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LIVRE IV

Corinthiens: toutesfois ildit qu'il ne domine point sur leur foy (2 Cor. 1, 24). Qui sera celuy qui osera maintenant usurper domination, laquelle sainct Paul testifie ne competer point à sa personne ? Que s'il eust approuvé ceste licence desbridée, qu'un Pasteur peust demander qu'on adjoutast certaine foy à tout ce qu'il luy plaira d'enseigner, jamais il n'eust estably ceste police entre les Corinthiens, que deux ou trois Prophètes parlassent, et que les autres jugeassent: que si quclcun des autres avoit meilleure révélation, qu'il parlast, et que le premier se teust (1 Cor. 14, 29. 30). Car par ces paroUes, sans nul espargner, il a assubjetty l'authorité de tous hommes a la censure et jugement de la parolle de Dieu. Mais quelcun me dira que c'est autre chose de l'Eglise universelle. Je respon que sainct Paul a aussi bien provenu ceste doute,(iuand il dit en un autre passage, que la foy est par l'ouye, voire l'ouye de la parolle de Dieu (Rom. 10, 17). Je vous prie, si la foy dépend de la seule parolle de Dieu, et regarde à icelle seule, et sur icelle seule se repose, que reste-il plus à la parolle de tout le monde ? Et de cela, nul qui saura bien que c'est de foy, n'en pourra douter ny hésiter. Car il faut qu'elle soit fondée, en une telle fermeté, qu'elle puisse consister invincible et sans s'estonner à rencontre de Satan, toutes les machinations d'enfer, et toutes les tentations du monde. Or ceste fermeté ne se trouvera qu'en la seule parolle de Dieu. Davantage, il y a une raison universelle, laquelle il nous faut icy considérer : c'est que Dieu oste aux hommes la faculté de forger aucun article nouveau, afm que luy seul nous soit pour Maistre et Docteur en la doctrine spirituelle : comme il est luy seul véritable, ne pouvant mentir ne tromper. Ceste raison n'appartient pas moins à toute l'Eglise qu'à chacun fidèle.

10. Or si ceste puissance est comparée avec celle de laquelle se vantent les tyrans spirituels, qui contrefont les Evesques et recteurs des âmes, il n'y aura nulle meilleure similitude qu'entre Christ et Belial. Mon intention n'est pas d'exposer comment et en quel desordre ils ont exercé leur tyrannie : seulement je recileray la doctrine laquelle ils ilefendent, premièrement par livres et prédication, puis après par feu et par glaive. D'autant qu'ils tiennent pour une resolution certaine, qu'un Concile universel représente vrayement l'Eglise : se fondans sur ce principe, ils concluent sans aucune doute, que tous Conciles universels sont legiz directement du Sainct Esprit : et pourtant, qu'ils ne peuvent errer. Or comme ainsi soit qu'eux-mesmes régissent les Conciles, et mesme qu'ils les fticent: tous ce qu'ils leur attribuent d'autborité, ils le prennent a la vérité pour eux. Us veulent donc qùenostre foy se tienne debout, ou qu'elle tombe bas à leur plaisir : tehement que tout ce qu'ils auront ar-

resté d'une part ou d'autre, nous soit ferme et résolu. S'ils ont lien approuvé, que nous le recevions sans aucun scrupule: s'ils ont rien condamné, que nous le tenions aussi pour condamné; cependant ils forgent à leur poste, et sans avoir esgard à la parolle de Dieu telles doctrines qu'ils veulent ;ausquelles pour ceste seule raison ils entendent qu'on doit adjouster foy. Car ils n'estiment point qu'un homme soit Chrestien, sinon qu'il s'accorde à toutes leurs déterminations, tant affirmatives que négatives: pour le moins de foy implicite, comme ils appellent: se fondant là dessus, qu'il est en l'authorité de l'Eglise de faire nouveaux articles de foy.

11. Premièrement voyons de quels argumens ils s'aydent, pour monstrer que ceste puissance ait esté donnée à l'Eglise : puis après nous verrons de quoy leur profite ce qu'ils allèguent, touchant l'Eglise. L'Eglise, disent-ils, est garnie de belles et excellentes promesses, de n'estre jamais abandonnée de Clirist son espoux, qu'il ne la conduise par son Esprit à toute vérité. Mais des promesses qu'ils ont coustume d'alléguer, il y en a une grande partie qui ne sont pas moins données à un chacun fidèle en particulier, qu'a toute l'Eglise ensemble. Car combien que Jésus Christ parloit aux douze Apostres, en leur disant, Je seray avec vous jusques à la fin du monde (Matth. 28, 20). Item, Je prieray le Père, et il vous donnera un autre consolateur, assavoir l'Esprit de vérité (Jean 14, 16. 17): toutesfois il ne promettoit point cela seulement au nombre des douze, mais à chacun d'eux, voire mesme à ses disciples, lesquels il avoit desja esleuz, ou devoit eslire après. Or quand ils interprètent tellement ces promesses pleines de singulière consolation, comme si elles n'estoyent données à nul des Chrestiens, mais à toute l'Eglise ensemble, que font-ils autre chose qu'oster à chacun Chrestien la consolation qui luy en devoit venir pour luy donner tant plus de fiance? Je ne nie pas icy, que la compagnie des fidèles garnie de ceste diversité de grâces, ne soit ensemble beaucoup plus riche de toute sapience céleste que chacun n'est à part : mais je veux seulement débattre, que perversement ils tirent les parolles de nostre Seigneur en autre sens qu'elles n'ont esté dites. Nous confessons donc (comme la vérité est) que le Seigneur éternellement assiste aux siens, et qu'il les conduit de son Esprit: que cest Esprit n'est pas d'erreur, ignorance, mensonge ou ténèbres: mais de révélation, vérité,, sapience et lumière: duquel ils puissent sans tronqierie apprendre quelles choses leur sont données de Dieu (1 Cor. 2, 12): c'est à dire: quelle est l'espérance de leur vocation, et quelles sont les richesses de la gloire de l'héritage de Dieu, et combien est excellente la grandeur de sa vertu sus tous les croyans (Ephes. 1, 18. 19). Mais comme ainsi soit que les fidèles reçoyvent

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