‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 547 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

prœuve ne doyvent estre exempts les mensonges du diable, puis que les Anges mesme de Paradis y sont sujets. Davantage, ceste paroUe de nostre Seigneur, c'est assavoir que si un aveugle mené l'autre, tous deux ehéent en la fosse (Matth. 15, 14) : ne nous monstre-elle point <assez qu'il y a bien à regarder quels Pasteurs on escoute, et qu'il n'est pas bon de legierement les p.scouter tous (Gai. 1, 8) ?Parquoyilnenous peuvent estonner de leurs tiltres d'authorité, pour nous attirer en leur aveuglement : puis que nous voyons aucontraire le soin (ju'a nostre Seigneur de nous donner terreur, à ce que ne nous laissions point aisément mener par l'erreur d'autruy, sous quelque masque et grand nom qu'il soit caché. Car si la response de Jésus Christ est véritable, tous les conducteurs aveugles, soit qu'ils soyent nommez Evesques, Prélats ou Pontifes, ne pourroyent autre chose que tirer en une mesme ruine tous ceux qui les suyvront. Pourtant, que d'oresnavant ces noms de Conciles, d'Evesques et de Prélats, lesquels se peuvent aussi tost faussement prétendre qu'usurper à bon droict, ne nous empeschent point que nous n'examinions tous esprits à la rcigle de la paroUe de Dieu, pour esprouver s'ils sont de Dieu.

13. Puis que nous avons monstre que l'Eglise n'a pas puissance de forger doctrine nouvelle, disons maintenant de la puissance que luy attribuent les Papistes en l'interprétation de T'ilscriture. Certes nous confessons tres-volontiers, que s'il se levé dispute de quelque article, il n'y a meilleur remède ne plus certain, (|ue d'assembler un Concile de vrais Evesques pour en faire la discussion. Car une telle décision, qui aura esté faite en commun et d'un accord par les Pasteurs des Eglises, après avoir demandé la grâce du sainct Esprit, aura beaucoup plus de poids, que si chacun d'eux à part en prenoit sa resolution pour la prescher au peuple : combien que seulement deux ou trois la fissent. Davantage, quand les Evesques sont ensemble, ils ont plus de commodité de conférer et regarder que c'est qu'ils doyvent enseigner, et en quelle forme : pour avoir conformité, afln que la diversité n'engendre scandale. Tiercement, sainct Paul nous monstre que c'est l'ordre qu'il faut tenir pour juger des doctrines (1 Cor. 14, 29). Car entant qu'il attribue à chacune Eglise l'office de juger, il demonstre bien par cela comment on y doit procéder si la chose vient plus avant : assavoir que les Eglises se conjoignent pour en cognoistre. Et la raison aussi nous meine la, que si quelcun trouble une Eglise en semant une doctrine iucogneue et qui ne soit point en usage, et que la chose vienne jusques la, qu'on craigne qu'une plus grosse dissension ne s'ensuyve, les Eglises s'assemblent pour examiner la question : et après eu avoir débattu, qu'elles

donnent une resolution prinse de l'Escriture, laquelle oste toute doute au populaire, et ferme la bouche à ceux qui demandent d'esmouvoir noise et trouble par leur ambition ou orgueil. En ceste manière, quand Arrius se leva, le Concile de Nice fut tenu : afin que par l'authorité commune de tous les Evesques, l'audace de ce meschant homme fust reprouvée, et que les Eglises qu'il avoit troublées fussent remises en leur estât, et que son hérésie fust exterminée, comme il en advint. Quelque temps après, pource qu'Eunome et Macedone autres heritiques esmouvoyent autre contention, on leur résista par un semblable remède en assemblant le (joncile de Constantinoble. Le Concile premier d'Ephese fut tenu pour destruire l'erreur de Nestorius. Bref, c'a esté la façon ordinaire de conserver l'unité des EgUses, depuis le commencement, toutes fois et quantes que le diable avoit commencé de machiner quelque chose. Mais nous avons à noter qu'on n'a point en tous lieux ny en tous temps des Athanases, des Basiles, et des Cyrilles, et autres semblables défenseurs de la vraye doctrine comme nostre Seigneuries avoit adonc suscitez. Mesme qu'il nous souvienne de ce qui advint au Concile second d'Ephese, ou l'heresie Eutychienne fut receue, et Flavien sainct Evesque banny avec ses adherens, d'autant qu'il y resistoit : et beaucoup d'autres meschancetez commises : assavoir, d'autant que Dioscore homme séditieux et de mauvais courage presidoit là, et non point l'esprit de Dieu. Mais quelcun me dira que ce n'estoit point l'Eglise. .le le confesse : car j'ay cela tout persuadé, que la vérité ne meurt point, et et n'est pas esteinte en l'Eglise, encore qu'elle soit oppressée en un Concile : mais qu'elle est miraculeusement conservée de Dieu, afm de se remettre au dessus en son temps. Mais je nie que cela soit perpétuel, de dire que toute interprétation qui aura esté approuvée en un Concile, soit pourtant vraye et convenante à l'Escriture.

14. Mais les Romanisques tendent à autre fin, en voulant qne les Conciles ayent puissance souveraine d'interpréter l'Escriture, et sans appel : car ils abusent de ceste couverture pour appeller Interprétation de l'Escriture, tout ce qui a esté déterminé en un Concile. Touchant du Purgatoire de l'intercession des Saincts, de la confession secrette, et de toutes telles fariboles, on n'en trouvera point une seule syllabe en l'Escriture. Mais pource que toutes ces choses ont esté définies par l'authorité de l'Eglise, comme ils le disent, c'est à dire, pour parler plus à la vérité, qu'elles ont esté receues par opinion et par usage, il les faudra tenir pour interprétations de l'Escriture. Et non seulement cela, mais si un Concile a rien ordonné directement répugnant a l'Escriture, cela mesme aura le filtre d'interpreta-

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