CHAPITRE VII
De la soiirse et accroissement de la Papauté, jusques à ce qu'elle se soit eslevée en la grandeur qu'on la voit: dont toute liberté a esté
opprimée, et toute équité confuse.
1. Quant est du commencement premier de la primauté du siège Romain, il n'y a rien plus ancien pour luy donner couleur, que le décret qui fut fait au Concile de Nice, là où l'Evesque de Rome est nommé le premier entre les Patriarches, et luy est commise lasuperintendenc»^ sur les Eglises voisines. Ce décret partist tellement les Provinces entre luy elles autres Patriarches, qu'il assigne à tous leurs propres limites. Certes il ne le fait point chef de tous, mais seulement il le constitue un des principaux. Jule, qui estoit alors Evesque de Rome, avoit envoyé au Concile deux vicaires pour y estre en son nom : iceux furent assis au (luatrieme lieu. Je vous prie, si on eust recogneu Jule pour chef de l'Eglise, ceux qui representoyent sa personne eussent-ils esté reculiez jus(iues au quatrième lieu? Athanase eust-il présidé au Concile universel, où l'ordre de la Hiérarchie doit estre singulièrement observé ? Au Concile d'Ephese, il semble que Celestin, qui alors estoit Evesque Romain, usa d'une pratique oblique, afin de prouvoir à la dignité de son siège. Car comme ainsi soit qu'il y envoyast gens pour y assister en son lieu, il requist Cyrille Evesque d'Alexandrie, lequel autrement devoit présider, de tenir sa place. Dequoy servoit un tel vicariat, sinon afin que son nom peust tellement quellement entrer au premier siège? Car ses ambassadeurs estoyent en lieu inférieur : on leur demandoit leurs opinions comme aux autres : ils faisoyent subscription en leur ordre : cependant le Patriarche d'Alexandrie portoit double nom. Que diray-je du second Concile d'Ephese? auquel combien que Léon Evesque de Rome eust envoyé ses ambassadeurs, toutesfois Dioscorus Patriarche d'Alexandrie y prcsidoit sans contradiction, comme de droit. Ils répliqueront que ce n'estoit point un Concile légitime, veu que Flavien Evesque de Constantinoblc y fut condamné, et l'heresie d'Eutyches approuvée: mais je ne parle point de la fin. Il est ainsi que puis que le Concile estoit là assemblé, et que chacun Evesque estoit assis en son ordre : que les ambassadeurs du Pape de Rome y estoyent avec les autres, comme en un sainct Concile et bien ordonné. Or ils ne se débattent point du premier Ueu,
mais le quittent à un autre : ce qu'ils n'eussent point fait, s'ils eussent pensé qu'il leur eust appartenu, (^ar jamais les Evesques de Rome n'ont eu honte d'esmouvoir grosses contentions pour leur dignité, et n'ont point fait de difficulté de troubler les Eglises, et les diviser pour ceste cause. Mais pourceque Léon voyait bien que ce seroit trop audacieusement fait à luy, s'il eust prétendu de mettre ses ambassadeurs au premier siège, il s'en déporta.
2. Le Concile de Chalcedoine vint après, auquel par le congé ou ordonnance de l'Empereur, les ambassadeurs de l'Eglise Romaine présidèrent. Mais Léon mesme confesse bien que cela se faisoit par un privilège extraordinaire. Car quand il le demande à Martian Empereur et à l'Impératrice, il ne prétend pas qu'il luy soit deu : mais il allègue pour couverture, que les Evesques d'Orient, qui avoyent présidé au Concile d'Ephese, s'estoyent là mal ])ortez, et y avoyent abusé de leur puissance. Ainsi, pourtant qu'il estoit mestier d'avoir un président homme grave, et n'estoit pas vray semblable que ceux qui avoyent une fois procédé par tumulte, fussent idoines: Léon prie, qu'à cause que les autres sont incompétent, la charge soit transférée à luy. Certes ce qui 'se demande par un privilège spécial, n'est point de l'ordre commun et perpétuel. Quand on allègue seulement ceste couleur, qu'il est mestier d'avoir un nouveau président, pource que les précédons s'y sont mal portez, il appert qu'il n'a point esté fait auparavant, et qu'il ne doit point estre tiré en conséquence : mais qu'il est fait seulement pour le danger et nécessité présente. Pourt^mt l'Evesque de Rorne a tenu le premier lieu au Concile de Chalcedoine : non pas que cela fust deu à son Eglise, mais d'autant que le Concile estoit despourvu de président bon et propre : d'autant que ceux ausquels l'honneur appartenoit s'en estoyent exclus par leur folhe et mauvais portement. Et ce que je dy a esté prouvé par efîect du successeur de Léon; car estant appelle long temps après au cinquième Concile de Constantinoblc il ne débattit point pour avoir le premier heu, mais souffrit sans difficulté que Menas Patriarche du lieu presidast. Semblablement