstrer, (pie quand il est dit a un bcunnie (|u"il paisse le troupeau de Christ, la puissance luy est donnée sur toutes les E>rlises: et (lue lier et deslier n'est autre chose que présider sur tout le monde. Or est-il ainsi, que connue Pierre avoit receu ceste commission du Seigneur, aussi il exhorte tous les autres Prestres de s'en acfjuiter : assavoir lie paistre le peuple de Dieu (]ui leur est commis (1 Pierre 5, 1.2). De la il est facile d'inférer, que Jésus Christ en conunan<lant à sainct Pierre d'estre Pasteur de ses brebis, ne luy a rien donné de spécial dessus les autres. (Jean 20, 23): ou bien, que Pierre mesme aconinumiqué le droit qu'il avoit receu à tous les autres. .Mais afin de ne faire long procès, nous avons en un autre passage l'exiiosition par la propre bouche de Jésus Christ, pour nous monstrer que c'est à dire. Lier et deslier: assavoir de retenir les péchez et les remettre. La façon de lier et deslier se peut entendre par toute l'Escritiu'c : et singulièrement est exprimée par sainct Paul, (juand il dit que les ministres de l'Evangile ont la charge de reconcilier les hommes à Dieu: et puissance de faire la vengeance sur tous ceux quiaui'ont refusé un tel bénéfice (2 Cor. o, 18; 10, 6).
4. J'ay touché de.sja combien vilainement ils dépravent les passages qui font mention de lier et deslier : et encores m'en faudra-il faire cy après plue ample déclaration. Pour le présent il nous est mestier de voir quelle conséquence ils tirent de la response de Jésus Christ a Pierre. Il promet de luy donner les clefs du royaume des cieux, et que tout ce qu'il liera en terre sera lié au ciel (Matth. 16, 19). Si nous pouvons accorder quant au mot des clefs, et de la façon de lier, tout nostre diiïerent sera Miidé. Car le Pape quittera volontiers ceste charge que nostre Seigneur Jésus a donné à ses Apostres, pource qu'elle est pleine de fascherie et travail, pour le priver de ses délices sans luy apporter aucun gain. D'autant que par la doctrine de l'Evangile les cieux nous sont ouvers, la similitude des clefs luy convient fort bien. Or est-il ainsi que nuls ne sont fiez ou desliez devant Dieu, sinon d'autant que les uns sont reconciliez par foy, les autres sont estrainls au double parlem- incrédulité. Si le Pape mainlenoit un tel droict, je ne pense pas que nul luy en portast envie, ou qu'on luy contredit: mais pource que ceste succession pleine de travail et sans aucun gain ne luy vient gueres à gré, voicy dont il nous faut en premier
lieu }tlaiiler contre luy : assavoir que c'est que Jésus Christ a promis à Pierre. La chose monstre qu'il a voulu magnifier Testât Apostolique, duquel la dignité ne se [)eut séparer de la charge. Car si la définition que nous avons donnée est receue, laquelle ne se peut rejettcr sinon trop inqHidemment,il n'y a rien donné en ce passage a sainct Pierre, qui ne soit coiiinum à tmis les douze : iMiurce (pie non seulenienl il leur seroit fait tort quant à leurs personnes, mais la majesté de la doctrine seroit aiïoihlie. Les Romanisipies crient fort et ferme à rencontre. .Mais de quoy leur profite-il de heurter contre ce roc ? Car ils ne feront pas, comme la prédication du mesme Evangile a esté commise a tr)us les Apostres, qu'ils n'ayent esté aussi munis d'une puissiuice égale de lier et deslier. JesusChrist, disent-ils, promettant à sainct Pierre de luy donner les ciels, l'a constitué Prélat de toute l'Eglise. Je respon que ce qu'il luy a promis à luy seul en ce pas.sagc-là, il l'a donné en commun à tous les autres puis après, et comme livré en la main. Si un mesme droit est baillé a tous (Matth. 18, 18 : Jean 20, %i), tel qu'il avoit esté promis à un, en quoy est-ce que cestuy-là est supérieur à ses compagnons ? La preeminen';e, disent-ils, est en cela, qu'il reçoit luy seul à, part, et en commun avec les autres, ce qui n'est donné aux autres sinon à tous ensemble. Et que sera-ce si je respon avec sainct Cyprien et sainct Augustin, que Jésus Christ n'a pas fait cela pour le préférer aux autres, mais i)our dénoter l'unité de l'Eglise :' Les paroles de sainct Cyprien sont telles : Xostre Seigneur en la personne d'un homme a donné les clefs à tous pour dénoter l'unité de tous. Les autres estoyent bien ce tpie sainct Pierre estoit, compagnons en égal honneur et en égale puissance : mais Jesus-Christ commence par un homme, afin de monstrer que l'Eglise estune^-. Quant à sainct Augustin, voicy qu'il dit : Si la figure de l'Eglise n'eust point esté en sainct Pierre, le Seigneur ne luy eust l)as dit. Je te donneray les clefs. Car si cela est dit a Pierre seul, l'Eglise n'a point les clefs. Si l'Eglise les a, elle estoit figurée en la personne de Pierre*^ Item on un autre lieu. Comme ainsi soit que tous eussent esté interroguez, Pierre respond luy seul, Tu es Christ : et il luy est dit Je te donneray les clefs, comme si la puissance de lier et deslier luy estoit donnée a luy seul : mais comme il avoit respondu pour tous, aussi il reçoit les clefs avec tous: comme portant la personne d'unité. Il est donc nommé seul poui* tous, d'autant (|u'il y a entre tous unité".
'). .Mais ce qui est la dit davantage, disent-ils, assavoir (pie sur ceste pierre l'Eglise sera édifiée (.Mattli. 16, 18), n'a jamais esté dit à autre. Voire, comme si Jésus Christ disoit là autre chose de sainct Pierre, qu'iceluy mesme et sainct Paul disent de tous les Clirestiens. Car