‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 517 sur 703 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

monstrcr qu'il ne doit point cstre rcputo inférieur en son Ai)ostolat à Pierre ou à Jean, d'autant que (j'ont esté ses compagnons, non pas ses inaistres.

H. Mais encores que je leur accorde de Pierre ce qu'ils demandent, assavoir iiu'il a esté Prince des Apostres, et qu'il a précédé les autres en dignité : toutesfois il n'y a [)oint de propos de l'aire une reigle générale d'un exemple particulier, et de tirer en conséquence ce qui a esté fait pour une fois, quand mesme la raison est tUversi'. Il y en a eu un principal entre les Apostres, voire pource (ju'ils estoyent en petit nombre. Si un a présidé sur douze, s'ensuit-il par cela ipi'un seul doyve présider sur cent mille ? Ce que douze ont eu un d'entre eux pour dresser la compagnie, ce n'est point de merveille. Car la nature porte cela, et la façon humaine qu'en toute compagnie, encores que tous soyent égaux en puissance, il y en ait un qui soit pour conducteur, auquel tous les autres se rengent. Il n'y a nul conseil, ne i)arloment, ny assemblée iiuelconiiue qu'elle soit, qui n'ait son président ou gouverneur. Il n'y a nulle bande qui n'ait son capitaine : ainsi il n'y auroit nul inconvénient, si nous confessions que les Apostres eussent donné une telle primauté à sainct Pierre. Mais ce qui a lieu entre peu de gens, ne se doit soudainement tirer à tout le monde, pour lequel régir nul homme ne peut suffire luy seul. Mais l'ordre de nature, disentils, nous enseigne qu'il y doit avoir un souverain chef sur chacun corps. Et pour confermer leur dire, ils ameinent l'exemple des grues et des mouches à miel, lesquelles eslisent tousjours un Roy ou gouverneur, et non pas plusieurs. Je reçoy volontiers ces exemj)les. Mais je demanJe si toutes les mouches <à miel qui sont au monde, s'amassent en un lieu pour élire un Hoy. Chacun Iloy est content de sa ruche : pareillement chacune bande de grues a son conducteur propre. Que conclurront-ils donc de cela, sinon que chacune Eglise doit avoir son Evesque ? Ils nous allèguent après, les exemples des seigneuries terriennes, et assemblent les sentences (\m sont aux Poètes et autres escrivains, poui' louer tel ordre et monarchie. A cela nous avons facile response : car la monarchie n'est pas tellement louée, mesme des escrivains Payens, comme si un seul homme devoit gouverner tout le monde : mais ils signifient seulement que nul Prince ne peut endurer compagnon en ses pais.

9. Mais encore le cas posé qu'il soit bon et utile, comme ils veulent, que tout le monde soit réduit on une monarchie : ce qui est neantmoins tresfaux : mais encore qu'ainsi fust, si ne leur concederay-je pourtant que cela doyve valloir au gouvernement de l'Eglise. Car elle a Jésus Christ pour son seul chef (Ephes. 't, lo).

sous la principauté duquel nous adhérons tous ensemble, selon l'ordre et forme de police que luy mes me nous a constitué. Pourtant ceux qui veulent donner la prééminence sur toute l'Eglise a un homme seul, sous ccste couverture (|u"elle ne se peut passer d'un chef, font une grosse injure à Jésus Christ, lequel en est le chef: au(iuel, comme dit sainct Paul, chacun membre doit estre réduit, atin que tous ensemble, selon leur mesure et la faculté qu'il leur donne, soyent unis pour croistre en luy. Nous voyons comme il colloque au corps tous les hommes de la terre sans exception, reservant à Jésus Christ seul l'honneur et le nom de Chef. Nous voyons comme il assigne à chacun membre certaine mesure et sou office limité, afin que tant la perfection de grâce comme la puissance souveraine de gouverner, réside en Jésus Christ seul. Je say bien ce ((u'ils ont accoustumé de caviller (juand on leur fait ceste objection : assavoir que Jésus Christ est nommé Le seul chef, à proprement parler, d'autant que luy seul gouverne en son nom et de son autliorité : mais que cela n'empesche point qu'il n'y ait un chef dessous luy, quant au ministère, lequel soit comme son vicegercnt en terre. Mais ils ne profitent rien par ceste cavillation, sinon que premièrement ils ayent prouvé que ce ministère ait esté ordonné de Christ. Car l'Apostre enseigne que l'administration est espandue par tous les membres, et que la vertu procède du seul Chef céleste (Ephes. 1. 22: 4, 15: o, 23 : Col. 1, 18:2, 10). Ou bien, s'ils veulent que je parle plus grossement, puis que l'Escriture tesmoigne que Jésus Christ est le Chef, et qu'elle luy attribue cest honneur à luy seul, il ne se doit point transporter à un autre, que Jésus Christ ne l'ait constitué son vicaire.

10. Or non seulement on ne lit cela en nulle part, mais il se peut amplement réfuter par beaucoup de passages. Sainct Paul nous a peint quelcpiefois l'image de l'Eglise au vif : là il ne fait nulle mention d'un seul chef en terre : plustost on peut inférer de la description (ju'il fait, que cela ne convient point à l'institution de Christ, lequel en montant au ciel nous a osté sa présence visible: toutesfois il est monté pour remplir toutes choses (Ephes. 4, 10). Ainsi l'Eglise l'a encore présent, et l'aura tousjours. Quand sainct Paul veut monstrer le moyen par lequel nous jouissons de la présence d'iceluy, il nous appelle aux ministères desquels il use. F^e Seigneur Jésus, dit-il, est en nous tous, selon la mesure de grâce qu'il a donné à chacun membre. Pourtant il a constitué les uns Apostres, les autres Prophètes, les autres Evangelistes, les autres Pasteurs, les autres Docteurs (Ephes. i, 7. il). Pourquoy est-ce qu'il ne dit qu'il en a constitué un sur tous les autres comme son lieutenant? Car le propos qu'il demene requiert

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