‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 540 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

joignons l'uno avec l'autre inséparablement. Or ce n'est point de merveille si l'épouse et l'escoliere de Christ est subjette à son Maistre et à son Mary, pour s'arrester entièrement à ce qu'il dit et commande : car la façon d'une maison bien reigiée requiert cela, que la femme obtempère à son mary, et le tienne pour son supérieur. C'est aussi l'ordre d'une bonne escole, que le seul maistre ait là Tauthorité d'enseigner, et qu'il soit escouté. Pourtant, que l'Eglise ne soit point sage de soy-mesme, et qu'elle ne songe rien de soy: mais qu'elle constitue le but de sa sagesse là où Jésus Christ fait fin de parler. En ceste manière elle se defflera de toutes les inventions de sa raison. Et au contraire, estant appuyée sur la paroUe de Dieu, elle ne chancellera ne doutera aucunement: mais avec pleine certitude et constance elle se reposera sur icelle. Pareillement se confiant des promesses qui luy sont données, elle aura sur quoy s'appuyer seurement, afin de ne point douter que le sainct Esprit ne luy assiste tousjours,pourluy estre bon conducteur et guide. Mais d'autrepart elle se souviendra à quelle fin et à quel usage le Seigneur veut qu'on recoyve son Esprit. L'Esprit, dit-il, que je vous envoyeray du Père, vous conduira en toute vérité. Mais comment cela ? Il adjouste consequemment, Car il vous suggérera toutes les choses que je vous ay enseignées (Jean 14, 26; 16, 13). Il dénonce donc qu'il ne faut rien davantage attendre de son Esprit, sinon qu'en illuminant noz entendeinens, il nous face recevoir la vérité de sa doctrine. Pourtant la sentence de Ghrysostome est notable : Plusieurs, dit-il, se vantent de l'Esprit: mais ceux qui apportent du leur, le prétendent faussement. Comme Christ testifioit qu'il ne parloit point de soy-mesme, d'autant que sa doctrine estoit prinse de la Loy et des Prophètes : en telle manière, si on nous apporte sous le tiltre de l'Esprit, quelque chose qui ne soit contenue en l'Evangile, ne la croyons pas. Car comme Christ est l'accomplissement delà Loy et des Prophètes : aussi est l'Esprit, de l'Evangile ^^ (Jean ii, 49 ; 14, 10). Voila les parolles de sainct Chrysostome. Maintenant il est facile de voir combien noz adversaires s'esgarent du droit chemin, quand ils n'allèguent que le sainct Esprit, et ne le mettent en avant à autre fin, que pour conserver, sous ombre d'iceluy, dos doctrines estranges et diverses de la paroUe de Dieu: comme ainsi soit qu'il veuille estre conjoint avec icelle parohe, comme d'un lien indissoluble: et que Jésus Christ proteste cela de luy, en le promettant à ses Apostres. Et de fait, il est ainsi. (3ar telle sobriété que Dieu a une fois recommandée à son Eghse, il veut qu'elle soit gardée jusques en la fin. Or il luy a défendu de ne rien adjouster à sa paroUe, ny en rien diminuer. Voila un décret inviolable de Dieu et de son Esprit, lequel noz adversaires veulent casser, quand ils feignent que l'Eglise est gou-

vernée par le sainct Esprit, sans la paroUe de Dieu.

14. Derechef ils caviUent, qu'U a fallu que l'Eglise ait adjouste aux escrits des Apostres: ou bien qu'eux mesmesayent ordonné plusieurs choses par vive voix, pour suppléer à leurs escrits, ausquels ils n'avoyent point clairement tout exposé. Pour prouver cela, ils allèguent ce que Jésus Christ leur dit, J'ay beaucoup de choses à vous dire, lesqueUes vous ne pouvez encore porter (Jean 16, 12). Ils exposent donc, que ces choses-là sont les ordonnanceslesquelles ont esté receues par usage sans Escriture. Mais quelle est ceste impudence? Je confesse que les Apostres estoyent encore rudes et grossiers, quand nostre Seigneur disoit cela. Mais ceste ignorance estoit elle encore en eux quand ils ont réduit leur doctrine par escrit : en sorte qu'U ait fallu après suppléer de vive voix ce qu'ils avoyent oublié, ou laissé arrière par faute d'intelligence? Mais au contraire, puis que nous savons qu'ils estoyent desja menez par l'Esprit en toute vérité, quand ils ont composé ce que nous avons de leurs escrits, qu'est-ce qui a empesché qu'ils n'ayent là comprins une parfaite cognoissance de la doctrine Èvangehque? Mais encore donnons leur ce qu'Os demandent, que les Apostres ayent laissé par vive voix à l'Eglise plus qu'ils n'ont poijit escrit. Je demande maintenant (]u"ils m'en facent le dénombrement. S'Us osent attenter cela, je repliqueray à rencontre par la bouche de sainct Augustin : Puis que le Seigneur n'a point exprimé quelles estoyent ces choses, qui sera celuy de nous qui dira, Ce sont celles-cy, ou celles-là ? ou s'il l'ose dire, comment le prouvera-iP^ ? Toutesfois c'est foUie à moy de plus débattre d'une chose superflue: car les petis enfans mes m es savent bien, que ce que nostre Seigneur promit de révéler aux Apostres les choses qu'Us ne pouvoyent adonc porter, cela a esté accomply quand il leur a envoyé le sainct Esprit, et que nous en avons le fruit en leurs Escritures.

lo. Quoy donc ? disent-Us, Jésus Christ n'a-il point mis hors de doute tout ce que l'Eglise enseigne et décrète, quand il a voulu estre tenu pour Publicain et Payen celuy qui y contreviendroU (Matth. 18, 17)? Premièrement, il n'est point là fait mention de la doctrine: mais Jésus Christ veut que les censures qui se font pour corriger les vices, ayent pleine authorité; afin que ceux qui seront admonestez et corrigez, ne se rebecquent point à rencontre. Mais laissant cela, c'est merveille comment ces trompeurs sont si effrontez, (pi'ils s'osent glorifier de ce tesmoignage. Car (]ue peuvent-ils conclurre de ce, sinon qu'U n'est pas licite de contemner le consentement de l'Eglise, laquelle n'accorde jamais sinon en la vérité de Dieu? Il faut escouter l'Eglise, disent-ils. Qui le nie, d'autant qu'elle

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