CHAPITRE VII
futé fust ^Tay, assavoir que Pierre a esté constitué par la bouche de Christ, chef de l'Ej^Mise universelle, et (luil a resij,'né au siège l\oniain ceste di^^nité : item, (lue cela a esté confermé par Tauthorité de l'Eglise ancienne et par long usage : item, (jue tuus d"un cunsentenient ont permis tousjours la jurisdiction souveraine au Pape de Home : item, qu'il a esté juge de toutes les causes et de tous les hommes de la terre, n'estant subject au jugement d'aucun : quand, dy-je, je leur auray donné tout cela, et beaucoup plus s'ils veulent, neantmoins je leur respon en un mot que rien n'a lieu, sinon qu'il y ait à Rome une Eglise et un Evesque. Veuillent-ils ou non, il faut qu'ils me confessent que Rome ne peut autrement estre mère des Eglises, sinon ([u'elle soit aussi Eglise: et que nul ne peut estre prince des Evesques, qu'il ne soit Evesque. Veulent-ils donc avoir à Rome le siège Apostolique ? iiu'ils me monstrent qu'il y a vray Apostolat et légitime. Veulent-ils là avoir le Prélat souverain de tout le monde ? ([u'ils me monstrent qu'il y ait un vray Evesque. Or comment me monstreront-ils aucune l'ace ny apparence d'Eglise ? Ils le disent bien, et ont tousjours ceste vanteric en la bouche: mais je dy pour réplique, qu'une Eglise a ses marques pour estre eogneue, et qu'Evesché est un nom d'office. Il n'est point icy riuestiori du peuple, mais du régime qui doit tousjours apparoistrc en l'Eglise. Où est-ce qu'est le ministère tel qu'il a esté ordonné de Christ ? Qu'il nous souvienne de ce qui a esté dit auparavant touchant l'office des Prestres et d'un Evesque. Si nous réduisons l'office des Cardinaux à ceste reiglelà, c'est à dire à l'institution de nostre Seigneur, nous dirons qu'ils ne sont rien moins que Prestres. Touchant du Pape, je voudi'oye bien savoir que c'est qu'il a de semblable à un Evesque. Le principal poinct de l'office Episcopal, est de prescher la Parolle de Dieu au peuple. Le second, prochain à celuy, d'administrer les Sacremens. Le troisième d'admonnester et de reprendre, et mesme corriger par excommunication ceux qui faillent. Qu'est-ce qu'il fait de tout cela ? Qui plus est, fait-il semblant d'y attoucher ? Que ses llatteurs donc me disent comment ils veulent qu'on le tienne pour Evesque : veu qu'il ne donne nulle apparence d'attoucher, mesme du petit doigt, la moindre portion qui soit de son office.
iï. Ce n'est point d'un Evesque comme d'un Roy. r«ir un Roy, encore qu'il ne s'acquite point de son devoir, retient neantmoins le nom et le tiltre royal. Mais en estimant un Evesque, on regarde la commission que nostre Seigneur leur a baillée à tous, laquelle doit tousjours demeurer en sa vigueur. Pourtant, que les Romanisques me soudent ceste question : Je dy que leur Pape n'est point souverain entre les Eves-
ques, veu que luy-mesme n'est point Evesque. Il faut (ju'ils me prouvent ce second membre, s'ils veulent gagner (juant au premier. Et qu'estce, qu'il a non seulement rien propre à un Evesque. mais toutes choses contraires? Combien que je me trouve icy fort empesché : car par où commenceray-je ? par la doctrine, ou par les mœurs ? Que diray-je ? ou que tairay-je ? et où feray-je fin ? Je diray cela: comme ainsi soit (jue le monde soit aujourdiuiy renqjly de fausses et meschantes doctrines, plein de tant d'espèces de superstitions, aveuglé en Uant d'erreurs, plongé en si grande idolâtrie, qu'il n'y a nul de tous ces maux (pii ne soit sorty du siège Romain, ou [tour le moins n'ait prins de là sa confirmation. Et n'y a nulle autre cause jjourquoy les Papes soyent si enragez contre la doctrine de l'Evangile, quand elle se remet maintenant au dessus : pourquoy ils employent toute leur force à la dcsiruire, et pourquoy ils incitent tous les Rois et Princes à la persécuter, sinon d'autant ([u'ils vuyent bien (|ue tout leur règne s'en va en décadence, si une fois l'Evangile est remis en son entier. Léon a bien esté cruel de nature. Clément fort adonné à espandre le sang humain. Paul est encore aujourdhuy enclin à une rage inhumaine. Mais leur nature ne les a pas tant poussez à impugner la vérité, que d'autant ([ue c'est le seul moyen \)(mv maintenir leur tyrannie. Pourtant comme ainsi soit qu'ils ne puissent consister sinon en destruisant Jésus Christ, ils s'efforcent de ruiner l'Evangile, comme s'il estoit question de la défense de leur propre vie. Quoy donc ? penserons-nous qu'il y ait là siège Apostoli(iue, où nous ne voyons (ju'une horrible apostasie ' Celuy (jui en persecutiinl furieusement l'Evangile, se demonstre apertement estre Antéchrist, sera-il réputé de nous vicaire de Christ? Celuy (|ui machine par feu et par flambe de démolir tout ce que Pierre a édifié, doit-il estre tenu pour successeur de Pierre ? Tiendrons nous pour chef d'Eglise, celuy qui la descire par pièces, l'ayant premièrement retranchée de Jésus Christ son vray chef, pour en faire comme un tronc tout mutilé. Encores que j'accorde (lue Rome ait esté jadis mère de toutes les Eglises, depuis f|u'elle a commencé d'estre le siège d'Antéchrist, elle a laissé d'estre ce qu'elle estoit.
2."). Il semble advis à d'aucuns rjuc nous soyons mesdisans et tro[) aigres en parolles, quand nous appelions le Pape Antéchrist: mais ceux qui ont telle oi»inion ne pensent point ([u'ils accusent du mesme vice sainct Paul, après le(iuel nous parlons, voire de la bouche duquel nous parlons ainsi. Et afin que nul ne réplique que nous destournons mal à la Pai)auté les parolles de sainct Paul, comme si elles tendoyent à autre fin, je monstreray en bref qu'on ne les peut autrement prendre ny evposer, que de la