‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 545 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ruine? Pourtant il ne faut nullement concéder (jue rEglise consiste en rassemblée des Prélats, lesquels Dieu n'a jamais promis devoir estre bons à tousjours: mais au contraire, a prononcé qu'ils seront quebiue fois mauvais. Or quand il nous advertit d'un danger, il le fait pour nous rendre plus sages et mieux advisez.

8. Quoy donc"? dira (|uelcun : les resolutions des Conciles n'auront-elles nulle authorité ? Je respon que si. Car je ne dispute point qu'il faille rejetter tous les Conciles, et rescinder les actes de tous, ou canceller depuis un bout jusques à l'autre. Mais on répliquera que je les mets trop bas, jusques à permettre à chacun de recevoir ou rejetter ce qui aura esté déterminé en un Concile. Je dy que non. Mais toutes fois et quantes qu'on met en avant un Décret de quelque Concile, je voudroyc qu'on poisast diligemment en quel temps il a esté tenu, pour quelle cause, et à quelle fin, et quelles gens y ont assisté : puis après qu'on examinast à la reigle de l'Escriture, le poinct dont il est question, et que le tout se lîst en sorte que la détermination du Concile eust son poids, et qu'elle fust comme un advertissement : toutesfois qu'elle n'empeschast point l'examen que j'ay dit. Je voudroye bien qu'on gardast ce qu'enseigne sainct Augustin au troisième livre contre Maximin. Car pour clorre la bouche à cest hérétique, qui debattoit touchant les Décrets des Conciles : Je ne doy pas, dit-il, mettre en avant le Concile de Nice : et tu ne me dois pas aussi alléguer celuy d'Arimine, comme pour oster la liberté de juger : car tu n'y es pas sujet, ne moy au second. Que la chose soit débattue par bonne cognoissance de cause et par raison, et que le tout soit fondé en l'authorité de l'Escriture, laquelle est commune à toutes les deux parties. Si cela se faisoit, les Conciles retiendroyent leur authorité qu'ils doyvent avoir : et toutesfois l'Escriture demeureroit en sa prééminence, à ce que le tout fust assubjetty k la reigle d'icelle. Suyvant cela nous recevons volontiers les anciens Conciles, comme de Nice, de Constantinoble, le premier d'Ephese, Chalcedoine, et les semblables qu'on a tenu pour condanuier les erreurs et opinions meschantes des hérétiques : nous leur portons, di-je, honneur et révérence, entant qu'il appartient aux articles là defmis. Car iceux Conciles ne contiennent rien qu'une pure et naturelle interprétation de l'Escriture, laquelle les saincts Pères par bonne prudence ont accommodé, pour renverser les ennemis de la Chrestienté. Semblablement en d'aucun de ceux qui ont esté tenus depuis, nous appercevons un bon zèle et signes evidens de doctrine, de prudence et d'esprit : mais selon que le monde a accoustumé de décliner en empirant, ils est facile de voir combien l'Eglise petit à petit a décliné de sa droite pureté. Je ne doute pas que mesme en

ces temps qui ont esté fort corrompuz, il n'y ait assisté des Evesques de bonne sorte aux Conciles : mais il en est advenu comme les Sénateurs Romains se sont autre fois complaints qu'il en advenoit à leur Sénat, c'est assavoir que quand on a conté les voix sans considérer les raisons, pour conclurre selon la pluralité, la plus grande partie a souvent emporté la meilleure. Certes il en est sorty de meschantes conclusions : et n'est ja mestier d'amener icy les exemples en particulier, tant pource que seroit un trop long procès, que pource que des autres l'ont desja fait si diligemment, que je n'ay que faire d'y rien adjouster.

9. Davantage, qu'est-il besoin de raconter la répugnance des Conciles, et comme ce qui a esté fait en l'un, a esté deiïait en l'autre? Et ne faut pas qu'on m'allègue que quand il y a ainsi deux Conciles repugnans, l'un n'est pas légitime. Car d'où est-ce que nous estimerons cela? Je pense qu'il n'y a point d'autre moyen sinon que de juger par l'Escriture lequel c'est qui a mal résolu : car il n'y a point d'autre loy certaine pour discerner. Il y a environ neuf cens ans qu'il se fist un Concile à Constantinoble du temps de Léon Empereur, où il fut ordonné qu'on abbatroit et qu'on romproit toutes les images qu'on avoit aux Eglises. Tantost après, Irène, mère de l'Empereur, assembla un autre Concile à Nice, lequel ordonna qu'on les remist. Lequel des deux tiendrons-nous pour légitime? Le second a gagné le jeu: car les images ont tenu bon aux Eglises. Mais sainct Augustin dit que cela ne se peut faire sans péril eminent d'idolâtrie. Epiphanius plus ancien Docteur, parle encore plus rudement : car il dit que c'est meschanceté et abomination, de voir des images aux temples des Chrestiens. Puis qu'ils ont ainsi parlé de leur temps, approuveroyent-ils un tel Concile, s'ils vivoyent aujourdhuy ? Qui pis est, si les Historiens disent vray, ce Concile-là non seulement a receu les images, mais aussi a conclud qu'on les devoit honnorer. Or c'est chose notoire qu'un tel décret est procédé de Satan. Que dirons-nous de ce qu'ils ont si vilainement dépravé, falsifié et desciré par pièces toute l'Escriture? qui monstre bien qu'ils ne s'en sont faits que moquer : ce que j'ay descouvert cy dessus autant qu'il estoit besoin. Quoy qu'il en soit nous ne })Ourrons autrement discerner entre les Conciles (]ui se contrarient l'un et l'autre, comme il y en a plusieurs, sinon en les examinant tous par la parolle de Dieu, qui est la balance à laquelle sont sujets non seulement les hommes, mais aussi les Anges. Pour ceste cause nous rejetions le Concile second d'Ephese, et approuvons celuy de Chalcedoine, pource qu'au premier l'impiété d'Eutyches a esté confermée, laquelle a esté condamnée au second. Et de fait les Pères qui ont assisté au Concile de Chalcedoine. n'ont

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