CHAPITRE XIII
nom de Jésus Christ, dit sainct Pierre au paralytique, leve-tuy et eheinine (Act. 3, 6). l'arquoy ce n'est point de merveilles si Jésus Christ (Jean 5, 36; 11. U ) a mis en avant ses miracles pour eonveinere l'iueredulité des Juil's : fuuuue ainsi soit qu'est^ins faits de sa propre vertu, ils rendoyenl ample tesiiidi^^nage de sa divinité. (Hitreplus, si hors de Dieu il n'y a nul salut, nulle justice, nulle vie : certes en contenant toutes ces choses en soy, il est demonstré estre Dieu. Et ne faut point que quelcun alle^'ue. (pie ces choses luy ont esté concédées de Dieu : car il n'est pas dit qu'il ait receu le don de salut, mais que luy-mcsme est le salut. Et s'il n'y a nul bon fors (ju'un seul Dieu, comment pourroit estre l'homme, je ne dy pas bon et juste, mais la bouté et justice luy-mesme (Matth. 19, 17)? Et que ilirons-nous à ce qu'enseigne l'Evangeiiste, ([ue dés le commencement du monde la vie estoit en luy : et que luy estant la vie estoit aussi la lumière des hommes (Jean 1, 4) ? Pourtant ayans telles expériences de sa majesté divine, nous osons mettre nostre foy et espérance en luy: comme ainsi soit que nous sachions estre un blasphème, de mettre sa fiance en la créature : et ne faisons point cela témérairement, mais selon sa paroUe. Croyez-vous en Dieu ? dit-il, croyez aussi en moy (Jean lit, 1). Et en ceste manière sainct Paul expose deux passages d'Lsaye, Quiconque croit en luy, ne sera point confus. Item, Il sortira de la racine de Jessé un prince, pom* regù" les peuples : les gens espéreront en luy (Is. 28, 16: 11, 10; Rom. 10, H: lo, 12). El quel mestier est-il d'en raconter beaucoup de tesmoignages, veu (pie ceste sentence est si souvent répétée, (juiconque croit en moy, il a la vie éternelle (Jean 6, 47» ? Davantage, l'invocation qui dépend de la foy, luy est aussi deue : laquelle neantmoins est propre à la majesté de Dieu, si elle a cpielque chose de propre. Car le Prophète dit. Quiconque invoquera le nom de Dieu sera sauvé (Joël 2, 32). Item Salomon, Le nom de Dieu est une bonne forteresse : le juste y aura son refuge et sera .<auvé (Prov. 18. 10). Ôr le nom de Christ est invoqué à salut : il s'ensuit donc <pi'il est Dieu. Nous avons exemple de ceste invocation en sainct Estienne, quand il dit. Seigneur Jésus, reçoy mon esprit (Act. 7, 59) : puis après en toute l'Eglise Chrestienne, connue tesmoigne Ananias au mesme Uatc, Seigneur Jésus, dit-il, tu sais combien il a affligé tous les Saincts qui invo(iuent t(jn Nom (Act. 9, 13). Et afm qu'on entende que toute plénitude de Divinité habite corporellenient en Jésus Chri.st (Col. 2, 9), sainct Paul confesse qu'il n'a voulu savoir autre doctrine entre les Corinthiens, que la cognoissance de son Nom : et qu'il n'a presché autre chose que luy seul (1 Cor. 2, 2). Qu'est-cela de ne prescher autre chose que Jésus Christ aux fi-
dèles, ausquels Dieu défend de ne se glorifier en autre nom ipi'aa sien i Jer. 9, 24) ? Qui osera maintenant dire, que celuy est une simple créature, duquel la cctgnoissance est nostre gloire unique ? Cela aussi n'est point de petite importance que les Apostres, aux salutations qu'ils ont accoustumé de mettre au commencement de leurs Escrils, requièrent les mesmes bénéfices de Jésus Clu'ist, qu'ils font de Dieu son Père. En quoy ils demonstrent que non seulement par son intercession et moyen nous obtenons les bénéfices de Dieu, mais (pie de luy-mesme nous les recevons. Ceste cognoissance qui gist en piati(iue et expérience, est beaucoup plus certaine que toutes spéculations oisives; car l'aine fidèle recognoi.st indubit^iblement, et par manière de dire, touche à la main la présence de Dieu, là où eUe se sent vivifiée, ifiuminée, sauvée, justifiée et sanctifiée.
14. Pourtant il faut user de mesme probation pour confermer la divinité du sainct Esprit. Le tesmoignage de Moyse en l'histoire de la création n'est pas obscur : c'est que l'Esprit de Dieu estoit espandu sur les abysmcs, c'est à dire ceste masse confuse des elemens (Gen. 1, 2). Car il signifie que non seulement la beauté du monde telle qu'on la voit maintenant ne se pourroit maintenir en estât sans la vertu de l'Esprit: mais qu'il a fallu mesmes qu'eu ce gros amas sans forme ny ordre l'E.sprit besoignast, à ce qu'elle ne fust point anéantie incontinent. Pareillement ce ([ui est dit en Isaie n'est sujet à nulle cavillation. L'Eternel m'a envoyé et son Esprit (Is. 48, 16). (^ar par ces mots il a attribué au sainct Esprit l'anthorité d'envoyer les Prophètes : ce qui est de feinpire souverain de Dieu. Mais la meilleure probation, comme j'ay dit, sera de nostre expérience familière. Car ce (|ue l'Escritm'o luy attribue, et ce que nous expérimentons chacun de nous par effect, est bien esloigné des créatures ; car c'est luy qui est espandu par tout, soustient et vivifie toutes choses au ciel et en la terre, et leur donne vigueiu". Desja, en ce qu'il n'est restreint en nul lieu ne limites, il est exempté du nombre des créatures: mais d'inspirer essence, vie et mouvement à toutes choses par sa vertu, c'est une chose notoirement divine. Davantage si la régénération qui nous amené à la vie incorruptible, surmonte en excellence Testât de ceste vie, que devons-nous juger de celuy par lequel nous sommes régénérez ? Or que le sainct Esprit soit autheur de la nouvelle vie, et non pas d'une vigueur empruntée, mais qui luy est propre : l'Escriture le demonstre en plusieurs passages: mesme que c'est par son opération que nous sommes conduits à la vie céleste. Bref, tous les offices qui compétent droitement à la divinité luy sont attribuez comme au Fils. C'est luy qui sonde les profonds secrets de Dieu, lequel n'a point de conseillier entre les