‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 549 sur 703 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la puissance de l'Eglise à faire et ordonner loy : en quoy le Pape avec les siens ont exercé nne cruelle tyrannie et géhenne

sur les âmes.

1. S'ensuit la seconde partie de l'authorité de l'Eglise, laquelle les Papistes veulent estre située a imposer loix à leur [)0ste. De ceste source sont venues infinies traditions, lesquelles ont esté autant de cordeaux pour estrangler les povres âmes. Car ils ne font point plus de scrupule que les Scribes et Pharisiens, de mettre sur les espaules du peuple fardeaux import^ibles, lesquels ils ne voudroyent toucher d'un doigt (Matth. 23, 4: Luc 11, 46). J'ay desja remonstré ailleurs quelle et combien cruelle torture contient ce qu'ils commandent à chacun, de confesser tous ses péchez à l'oreille d'un Prestre. 11 n'y apparoist pas en toutes leurs autres loix une violence si énorme. Mais celles qui semblent les plus supportables ne laissent point d'opprimer tyranni(]uement les consciences. Je me déporte de dire (ju'elles abastardissent le service de Dieu, et ravissent à Dieu mesme le droict qui luy appartient d'estre seul Législateur. Voicy donc l'argument que nous avons maintenant à traiter, S'il est licite à l'Eglise d'astrein-

dre les consciences aux loix (lu'elle voudra faire. En ceste dispute nous ne touchons point à l'ordre qui sert à la police : mais seulement il est question que Dieu soit purement et deuement servi selon qu'il a commandé, et que la liberté spirituelle nous demeure sauve. L'usage commun de parler est tel, que tous edicts procédez des hommes touchant le service de Dieu, soyent nommez traditions humaines. C'est contre telles loix que nous avons à combattre, non pas contre les sainctes ordonnances et utiles, qui servent à garder modestie et honnesteté, ou nourrir la paix. La fin de combattre est de refréner l'empire tant excessif et barbare, que ceux qui veulent estre reputez Pasteurs ont usurpé sur les povres âmes, desquelles ils sont vilains bourreaux. Car ils veulent ([ue les loix qu'ils font soyent spirituelles, et qu'elles appartiennent à l'ame : afîermans qu'elles sont nécessaires à la vie éternelle. En quoy est assailly et violé le royaume de Christ : et la liberté donnée de luy aux consciences des fidèles, opprimée et abba-

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