‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 553 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

quelcun faisoit en perfection ce que Dieu commande. Car les œuvres que nous faisons ne sont plaisantes à Dieu que par sa bonté gratuite, d'autant que l'obcissauce n'y est (ju'à deniy. Mais d'autant que nous ne disputons pas icy dont procède nostre justice, laissons ceste question. Quant est de la matière présente, je dy derechef que tout ce que les œuvres ont de valeur et estime, elles l'ont au regard de l'obéissance que nous rendons à Dieu, laquelle seule il regarde : comme il dit par son Prophète, Je ne vous ay rien, dit-il, commandé des hosties et sacrifices ; mais seulement d'escouter ma voix (Jer. 7, 22. 23). Touchant des œuvres que les hommes font à leur dévotion, il en est dit ainsi en un autre passage : Vous employez voslrc argent sans acheter du pain (Is. 5o, 2) : signifiant que c'est peine perdue. Item, C'est en vain qu'ils m'honnorent selon les commandemens des hommes (Is. 29, 13; Matth. 15, 9). Pourtant noz adversaires ne s'excuseront jamais, en ce qu'ils soulfrent que le povre populaire cherche sa justice en ces fatras de traditions humaines, pour pouvoir consister devant Dieu, et obtenir salut. Davantage, n'est-ce pas un vice digne de grande' reprehension, qu'ils usent de beaucoup de cérémonies non entendues, pour amuser le monde comme à une bastellerie et jeu de farce, ou à quelque conjuration d'enchanteurs ? Car il est certain que toutes cérémonies sont perverses et nuisibles, sinon qu'elles mènent les hommes à Christ. Or toutes les cérémonies dont on use en la Papauté, n'ont no doctrine ne signification, mais sont amusemeus de petis enfans. Finalement, comme le ventre est subtil pour inventer choses qui luy soyent à profit, il y en a eu la pluspart controuvées par les Prestres par pure avarice, pour amener la farine au moulin. Mais encore de quelque origine qu'elles procèdent, si on veut purger l'Eglise d'une turpitude manifeste, et qu'il ne s'y exerce point foire ne marchandise vilaine, on ne peut autrement faire que d'en retrancher la pluspart, d'autant que ce sont comme attrapes pour attirer l'argent du peuple.

16. Combien qu'il semble advis que ce que j'ay dit jusques icy des traditions humaines, soit seulement pour nostre temps, afin de reprouver les superstitions Papistiques : si est-ce toutesfois qu'on en peut recueillir une doctrine utile pour tous temps. Car toutes fois et quantes que ceste follie pullule, de vouloir servir Dieu par inventions humaines, toutes les ordonnances qu'on fait à ceste fin viennent incontinent à ces abuz que nous avons dit. Car ce n'est point pour un temps, mais pour tousjours, que Dieu a dénoncé ceste malédiction, de frapper d'aveuglement et bestise tous ceux qui le serviront par doctrines humaines (Is. 29, 13. 14). Cest aveuglement est cause que ceux qui se desvoyent

du droit chemin, en mesprisant tant d'admonitions de Dieu, tombent d'une absurdité à l'autre. Toutesfois si quelcun désire d'avoir une docti'ine générale, sans avoir esgard à la Papauté, quelles sont les traditions humaines lesquelles doyvent estre en tout temps répudiées de l'Eglise : la détermination que nous en avons mis cy dessus, est claire et certaine, assavoir qu'il nous faut tenir en telle estime toutes les loix qui seront faites des hommes sans la paroUe de Dieu, à ceste fin d'establir quelque façon de servir à Dieu, ou de lier les consciences par nécessité. S'il y a encores d'autres abuz qui s'en ensuyvent, comme quand par la multitude des cérémonies la clairté de l'Evangile est obscurcie, ou bien que ce sont folles observations et inutiles qui ne peuvent édifier, ou bien que ce sont amorses pour escumer l'argent des bourses, ou bien que le peuple en soit grevé outre mesure, ou qu'il y ait des autres meschantes superstitions : tout cela nous devra aider pour facilement discerner combien de mal et de nuisance il y a.

17. J'enten bien que c'est qu'ils respondent pour eux, assavoir que leurs traditions ne sont pas d'eux mesmes, mais de Dieu, d'autant que l'Eglise est régie par le sainct Esprit à ce qu'elle ne puisse errer. Or ils présupposent que l'authorité de l'Eglise réside par devers eux. Ce poinct gagné, il s'ensuit que toutes leurs traditions sont révélations du sainct Esprit, lesquelles on ne peut mespriser sans mespriser Dieu. Et afin qu'il ne semble advis qu'ils ayent rien follement attenté de leurs testes, ils font accroire que la plus graud'part de leurs ordonnances est venue des Apostres. Davantage, ils disent qu'un seul exemple peut demonstrer ce que les Apostres ont fait en gênerai : assavoir quand estans assemblez ils ont déterminé en leur Concile, que les Gentils se deussent abstenir de manger du sang ou de la chair d'une beste suffoquée ou de ce qui auroit esté sacrifié aux idoles (Act. lo, 20. 29). Nous avons amplement declairé autrepart, combien faussement ils abusent du filtre de l'Eglise pour approuver leur authorité. Quant à la cause présente, si en rejettant toute feintise et fausseté nous considérons ce qui nous est mestier de regarder, c'est assavoir quelle Eglise requiert Jésus Christ, afin de nous renger et conformer à sa reigle : il nous sera assez évident que ceste n'est point l'Eglise, laquelle en outrepassant les limites de la paroUe de Dieu, s'esbat à faire nouvelles loix, et inventer nouvelle façon de servir Dieu. Car ceste loy qui a esté une fois enjointe <à TEglise ne demeure-elle point éternellement? Tu prendras garde de faire ce que je te commande : tu n'y adjousteras rien et n'en diminueras. Et derechef. Tu n'adjousteras à la parolle du Seigneur, et n'en diminueras : afin qu'il ne t'accuse et que tu ne sois trouvé

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