‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 536 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

crets de Dieu, ou comment les eussent-ils annoncez, sinon estans instruits par celuy qui seul les cognoist? Pourtant les saincts du temps passé n'ont jamais autrement cogneu Dieu, sinon le regardant en son Fils comme en un miroir. Quand je dy cela, j'enten que Dieu ne s'est jamais manifesté aux hommes que par son Fils : c'est à dire par sa vérité, sagesse et lumière unique. De ceste fontaine ont puisé Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, tout ce qu'ils ont eu de la cognoissance spirituelle. D'icelle mcsme ont puisé les Prophètes tout ce qu'ils ont enseigné et laissé par escrit de doctrine. Toutesfois ceste sagesse de Dieu ne s'est point tousjours communiquée aux hommes d'une mesme sorte. Car Dieu a parlé aux Patriarches par révélations secrettes, en telle sorte neantmoins qu'il leur donnoit quant et quant des signes pour la confirmation d'icelles, à ce qu'ils ne fussent point en doute que c'estoit Dieu qui parloit. Les Patriarches ont laissé de main en main à leurs successeurs ce qu'ils avoyent receu. Car aussi Dieu lem' avoit commis sa paroUe, à tel si qu'ils l'enseignassent aux autres, afin qu'elle fust tousjours entretenue. Ces successeurs avoyent tesmoignage de Dieu en leur cœur, que ce qu'ils oyoyent estoit venu du ciel, et non pas de la terre.

6. Or quand il a pieu à Dieu d'ordonner et dresser une forme d'Eglise plus apparente, il a quant et quant voulu que sa paroUe fust couchée par escrit, afin que les Prestres prinssent de là ce qu'il voudroyent enseigner au peuple : et que toute doctrine laquelle on prescheroit, fust compassée et examinée en ceste reigle. Et pourtant, (juand après la publication de la Loy il est commandé aux Prestres d'enseigner de la bouche du Seigneur (Mal. i, 7): le sens est, qu'ils n'enseignent rien estrange ou divers de la doctrine que Dieu avoit comprinse en sa Loy. Car d'adjouster à icelle, ou d'en rien diminuer, il ne leur estoit licite. Les Prophètes sont venuz après, par lesquels Dieu a publié des nouveaux oracles, qui fussent adjoustez à la Loy : non pas toutesfois tellement nouveaux, qu'ils ne procédassent de la Loy, et qu'ils ne tendissent k icelle comme à leur but. Car quant à la doctrine, les Prophètes n'ont esté sinon expositeurs de la Loy : et n'ont rien adjousté à icelle, que les révélations des choses à venir. Cela excepté, ils n'ont rien mis en avant qu'une pure explication de la Loy. Toutesfois d'autant qu'il plaisoit à Dieu qu'il y cust une doctrine plus évidente et plus ample, pour satisfaire tant mieux aux consciences infirmes, il a ordonné que les Prophéties fussent aussi bien réduites par escrit, et qu'elles fussent portion de sa paroUe. Les Histoires ont esté aussi bien adjointes avec, lesqueUes ont esté composée par les Prophètes, le sainct Esprit les inspirant et dressant à cela. Je

mets les Pseaumes en un mesme reng avec les Prophéties, pource que l'argument est commurt et semblable. Parquoy tout ce corps d'Escriture composé de la Loy, des Prophéties, Pseaumes^ et Histoires, a esté la paroile de Dieu au peuple ancien, ou l'Eglise d'Israël : et a fallu que les Prestres et Docteurs ayent réduit et compassé à ceste reigle tout ce qu'ils ont enseigné jusques à l'advenement de Christ, sans qu'il leur fust hcite de décliner ou à dextre ou à gauche. Car toute leur authorité estoit enclose en ces bornes, qu'ils respondissent au peuple par la bouche du Seigneur; ce qu'on peut recueillir de ce passage notable de Malachie, où il commande aux Juifs d'avoir mémoire de la Loy, et estre ententifs à icelle jusques à la prédication de l'Evangile (Mal. 4, 4). Car par cela il les retire de toutes doctrines estranges, et ne leur permet de décliner tant peu que ce soit du chemin que Moyse leur avoit fidèlement monstre. Et c'est pourquoy David magnifie tant l'excellence de la Loy, et luy attribue de si baux filtres (Ps. 19, 8; 119, 89. lOo): assavoir pour destourner les Juifs de n'appeler rien de nouveau, ou aucune addition, veu que tout ce qui estoit requis à leur salut lem' estoit desja declairé.

7. Mais quand finalement la sagesse de Dieu a esté manifestée en chair, elle nous a declairé à bouche ouverte tout ce qui peut entrer de Dieu en humain esprit, et tout ce qui s'en peut penser. Puis, dy-je, que nous avons Jésus Christ le Soleil de justice luisant sur nous, il nous donne parfaite clairté de la vérité de son Père, comme en plein midy : au lieu qu'elle n'estoit pas auparavant du tout descouverte, mais aucunement obscure. Car certes l'Apostre n'a pas voulu signifier une chose vulgaire, quand il a dit que Dieu avoit parlé aux anciens Pères par ses Prophètes en plusieurs sortes et en plusieurs manières : mais qu'en ces derniers jours il a parlé à nous par son cher Fils (Hebr. 1, 1.2). Car par cecy fi declairé que ey après Dieu ne parlera point comme paravant, par les uns ou les autres : et qu'il n'adjoustera point prophéties sur prophéties, ne révélations sur révélations : mais que tellement il a accomply toute perfection d'enseignemens en son Fils, qu'il nous faut savoir que cestuy-cy est le dernier et éternel tesmoignage que nous aurons de luy. Pour laquelle raison tout ce temps du nouveau Testament, depuis que Jésus Christ nous est apparu avec la prédication de son Evangile, jusques au jour du jugement, nous est dénoté par La dernière heure, les derniers temps, les derniers jours : afin qu'estans contens de la perfection de la doctrine de Jésus Christ, nous apprenions de ne nous en forger d'autre nouvelle, n'en recevoir de forgée par homme. Et pourtant non sans cause le Père nous envoyant son Fils par un privilège singulier, nous l'a ordonné Docteur et Précepteur,

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