‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 55 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ennemis captifs (Eplies. 4, 8; Ps. 68, 19). Car il veut nionstrer que oesle ascension avoit seulement esté lij^^urée en ce que Dieu avoit dcsployé sa vertu pour donner victoire à David contre les Payens, et qu'elle s'est monstrée plus à plein en Jésus Christ. Suyvant cela sainct Jean tesmoigne que c'estoit la gloire du Fils de Dieu qui apparut à Isaie : combien (|ue le Prophète dit (jue c'estoit la majesté du Dieu vivant (Jean 12, 41 ; Es. 6, 1—5). Outreplus, il n'y a nulle doute que les passages que cite l'Apostre enl'Epistre aux Hebrieux, n'appartiennent qu'au seul Dieu : assavoir, Seigneur, tu as fondé dés le commencement le ciel et la terre. Item, adorez-le, vous tous ses Anges (Heb. 1, 6. 10). Combien (jue ces tiltres soyent pour honnorer la majesté de Dieu : toutesfois de les appliquer à Jésus Christ, ce n'est point en abuser : car c'est chose notoire que tout ce qui est là prédit a esté accompli en luy seul. C'est luy qui s'est mis en avant pour faire miséricorde à Sion. C'est luy qui a pris possession de tous peuples et de toutes régions du monde, en dilatant son Royaume par tout. Et pourquoy sainct Jean eust-il douté d'attribuer la majesté de Dieu à Jésus Christ, ayant alTermé au commencement de son Evangile, qu'il estoit Dieu éternel (Jean 1, 1. 14)? Pourquoy eust craint sainct Paul de le coUoquer au throne de Dieu, ayant si clairement auparavant parlé de sa Divinité, en disant qu'il est le Dieu bénit éternellement (2 Cor. o, 10; Rom. 9, 5)? Et afin que nous voyons comment il persévère constamment en ce propos, en un autre lieu il dit qu'il est Dieu manifesté en chair. S'il est le Dieu bénit éternellement, c'est celuy auquel en un autre passage le mesme Apostre enseigne que toute gloire est deue (1 Tim. 1, 17; 3, 16). Ce que de fait il monstre ouvertement, escrivant que Jésus Christ, entant qu'il avoit la gloire de Dieu, n'eust point estimé rapine de se ftiire égal à Dieu: mais qu'il s'est voulu aneantir(Phil. 2, 6). Et afin que les meschans ne murumrassent que ce fust quelque Dieu fait à haste, sainct Jean passe outre, disant ({u'il est le vray Dieu et la vie éternelle (1 Jean o, 20). Comlnen toutesfois ([u'il nous doit suffire, quand nous entendons fiu'il est nommé Dieu : principalement par la bouche de sainct Paul, qui ouvertement dénonce (ju'il n'y a point plusieurs dieux, mais un seul : Combien, dit-il, qu'on renomme plusieurs dieux au ciel et en la terre, nous n'avons toutesfois (lu'un seul Dieu, duquel sont toutes choses (1 Cor. 8, 5). Quand nous oyons de luy-mesme que Dieu a esté manifesté en chair : que Dieu a acquis son Eglise par son sang (1 Tim. 3, 16; Act. 20, 28) : pourquoy imaginerions-nous un second Dieu, lequel il ne recognoist point ? Finalement, c'est chose certaine que tous les fidèles ont eu ce mesme sentiment. Certes sainct Tho-

mas confessant qu'il est son Dieu et son Seigneur, declaire (iu'il est le Dieu unique qu'il avoit tousjours adoré (Jean 20, 28).

12. Davantage, si nous estimons sa divinité par SCS œuvres, lesquelles luy sont attribuées en l'Escriture : elle apparoistra encores plus clairement ; car en ce qu'il dit, que depuis le commencement jusquesà ceste heure il a tousjours ouvré avec son Père : les Juifs, combien qu'ils fassent autrement bien stupides, entendirent bien que par cela il s'attribuoit la puissance de Dieu. Et à ceste cause, comme dit sainct Jean, cherchoyent plus que devant de le meurtrir :veu que non seulement il violoit le Sabbat, mais se portoit pour Fils de Dieu, se faisant égal à Dieu (Jean 5, 17). Quelle sera donc nostre stupidité, si nous ne cognoissons que sa divinité est en ce passage pleinement certifiée? Et de vray, gouverner le monde par sa providence et vertu, tenir toutes choses à son commandement (ce que l'Apostre dit luy appartenir) ne convient qu'au seul Créateur (Hebr. 1, 3). Et non seulement l'office de gouverner le monde luy compete communément avec le Père, mais tous autres offices qui ne peuvent estre transferez à créature aucune. Le Seigneur dénonce par le Prophète, Ce suis-je, ce suis-je, Israël, qui efface tes iniquitez à cause de moy (Is. 43, 25). En suyvant ceste sentence, les Juifs pensoyent que Jésus Christ faisoit injure à Dieu, prenant l'authorité de remettre les péchez. Mais luy au contraire, non seulement de parolles maintint ceste puissance à soy, ains l'approuva par miracle (Matth. 9, 6). Nous voyons donc que non seulement le ministère de remettre les péchez est par devers Jésus Christ, mais aussi la puissance, laquelle Dieu a une fois dénoncée devoir demeurer à soy éternellement. Quoy ? de savoir et entendre les secrettes pensées des cœurs des hommes, n'est-ce pas le propre d'un seul Dieu (Matth. 9, 4) ? Or est-il ainsi que cela a esté en Jésus Christ : dont sa divinité est demonstrée.

13. Quant aux miracles, elle y est approuvée quasi à l'œil. Car combien que les Prophètes et Apostres en ayent fait de semblables, toutesfois il y a grande différence en ce qu'ils ont esté seulement ministres des dons de Dieu : Jésus Christ a eu en soy-mesme la vertu. Il a bien aucunesfois usé de prières pour référer la gloire à son Père : mais nous voyons que le plus souvent il a demonstré la puissance estre sienne. Et comment celuy ne seroit-il le vray autheur des miracles, qui de son authorité ottroye aux autres la faculté d'en faire ? Car l'Evangeliste recite qu'il a donné à ses Apostres la puissance de ressusciter les morts, guairir les ladres, chasser les diables (Matth. 10, 8; Marc 3, 15; 6, 7), etc. Et les Apostres de leur part en on tellement usé, qu'ils demonstroyent assez que la vertu ne procedoit point d'ailleurs que de Jésus Christ. Au

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