‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 537 sur 703 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

nous commandant de l'escouter, et non aucun des honmies. Certes il nous a recommandé sa maistrise en i)eu de parolies, (juand il a dit, Escoutez-le (Matth. 17, 5i. Mais en ce peu de parolies il y a plus de force et d'importance qu'il ne semble; car cela vaut autant comme si nous ayant retirez et révoquez di' la doctrine de tous les honmies, il nous eust arrestez à son seul Fils, et nous eust commanilé do prendre de luy toute doctrine de salut, de dépendre de luy seul, d'estre fichez en luy seul : brief (ce que le mot porte) d'obéir à luy seul. Et pour dire vray, que saurions nous jilus attendre ou souhaiter des honuiies, puis (jue la parolle de vie niesnie a familièrement conversé en chair avec nous ? si (juelcun d'aventure n'avoit espérance que la Sapience de Dieu peust estre surmontée par l'homme. Plustost il faut que toute bouche d'homme soit close, depuis que celuy a parlé amiuel par la volonté du Père sont cachez tous les thresors de science et sapience (Col. 2, 3) : et a parlé en telle sorte qu'il appartenoit à la Sapience de Dieu (laquelle ne défaut en nulle part) et au Messias, du(iuel ou attendoit la révélation de toute choses (Jean 4, 25) : c'est à dire qu'il a tellement parlé, qu'il n'a rien laissé à dire aux autres après soy.

8. Pourtant que ce nous soit une conclusion résolue, que nous ne devons point tenir en l'Eglise pour parolle de Dieu, sinon ce qui est contenu en la Loy et aux Prophètes, puis après aux escrits des Apostres : et qu'il n'y a nulle autre façon de bien et deuement enseigner en l'Eglise, que de rapporter toute doctrine à ceste reigle. De là aussi nous avons à inférer, qu'il n'a rien esté permis davantage aux Apostres, ■que ce que les Prophètes avoyent eu anciennement, assavoir d'exposer l'Escriture ja donnée, et monstrer toutes les choses qui sont ja dites, estre accomplies en Jésus Christ : combien encore qu'ils n'ont point fait cela, et ne l'ont deu faire, sinon de parle Seigneur, c'est à dire, ayans l'Esprit de Jésus Christ, leur dictant ce qu'ils avoyent a dire. Car le Seigneur Jésus a limité toute leur ambassade en ceste sorte, leur commandant d'aller et enseigner : non point ce qu'ils auroyent forgé à la volée d'eux-mesmes, mais seulement tout ce qu'il leur avoit enjoint (Matth. 28, 20). Davantage, on ne pourroil souhaiter sentence plus claire, que quand il leur dit. Ne soyez point appeliez Maistres : car vous avez vous tous un Maistre au ciel, as.savoir moy (Matth. 23, 8). Et afin de leur ficher ceste parolle plus avant au cœur, il la répète en un mesnie lieu deux fois. Or pource que leur rudesse les empeschoit de comprendre ce qu'ils avoyent ouy et apprins de leur Maistre, il leur promet l'Esprit de vérité pour les addresser en la vraye intelligence de toutes choses (Jean l'i, 26; 16, 13). Car ceste restric-

tion est bien notable, quand il assigne au sainct Esprit cest office, de suggérer ce qu'il avoit desja enseigné de sa bouche.

'.). Pourtant sainct Pierre estant tresbien enseigné de son Maistre quel estoit son office, ne reserve ny à soy ny aux autres sinon de dispenser ce qui luy ostoit commis. Celuy qui parle, dit-il, qu'il parle comme les parolies de Dieu(l Pierre 4. lil: c'est a dire hardiment, et non pas en chancellant, connue font ceux qui ne sont pas authorisez d'enhaut, et n'ont pas la magnanimité qui est requise en bons serviteurs de Dieu. Qu'est cela autre chose, sinon rejetter toutes inventions de l'esprit humain, de quelque cerveau qu'elles soyent procedéeè, afin que la pure parolle de Dieu soit enseignée et api)rinse en l'Eglise des fidelles ? et subvenir tous décrets d'iiommes, de quelque estât qu'ils soyent, afin que les seules ordonnances de Dieu soyent tenues ? Voila les armes spirituelles, puissantes à Dieu pour la démolition des munitions : par les- (pielles les bons gendarmes de Dieu destruisent les conseils et toute hautesse qui s'esleve à rencontre de la cognois.sance de Dieu et mènent toute cogitation captive à l'obéissance de Christ et ont vengeance preste contre toute désobéissance (2 Cor. lu, 4 — 6). Voila la puis.sance Ecclesiastiijue clairement declairée, laquelle est donnée aux Pasteurs de l'Eglise, de quelque nom qu'ils soyent appeliez : c'est assavoir (|ue par la parolle de Dieu, de laquelle ils sont constituez administrateurs, hardiment ils osent toutes choses, et contraignent toute gloire, hautesse et vertu de ce monde, d'obéir et succomber à la majesté divine : que par icelle parolle ils ayent commandement sur tout le monde : qu'ils édifient la maison de Christ, subvertissent le règne de Satan : qu'ils paissent les brel»is et exterminent les loups : qu'ils conduisent par enseigTiemens et exhortations ceux qui sont dociles : qu'ils contraignent et corrigent les rebelles et obstinez : qu'ils lient et deslient, tonnent et foudroyent, si mestier est : mais tout en la parolle de Dieu, Combien qu'entre les Apostres et leurs successeurs il y a ceste dillerence, comme j'ay dit, que les Apo.stres ont esté comme Notaires jurez du sainct Esprit, à ce (|ue leurs Escritures soyent tenues comme authentiques : les successeurs n'ont autre commission que d'enseigner ce qu'ils trouvent estre contenu aux sainctes Escritures, Couchions donc qu'il n'est point permis à tous ministres fidèles de forger de nouveau quelque article de foy; mais (ju'il faut simplement adhérer à la doctrine ci laquelle Dieu nous a tous assubjettiz sans exception. Quand je dy cela, mon intention est non seulement de monstrer ce qui est licite à chacun particulier, mais aussi à toute l'Eglise universelle. Quant est des personnes, nous savons que saint Paul estoit ordonné Apostre sur les

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