‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 552 sur 703 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

advient tousjours aiusi : c'est que quand les hoiiiinos ont une fois oiTupé l'empire sur les aniL's, ils ne cessent île l'aire nouveaux eonunandemens et nouvelles défenses, jusques à ce qu'ils se soyeiU deshordez en toute extrémité. Ce (jue sainct Paul si^^nilie tresbien (juand il dit, Si vous estes morts au momie, couunent vous astreind-on par décrets, comme si vous y estiez vivans? Ne maniée point de cela, n'en jrouste point, n'y attouche point (Col. :2, ^0. :21). 11 descrit icy fort bien la procédure des seducteurs,qui commencent par superstition, defendans de manj:er d'une viande, voire uiesme bien peu. Apres avoir gagné ce poinct, ils défendent aussi inesme d'en gouster : a-on accorder cela, ils font accroire qu'il n'est pas licite d'y toucher.

14. Nous reprenons donc aujourdhuy à bon droit ceste tyrannie aux traditions humaines : assavoir que les povres consciences sont merveilleusement tormentées par statuts intiniz, à l'observation des(iuels on oblige estroitement le monde. Touchant des Canons (]ui ap[)artiennent à la discipline, il en a esté dit cy dessus. Des cérémonies, qu'en diray-je? lesquelles n'apportent autre profit, sinon de nous faire revenir aux figures Judaïques, ensevelissant à demy nostre Seigneur Jésus ? Le Seigneur, dit sainct Augustin, nous a ordonné peu de Sacremens, excellens en signification, faciles à observer "^ Or combien répugne à ceste simplicité la multitude et variété des observations dont l'Eglise est enveloppée ? Je say bien sous quelle couleur aucuns excusent ceste perversité. Ils allèguent qu'il y en a plusieurs entre nous d'aussi rudes (|u"il y en avoit au peuple d'Israël : que pour iceux ceste forme puérile a esté introduite : de la(|uelle combien que les savans et robustes se puissent passer, ils ne la doyvent toutesfois mespriser, puis qu'ils voyent qu'elle est utile à leurs frères. Je respon, que nous savons bien que c'est que doit un chacun Chrestien a l'infirmité de ses prochains : mais ce n'est pas la façon de s'accommoder à l'infirmité des rudes, en leur imposant un grand tas de cérémonies poui les oppresser. Dieu n'a pas mis sans cause ceste ditierenco entre le peuple ancien et nous, qu'il a voulu instruire iceluy par signes et figures à la façon des petis enfans : et (ju'envers nous il use d'une autre simplicité, ayant aboly ceste pompe extérieure. Comme un enfant, dit sainct Paul, est gouverné et tenu en discipline par son pédagogue selon la capacité de son aage : ainsi les Juifs ont esté conduits sous la Loy (Gai. 4, 1—3). Mais nous, nous sommes semblables aux jeunes gens qui sont sortiz d'enfance, et n'ont plus besoin d'estre en curatelle ny en discipline puérile. Certes le Seigneur prevoyoit bien quel seroit le commun peuple de l'Eglise Chrestienne, et comment il seroit mestier de le régir selon sa rudesse. Toutesfois il a mis ceste discrétion que

nous avons dite, entre nous et les Juifs. Ainsi c'est une lolle raison à nous de vouloir redresser la façon Judaïque pour subvenir aux rudes, laquelle a esté cassée et abolie par Jésus Christ. Ceste diversité de nous et du peuple ancien est aussi declairée parles paroUes qu'eut le Seigneur Jésus avec la Samaritaine, (|uand il luy dit que le temps estoit venu, que les vrais serviteurs de Dieu l'adoreroyent en esprit et vérité (Jean 4, 23). Cela certes avoit bien esté tousjours fait : mais les fidèles du nouveau Testament dilTerent en cela des anciens Pères, que l'adoration spirituelle de Dieu estoit couverte du temps de la Loy, de cérémonies, et comme cachée dedans : maintenant nous adorons Dieu simplement, d'autant que le voile du Temple est rompu avec toutes SCS appartenances. Pourtant ceux qui confondent ceste différence, renversent l'ordre institué et cstably par Jésus Christ. Quelcun demandera, Les rudes donc n'auronl-ils nulles cérémonies pour soulager leur ignorance ? Je confesse qu'il n'est que bon et utile de les aider par ce moyen; mais je dy qu'il laut user de mesiue, assavoir que tout serve à esclaircir la cognoissance de Jésus Christ, et non pas l'obscurcir. Dieu donc nous a donné peu de cérémonies et aisées, pour nous représenter Jésus Cnrist depuis qu'il nous a esté exhibé. Les Juifs en ont eu davantage pour le figurer en son absence. Or je dy qu'il leur estoit absent pour lors : non pas quant a sa vertu, mais quant à la façon de le représenter. Pourtant si nous voulons tenir bon moyen en cest endroit, il nous faut garder de multiplier le nombre des cérémonies, lequel doit estre petit selon l'ordonnance de Dieu. Il faut adviser que celles que nous aurons soyent aisées, pour ne point grever les consciences : et qu'en leur signification elles ayent une majesté et évidence telle que dit a esté. Que cela n'ait pas esté fait, qu'est-il ine>tier de le monstrer plus au long ? car il est notoire à chacun.

13. Je laisse à dire les fantasies pernicieuses dont on a abbreuvé le povre monde luy faisant accroire que les cérémonies inventées des hommes sont sacrifices plaisans à Dieu, par lesquels les péchez sont effacez, et par les(iuels on acquiert justice et salut. Quelcun me dira que si ce sont choses bonnes d'elles mesmes, elles ne peuvent estre corrompues par ces erreurs survenans, veu qu'il en advient bien autant aux œuvres (|ue Dieu a commandées. Mais cela est plus intolérable, de faire tel honneur aux œuvres controuvées au plaisir des hommes, que de les reputer méritoires de la vie éternelle. Car les œuvres commandées de Dieu, prennent le fondement de leur rémunération, de ce que Dieu les a agréables à cause de l'obéissance. Elles ne sont point donc estimées pour leur propre dignité ou mérite, mais d'autant que Dieu prise l'obéissance que nous luy rendons. J'enten si

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