‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 539 sur 703 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

seulement (|uel(iuc goust et commencement tic cest Esprit en ceste chair, mcsmes ceux (jui i)ar dessuslesaulres sontpleinsde richesses etyraces de Dieu : il ne reste rien meilleur, sinon ([u'en recot,Tioissant leur imhecilité, ils se contiennent -soijrneusement;sous les ternies de la parolle de Dieu: de peur (jue sils vouloyent pntceder uutre par leurs sens, ils ne desvoyent incontinent de la droite voye. Et à dire vray, il ne faut douter, (jue s'ils venoyent a décliner le moins du monde de ceste parolle. qu'ils ne s'abusassent a chacun coup, c'est assavoir d'autant (ju'ils sont encorcs en partie vuydes de cest Esprit, par le seul enseignement du(iuel on discerne la vérité du mensonge. Car tous confessent avec sainctPaul. (|u'ils ne sont pas encore venuz au but (Pbil. :$, 12): pourtant ils coiitimienl do jour en jour ii profiter, plustost que de se glorilier en perfection.

i'2. Mais ils replicjueront que ce qui est attribué en partie à cli?.cun des saincts, compete du tout entièrement à l'Eglise. La response. Combien (pi'il semble advis que cela ait apparence de vérité: toutesfois je nie (lu'il soit vray. Je confesse bien que nostre Seigneur distribue par mesure les dons de son esprit à chacun membre de son corps, en sorte que rien ne défaut au corps universel, quand tous les dons sont conférez ensemble. Mais les richesses de l'Eglise sont tousjours telles, qu'elles sont bien loin de ceste souveraine perfection, laiiueUe prétendent noz adversaires. Combien que l'EgUse n'est pas destituée enrien, qu'elle n'ait tousjours ce dont elle a besoin: car le Seigneur cognoist ce qui est requis pour .sa nécessité. Mais atin de l'entretenir en humilité et modestie, il ne luy donne pas plus que ce (|u"il cognoist luy estre expédient. Je say aussi qu'ils ont accoustumé d'objecter ce que dit .sainct Paul, que Christ a purgé son Eglise au Baptesme d'eau en la parolle de \\e pour se la rendre glorieuse espouse, n'ayant tache ne ride: mais afin qu'elle soit saincte et immaculée : (Ephes. o, 2o— 27) et (jue pour ceste raison il la nomme en un autre lieu, Pillier et firmament de vérité (1 Tim. :5, 15). Quant au premier, il monstre plus ce que continue de faire tous les jours Christ en ses esleuz, que ce qu'il a desja parfait. Car si de jour en jour il les sanctifie, purge, polist et nettoyé de leurs taches, certainement il appert (ju'ils sont encores ridez et maculez, et qu'il défaut (juelque chose à leur sanctification. Davantiige, estimer l'Eglise desja saincte et immaculée, de hKiuelle les membres soyent encore souillez et immondes, n'est-ce pas pure moquerie ? Il est donc vray (juc Christ a lavé son Eglise au Baptesme d'eau par la parolle de vie : c'est a dire, qu'il l'a purgée par la remission des péchez : de laquelle purgation le Baptesme est enseigne : et l'a purgée pour la sanctifier ; mais de ceste sanctification, le commencement tant seulement

en apparoist icy : la fin et l'accomplissement en sera entier, (piaiid Christ le .sainct des saincts l'aura remplie du tout de sa saincteté. Il est vray aussi que les rides et macules d'icelle sont clïacées : mais c'est tellement, (}ue de jour en jour elles s'ellacent encores, jus(|ues à ce (jue Christ l)ar son advenement oste entièrement ce qui en reste, (^ar si nous ne confessons cela, il nous sera nécessaire de consentir avec les Pelagiens, (jue la justice des lideles est parfaite en ce monde : item, de dire avec les Cathares et Donatistes, que ce n'est point Eglise, où il y a(piel(|ue infirmité ; or noz adversaires mesmes tiennent tous ceuxlà pour hereti(iues. L'autre passage, comme nous avons veu ailleurs, a un sens tout divers de celuy (ju'ils prolcndont. Car après (jue sainct P;ail a instrui('lTimothéeeuoniced"Eves(jue,ila(ljouste qu'il luy a mon.stré une telle le(;on, afin ([u'il sache comme il luy faut converser en l'Eglise de Dieu. Et afin de monstrer mieux l'importance de la chose, il dit aussi (ju'icelle Eglise est Pillier et firmament de la vérité. Or que signifient ces paroUes autre chose, sinon que la vérité de Dieu est conservée en l'Eglise par le ministère de la prédication? comme il le declaire en autre lieu en disant, Jésus Christ a donné des Apostres, des Pasteurs et docteurs, afin que nous ne soyons plus esbranlez et transportez à tout vent de doctrine, ou deceuz par l'astuce des hommes: mais qu'estans illuminez à la cognoissance du Fils de Dieu, nous soyons tous réduits en unité de foy (Ephes. 4, M — 15). Pourtant, ce que la vérité n'est point esteinte au monde, mais qu'elle demeure en vigueur, cela se fait d'autant que l'Eglise est gardienne seure et fidèle pour la maintenir, à ce (ju'elle ne dechée point. Or si ceste garde que l'Eglise en fait, est située au ministère des Prophètes et Apostres, il s'ensuit que le tout dépend de là, que la parolle de Dieu soit entrevue en sa pureté.

13. Et afin que les lecteurs entendent mieux (}uel est le nœud de la matière, j'exposeray en brief ce que demandent noz adversaires, et en (pioy c'est que nous leur résistons. Quand ils disent que l'Eglise ne peut errer, voicy comment ils l'entendent : que d'autant qu'elle est gouvernée par l'Esprit de Dieu, elle peut cheminer seuremeut sans la Parolle : et comment qu'elle aille, qu'elle ne peut sentir ne parler que vray : et par ainsi encore (ju'elle détermine de quelque chose outre la parolle de Dieu, ([u'il faut tenir sa sentence comme un certain oracle venant du ciel. De nous, si nous leur concédons ce poinct, que l'Eglise ne puisse errer aux choses nécessaires à salut : c'est avec tel sens, (ju'elle ne peut faillir, d'autant qu'en se démettant de sa propre sagesse elle soulîre d'estre enseignée du sainct Esprit par la parolle de Dieu. Voicy donc le différent qui est entre nous : Ils attribuent authorité a l'Eglise hors la Parolle : nous au contraire con-

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