‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 527 sur 703 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

adonc chef de TEmpire. Gnilion ;ille^^uo un rescrit de Lucinus Pape, où il dit ([u'oii a proiiiierement constitué les Primautez et Arelievescliez, conformant l'ordre de l'Ej^lise à la police temporelle : c'est a dire, iju'on a tellement distribué les sièges, (jue comme une ville estoit supérieure à l'autre, ou inférieure (juanl au temporel, aussi on luy assignoitson de^ré de i)reeminence quant au rej,ime s|iirituel ". Il y a aussi bien un autre rescrit sous le nom de Clément, où il est dit nue les Patriarches ont esté ordonnez aux villes les- ([uelles avoyenl eu devant la Clirestienté les principaux Prestres. Or il est vray qu'en cola il y a erreur : mais il a[)pro('lie aucunement de la vérité. Car c'est chose notoire, que du commencement, comme dit a esté. a(in que le changement ne fust pas si yrand, les sieyes des Evesques et Primats ont esté distribuez selon l'ordre qui estoit desja (piant au temporel : et que les Primats el Métropolitains ont esté colloquez aux sièges des bailliages ou gouvernemens. Pourtant il fut ordonné au Concile premier de Turin, que les villes (pii auroyent précédé les autres en degré, (|uant au régime séculier, fussent aussi les premiers sièges d'Evesques'". Que si la supériorité terrienne estoit transportée d'une ville à l'autre, (\ne le droit d'Archevesque fust transporté (juant et (piant. Mais Innocence Pape de Rome, voyant la dignité de sa ville décliner depuis (juc le siège de rEinjjire avoit esté transporté a Conslantinoble et craignant que par ce moyen son siège n'allast en décadence, fit une loy contraire, où il dit qu'il n'est pas nécessaire que la prééminence Ecclésiastique soit changée, selon qu'il se fera nuUation en l'ordre civil. Mais selon la raison, on devroit bien preferei' l'authorité d'un Concile à la sentence (l'un seul lionune. Davantage, Innocence nous doit estre suspect en sa cause propre. Quoy qu'il en soit, il dénote bien par son Décret, que du commencement on usoil de ceste façon, assavoir de disposer les Archevesques selon la prééminence temporelle de chacune ville.

lo. Suyvant ceste ordonnance ancienne il fut décrété au Concile de Constantinoble le premier, que l'Evesque de là fust second en honneur et en degré, d'autant que c'estoit la nouvelle Uome ". Long temps après, d'autant ([uc le Concile de Chalcedoine avoit fait un semblable Décret, Léon Romain y contredit fort et ferme : et non seulement il se permit de mespriser ce que six cens Evesfiues avoyent arresté et conclu, mais, comme on voit par ses Epistres, il les injuria aigrement, de ce (pi'ils avoyent oslé aux autres Eglises cest honneur qu'ils avoyent donné à celle de Constantinoble '". Je vous prie, qui est-ce qui le pouvoit inciter à troubler tout le monde, pour une cause tant légère et frivole, que pure ambition ? Il dit que ce qui a esté une fois passé au Concile de Nice, doit demeurer in-

violable. Comme si toute la Chrestienté estoit en danger de périr, pour avoir préféré une Eglise à l'autre: ou comme si les Patriarchies avoyent esté distribuées au Concile de Nice pour une autre lin ou autre intention, que pour la conservation de la police. Or nous savons que la police, selon la diversité des icnqis iicrmel, et mesme requiert, (pi'on face des nmtations diverses. C'est donc une vaine couleur (jue |»i'end Léon, de dire (ju'on ne doit nullement donner au siège de (>onstantinoble l'honneur qui avoit esté auparavant donné par le Concilede Niceàlaville d'Alexandrie, (^ar cela est trop évident, que c'estoit un Décret (pii se pouvoit changer sel(Mi la condition des temps. Et qu'est-ce, que nul des Eves(pies d'Orient, aus(|uels l'alTaire attouclioit beaucoup plus, n'y repugnoit ? Certes Protere (pii avoit esté esleu Eves(|ue d'Alexandrie au lieu de Dioscore, estoit là présent: semblablemenl les autres Patriarches, des(|uels l'honneur estoit amoindry. C'estoit à eux à faire de s'y oj)poser, non pas à Léon qui demeuroit en son entier. Quand donc iceux se taisent tous: ([ui plus est, (luand ils y consentent, et que le seul Evesque de Rome y contredit, il est aisé de juger quelle raison l'induist à cela: c'est qu'il prevoyoit de loin ce qui advint tantost après : que selon (pie la gloire de h; vieille Rome decroistroit, Constantinoble ne se contentant point du second lieu, voudroit aspirer au premier. Tontesfois il ne peut tant faire par ses crieries, que le Décret du Concile n'eust sa vigueur. Parquoy ses successeurs voyans qu'ils n'y gaignoyent rien, se déportèrent bien et beau de ceste obstination. Car, ils ordonnèrent qu'il deust estre le second Patriarche.

16. Mais peu de temps après, assavoir du temps de sainct Grégoire, i'Eves(pie de Constantinoble nommé Jean se desborda jusques là, qu'il se dit Patriai'die universel. Grégoire ne voulant point quitter l'honneur de son siège en bonne cause, s'oppose à une telle foUie. Etcertcs c'estoit im orgueil inloUerable, voire mesme une follie enragée à rEves(|ue de ('onstantinoble. de vouloir estendre son Evesché par tour l'Empire. Or Grégoire ne maintient point (|ue l'honneur qu'il dénie à l'autre, appartienne à soy: mais il a en exécration ce filtre, de ([uiconque il soit usurpé, comme meschant et contrevenant à l'honneur de Dieu : mesme il se courrouce en une Epistre à Eulogius, Evesque d'Alexandrie le(iuel le luy avoit attribué : Voicy, dit-il, au proeme de l'Epistre que vous m'avez adressée, vous avez nn's ce mot d'orgueil, en m'ap|)ellant Pape universel : ce que je prie à vostre saincteté de ne plus faire cy-apres. Car tout ce qui est donné à un autre outre la raison, vous est osté. De moy, je ne repute point pour honneur ce en quoy je voy l'honneur de mes frères amoindry. Car mon honneur est, que Testât de l'Eglise

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