CHAPITRE X
mensonger (Deut. li, 32; Prov. 30, 6). Puis qu'on ne peut nier que ces choses ne soyent dites à l'Eglise, qu'est-ce que font autre chose ceux qui disent <|ue nonobstant telles défenses elle a osé entreprendre d'adjoustoi' du sien à la paroUe de Dieu, sinnu qu'ils l'arguent de rébellion contre Dieu? Mais n'escoutons point leurs mensonges, par lesquels ils font si grande injure à l'Eglise. Plustost cognoissons que le nom de l'Eglise est faussement prétendu, quand on en veut couvrir la folle témérité des hommes qui rompt les limites de la parolle de Dieu pour donner lieuàses inventions. Ces paroUes ne sont pas difficiles, ny ambiguës, ni incertaines, par lesquelles il est défendu à l'Eglise universelle d'adjouster ou diminuer de la parolle de Dieu, quand il est question de son service. Us diront que cela est dit de la Loy seule, après laquelle sont venues les Prophéties : ce que je confesse, moyennant qu'ils entendent qu'icelles temlent plus a accomplir la Loy, qu'à y adjouster ou en retrencher. Or si le Seigneur ne soulTre point qu'on adjouste au ministère de Moyse, ou qu'on en diminue, combien qu'il fust plein d'obscureté, jusques à ce qu'il donne plus claire doctrine par les Prophètes ses serviteurs, et finalement par son Fils bien-aimé : pourquoy n'estimerons nous estre plus rigoureusement défendu d'adjousterà la Loy, aux Prophéties, aux Pseaumes et à l'Evangile ? Le Seigneur certes n'a point changé de vouloir: lequel a jadis declairé(iu'il ne peut estre plus grièvement olîensé, que quand les hommes le veulent servir par leurs inventions propres. Comme nous en avons les excellens tesmoignages aux Prophètes, qui nous devoyent estre assiduellement devant les yeux. En .leremie, Quand j'ay conduit voz Pères hors de la terre d'Egypte, je ne leur ay point commandé de m'olîrir hosties et sacrifices : mais je leur ay donné ce mandement, disant, Escoutez ma parolle, et je seray vostre Dieu, et vous serez mon peuple, et cheminerez aux voyes que je vous monstreray (Jer. 7, 23). Item, En adjurant j'ay adjuré voz Pères Escoutez ma parolle (.1er. 11, 7). Il s'en lit plusieurs autres semblables : mais principalement cestuy-cy qui s'ensuit est notable, lequel est escrit en Samuel : Le Seigneur demande-il hosties et sacrifices, et non pas plustost qu'on obéisse à sa voix ? car obéissance est meilleure que sacrifice : et vaut mieux escouter que d'offrir hosties bien grasses. Car répugner à Dieu est comme sorcellerie : et n'acquiescer point à luy, est comme idolâtrie (1 Sam. lo, 22. 23).
18. Parquoy puis qu'on ne peut excuser d'impiété toutes les inventions qu'on défend sous l'authorité de l'Eglise : il est facile d'inférer que faussement elles sont imputées à l'Eglise. A ceste cause nous combattons hardiment contre ceste tyrannie des traditions humaines, qui sont obtenues sous le tiltre de l'Eglise. Car nous ne
mesprisons point l'Eglise, comme noz adversaires pour nous rendre odieux nous reprochent faussement : mais nous luy attribuons la louange d'obéissance, laquelle est la plus grande qu'elle sauroit désirer. Eux-mesmes sont outrageusement injurieux contre l'Eglise, la faisant rebelle contre son Seigneur : d'autant que selon leur dire, elle a trangressé le commandement de Dieu. Encore ([ue je ne mette en avant que c'est une grande impudence et malice à eux, d'objecter continuellement la puissance de l'Eglise, et cependant laisser derrière et dissimuler quel mandement elle a de Dieu, et quelle obéissance elle luy doit. Mais si nous desirons comme il appartient lie consentir avec l'Eglise, il nous faut plustost regarder et considérer ce qui nous est commandé de Dieu, et à toute l'Eglise pareillement, afin que d'un commun accord nous luy obéissions. Car il ne faut aucunement douter que n'accordions très bien avec l'Eglise, si en tout et par tout nous nous rendons obeissans à Dieu. Touchant ce (ju'ils disent l'origine de leurs traditions estre descendue des Apostres,ce sont pures tromperies : veu que toute la doctrine des Apostres tend à ce but, que les consciences ne soyent chargées de nouvelles traditions : et que la religion Chrestienne ne soit contaminée par noz inventions. Et s'il faut croire aux histoires anciennes, ce qu'ils attribuent aux Apostres ne leur a pas seulement esté incognu, mais jamais n'en ouyrent parler. Et ne faut qu'ils babillent, que beaucoup de constitutions des Apostres ont esté receues par usage, qui ne furent jamais escrites : c'est assavoir des choses qu'ils ne pouvoyent entendre devant la mort de Jésus Christ, lesquelles ils ayent apprises depuis son ascension par révélation du sainct Esprit. Nous avons desja cy dessus exposé ce passage. Quant est pour le propos que nous traitons, ils se font bien ridicules, quand en voulant declairer quels sont ces grau s mystères qui ont si long temps esté incogneuz aux Apostres, ils proposent en partie des cérémonies prinses et meslées de celles lesquelles au paravant avoyent esté vulgaires entre les Juifs et Gentils, en partie des folles singeries et sottes cérémonies, lesquelles des asnes de Prestres, (jui ne savent n'aller ne parler, savent toutes par cœur : et mesme lesquelles les fols et les enfans contrefont si proprement, qu'on diroit qu'ils en ont toute la science en leur teste. Si nous n'avions nulles histoires, toutesfois il n'y a homme de sain jugement qui ne jugeast qu'une telle multitude de cérémonies n'est point venue tout d'un coup en l'Eglise, mais que petit à petit elle a esté introduite. Car comme ainsi soit que les bons Evesques preschans du temps des Apostres, eussent fait aucunes sainctes ordonnances appartenantes à l'ordre et la poUce, leurs successeurs estans gens inconsiderez et convoiteux