‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 518 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

bien cela, et ne le devoit nullement omettre, s'il estoit vray. Jésus Christ, dit-il, nous assiste. Comment ? Par le ministère des hommes qu'il a commis au gouvernement de son Eglise. Pourquoy ne dit-il plustost. Par le chef ministerial lequel il a ordonné en son lieu? Il nomme bien l'unilé, mais c'est en Dieu, et en la foy de Jésus Christ. Quant aux hommes, il ne leur laisse rien, sinon le ministère commun, et à chacun sa mesure en particulier. Et en nous recommandant l'unité, après qu'il a dit que nous sommes un corps et un esprit, ayans une mesmc espérance de vocation (Ephes. 4, 4), un Dieu, une foy, et un Baptesme, pourquoy est-ce qu'il n'adjouste quant et quant, que nous avons un souverain Prélat pour conserver l'Eglise en unité ? Car si la vérité eust esté telle, il ne pouvoit rien dire de plus propre. Qu'on poise diligemment ce lieu-là car il n'y a doute (|u'il ne nous y ait voulu représenter le régime spirituel de l'Eglise, lequel a esté depuis nommé des successem^s. Hiérarchie. Or il ne met nulle Monarchie ou principauté d'un seul homme entre les ministres : mais qui plus est, il dénote qu'il n'y en a point, n. n'y a aussi nulle doute qu'il n'y ait voulu exprimer la façon d'unité, par laquelle les fidèles doyvent adhérer à Jésus Christ leur Chef. Or non seulement il ne fait nulle mention d'un chef ministerial, mais il attribue à chacun membre son opération particulière, selon la mesure de grâce qui est donnée à chacun. La comparaison qu'ils font entre la Hiérarchie céleste et terrienne est h'ivole : car de la Hiérarchie celeste, il ne nous en faut savoir et sentir que ce qui en est dit en l'Escriture. Pour constituer l'ordre que nous devons tenir en terre, il ne nous faut suyvre autre patron que celuy que le Seigneur mesmes nous a baillé.

11. Mais encore que je leur ottroye ce second poinct, lequel toutesfois jamais ils n'obtiendront envers gens de bon jugement : assavoir que la primauté de l'Eghse a esté donnée à sainct Pierre à telle condition qu'elle demeurast tousjours, et qu'elle vint en succession de main en main: d'où est-ce qu'ils pourront conclurre que le siège Romain ait esté exalté jusques là, que quiconque en est Evesque doyve présider sur tout le monde? Par <iuel droit et à quel filtre attachent-ils ceste dignité à un lieu propre, laquelle a esté donnée à Pierre sans faire mention d'aucun lieu? Pierre, disent-ils, a vescu à Rome, et y est mort. Et Jésus Christ, quoy ? n'a-il point exercé office d'Evesque en Jérusalem, pendant qu'il a vescu? et en sa mort, n'y a-il point accomply ce qui estoit requis à la Prestrise souveraine? Le Prince des Pasteurs, le souverain Evesque, le Chef de l'Eglise n'a peu acquérir l'honneur de Primauté à un lieu : comment est-ce donc que Pierre, qui est beaucoup plus inférieur, l'auroit acquis ? Ne sont-ce pas follies

plus qu'enfantiles, de parler ainsi? Jésus Christ a donné l'honneur de Primauté à Pierre: Pierre a eu son siège a Rome : il s'ensuit donc qu'il a colloque illec le siège de sa primauté. Certes par mesmc raison le peuple d'Israël devoit anciennement constituer le siège de Primauté au désert, d'autant que Moyse souverain Docteur et prince des Prophètes, avoit là exercé son office, et y estoit mort (Deut. .34, 5).

12. Toutesfois voyons le bel argument qu'ils font : Pierre, disent-ils, a eu la primauté entre les Apostres. L'Eglise donc en laquelle il a eu son siège, doit avoir ce privilège. Or en ([uelle Eglise a-il esté premièrement Evesque? Ils respondent que ça esté en Antioche : de là je conclu, que la primauté appartient de droit à l'Eglise d'Antioche. Or ils confessent bien qu'elle a esté autresfois la première, mais que Pierre en partant de là, a transporté l'honneur de la primauté à Rome. Car il y a une epistre du Pape Marcel, au Décret, cscrite aux Prestres d'Antioche, où. il est ainsi dit : Le siège de Pierre a esté du commencement en vostre ville : mais depuis par le commandement de Dieu il a icy esté translaté. Ainsi l'Eglise d'Antioche, qui du commencement estoit la première, a donné lieu au siège Romain. Mais je demande. Par quelle révélation savoit ce nigaud de Pape, que Dieu l'eust ainsi commandé ? S'il est question de définir ceste cause par droit, ils faut qu'ils respondent, assavoir si le privilège qui a esté donné à Pierre, est personnel, ou real, ou meslé.Il faut qu'ils choisissent l'un des trois, selon tous Légistes. S'ils disent qu'il est personnel, le lieu ne vient point en conte. S'il est real, après qu'il a esté donné à un lieu, il ne luy peut estre osté par la mort ou le départ de la personne. Il reste donc qu'il soit meslé des deux. Or lors il ne faudra point simplement considérer le lieu, sinon que la personne corresponde avec. Qu'ils eslissent lequel qu'ils voudront : soudain je conclurray et prouveray facilement, que Rome ne se peut attribuer le Primat par aucun moyen.

1.3. Mais encore concédons leur ce poinct. Mettons, dy-je, le cas que la primauté ait esté translatée d'Antioche à Rome. Mais pourquoy Antioche n'a-elle pour le moins retenu le second lieu ? Car si Rome est la première, d'autant ([ue Pierre en a esté Evesque jusques à la mort : laquelle doit estre plustost la seconde, que celle où il avoit eu son premier siège? Comment donc s'est-il fait qu'Alexandrie ait précédé Antioche ? Est-ce chose convenable, qu'une Eglise d'un simple disciple soit supérieure au siège de sainct Pierre? Si ainsi est que l'honneur soit deu à chacune Eglise selon la dignité de son fondateur, que dirons-nous aussi des autres Eglises ? Sainct Paul nomme trois Apostres qu'on reputoit estre les colomnes : assavoir Jaques, Pierre et Jean (Gai. 2, 9). Si on attribue le pre-

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