‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 543 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mortel, pour eompajiiion en ceste divinité. Or je (ly (|iie lors il préside, quand il {gouverne toute l'assemblée par son Esprit et par sa paroUe. La seconde protestation est, que si j'attribue moins aux Conciles que nos adversaires ne voudroyent, je ne le feray point pour crainte ijue j'aye, comme si les Conciles favorlsoyent à nos adversaires, et nous estoyent contraires. Car connue nous avons suffisamment en la pai'oUe de Dieu, tout ce qui est requis pour l'approbation de nostre doctrine, et pour ruiner toute la Papauté, tellement qu'il n'est point niestier de chercher secours d'ailleurs, aussi d'autrepart, (|uand il seroit besoin, nous pourrions bien nous armer des Conciles anciens, pour faire Tun et l'autre.

2. Maintenant venons au poinct: si on demande (|uelle est l'autliorité des (Conciles selon la parollc de Dieu, il n'y a nulle promesse plus ample ou plus claire pour la fonder, qu'en ceste sentence de Jésus Christ, Par tout où deux ou trois seront assemblez en mon nom, je seray au milieu d'eux (Matth. 18, 20). Mais ceste promesse compete tout aussi bien à une petite compagnie qu'à un Concile universel: combien que le nœud de la ([uestion ne gist point en cela, mais en ce qu'il y a une condition adjoustée, que lors Jésus Christ sera au milieu d'une compagnie, si elle est assemblée en sou nom. Par(|uoy que nos adversaires allèguent tant qu'ils voudront les Conciles des Evesques, ils ne profiteront rie gueres, et ne nous feront point accroire ce qu'ils prétendent: c'est qu'ils sont gouvernez du sainct Esprit: jusquesàce qu'ils ayent prouvé qu'ils sont congregez au nom de Christ. Car aussi bien peuvent conspirer à rencontre de Christ les meschans P]vesques, ({ue les bons convenir en son nom. De laquelle chose nous peuvent faire foy plusieurs décrets qui sont sortis de tels Conciles: desquels je pourroye facilement par argumens evidens faire apparoistre l'impiété : mais de cela nous en verrons puis après. Pour le présent je leur respon en un mot, que Christ ne promet rien en ce passage, sinon à ceux qui sont congregez en son nom. Il nous faut définir que cela veut dire. Or je nie que ceux soyent congregez au nom de Christ, lesquels en rejeltant le commandement de Dieu, par lequel il défend de rien adjouster à sa paroUe, ou diminuer d'icelle (Deut. 4,2: Apoc. 22, 18), ordonnent à leur plaisir ce que bon leur semble: lesquels non contens de ce qui est en la saincte Escriture, c'est à dire, en la reigle unicjue de vraye et parfaite sagesse, forgent de leur teste quelque nouvelleté. Certes puis que Jésus Christ ne promet point d'assister indilTeremmeut a tous Conciles, mais adjouste une marque spéciale pour discerner les Conciles légitimes d'avec les autres: il ne nous faut point mespriser ceste dilTerence. Dieu a fait une fois

ceste alliance et paction avec les prestres Leviti(|ues, qu'ils enseignassent de sa bouche (Mal. 2, 7): il a tousjours requis cela, mesme de ses Prophètes. Nous voyons qu'il a imposé ceste mesme Loy aux. Apostres. Pourtant il ne recognoist point pour ses Prestres ne serviteurs ceux qui transgressent et violent ceste paction, et ne leur donne aucune authorité. Que noz adversaires me soudent ceste difficulté, s'ils veulent assujettir ma foy aux décrets des hommes, qui seront faits outre la paroUe de Dieu.

3. Car touchant ce qu'ils ne pensent point (pie la vérité demeure en l'Eglise, si elle ne consiste entre les Pasteurs: ne que l'Eglise mesme puisse consister, si elle ne se monstre aux Conciles généraux: il y a bien à dire que cela ait esté tousjours vray, si les tesmoignages que nous ont laissé les Prophètes de leur temps sont véritables. Il y avoit encore du temps d'Isaie Eglise en Jérusalem, laquelle Dieu n'avoit point délaissée: toutesfois il dit des Pasteurs, Toutes ses gardes sont aveugles, et ne cognoissent rien. Tous sont chiens muets, ne sachant abbayer. Ils dorment, et ayment le dormir: tous les Pasteurs u'ont nulle cognoissance, ny intelligence, et universellement ont décliné chacun en sa voye (Is. oG, 10). Pareillement Osée, Le spéculateur d'Ephraim se couvrant de Dieu, est un laqs de chasseur, et abomination au temple de Dieu (Osée 9, 8). Nous voyons ([u'il se moque des filtres honnorables desquels les Sacrificateurs se vantoyent. Ceste Eghse dura jusques au temps de Jeremie. Or oyons ce (|u'il dit des Pasteurs: Depuis le Prophète jus- (lucs aux Prestres, chacun forge mensonge (Jer. 6, \'.\}. Item, Les Prophètes ont prophétisé mensonge en mon nom, combien que je ne les eusse point envoyez, et ne leur eusse donné mandement (Jer. 14, 14). Et afin que nous ne soyons trop longs à reciter toutes ces sentences^ qu'on lise ce qui en est escrit au vingttroisieme et quarantième chapitre (Jer. 23, 1 ; 40, 27). De ce temps-là mesme, Ezechiel les traitoit bien aussi asprement de l'autre costé : La conjuration, dit-il, de ses Prophètes au milieu d'elle, est comme un lion rugissant et qui ravist sa proye. Ils ont dévoré la vie, et ont ravy ce qui estoit précieux : et ont fait beaucoup de vefves. Ses prestres ont voilé ma Loy, et ont poilu mes lieux saincts : et n'ont fait différence entre choses profanes, et celles qui me sont dédiées. Les Prophètes ont édifié de mauvais ciment, voyans choses vaines, devinans mensonges, disaus que le Seigneur a pailé quand il n'a point parlé (Ezech. 22, 25—28). Les querimonies sont si fréquentes en tous les Prophètes, (ju'il n'y a rien qui y soit plus réitéré.

4. Ces choses, dira quelcun, ont eu lieu entre les Juifs, mais elles n'appartiennent de rien à nostre temps. Pleust à Dieu que cela fust vray :

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