LIVRE IV
temlement des prudens sera ancanty (Is. 29, 13. 14). En un autre passage, Ils me servent en vain, enseignans pour doctrines commandemens d'hommes (Mattli. lo, 9). Et de fait, ee que les enfans d'Israël se sont contaminez en plusieurs idolâtries, la cause de tout le mal est assignée à ce meslinge, qu'en transgressant les commandemens de Dieu, ils se sont forgé des services estranges. Et à ce propos l'histoire sainte recite, que les nouveaux habitans de Samarie, ([ui avoyent là esté envoyez par le roy de Babylone, estoyent journellement dévorez par les bestes sauvages, pource qu'ils ne savoyent point les statuts du Dieu de la terre. Encores qu'ils n'eussent commis nulles fautes aux cérémonies, si est-ce que Dieu n'eust point approuvé toutes leurs vaines pompes : mais cependant si a il voulu punir ceste profanation de son service : c'est que les incrédules et Payens le vouloyent servir h. leur poste. Et pourtant, il est adjousté puis après, qu'ils apprindrent de suyvre, quant à l'extériorité, ce que Dieu avoit ordonné en sa Loy : mais pource qu'ils n'adoroyent pas encore purement Dieu, il est répété par deux fois, (pi'ils rpnt craint et qu'ils ne l'ont pas craint (2 Rois 17,24—34). Dont nous avons à conclure, qu'une partie de la révérence que nous luy portons, gist à ne rien mesler de noz inventions propres parmi le service qu'il a commandé en sa parolle. Dont les bons Rois et fidèles sont louez souvent en l'Eseriture, d'avoir observé quant à la religion, ce qui estoit enjoint en la Loy, sans décliner à dextre ny à gauche (2 Rois 22, 1. 2 et autres passages). Je passe encore plus outre : combien qu'en un service controuvé, l'impiété n'apparust pas du premier coup, qu'elle ne laisse point d'estre asprement condamnée, puis qu'on a décliné du commandement de Dieu. L'autel d'Achaz duquel il avoit fait apporter le patron de Samarie, pouvoit estre estimé un bel ornement pour augmenter la dignité duTemple (2 Rois 15, 10): veu mesme que l'intention de ce meschant Hoy n'estoit autre, (jue de sacrifier là au Dieu vivant : ce qu'il pensoit faire plus magnifiquement qu'en l'autel ancien. Nous voyons neantmoins comment le sainct Esprit déteste une telle audace, voire pour ceste seule raison, que toutes inventions humaines, quelque belle apparence qu'elles ayent, ne font qu'infecter et corrompre le service de Dieu. Et d'autant plus que la volonté de Dieu nous est clairement monstrée, tant moins l'outrecuidance de rien attenter par dessus est excusable. Aussi le crime de Manassé est fort aggravé par ceste circonstance, d'avoir édifié un autel en Jérusalem, duquel lieu Dieu avoit prononcé qu'il y mettroit scn nom (2 Rois 21, 3). Car (juand on ne se contente point de ce qu'il approuve, c'est rejetter son authorite comme de propos délibéré.
24. Plusieurs trouvent estrange pourquoy nostre Seigneur menace si asprement de faire choses merveilleuses sur le peuple, duquel il estoit servi par mandemens et doctrines des hommes : et pourquoy il déclare que tel honneur est vain. Mais s'ils regardoyent que c'est de dépendre de la seule bouche de Dieu en matière de religion, c'est à dire en matière de sapience céleste : semblablement ils verroyent que la raison n'est pas petite, pour(iuoy nostre Seigneur a en teUe abomination les services mal reiglez, qui luy sont faits selon le sot appétit des hommes. Car combien que ceux qui le servent ayent quelque espèce d'humilité, s'assubjettissans aux loix des hommes à cause de luy, toutesfois ils ne sont nullement humbles devant Dieu, auquel mesme ils imposent ces mesmes loix (lu'ils obseiTent. C'est la raison pourquoy sainct Paul requiert tant diligemment que nous nous gardions d'estre abusez par les traditions des hommes (Col. 2, 8) : usant d'un mot Grec bien propre, qui nous signifie un service volontaire ; c'est à dire inventé du vouloir des hommes sans la parolle de Dieu. Certainement il est ainsi, (pi'il faut que tant la sapience de tous les hommes que la nostre nous soit faite folle, afin que permettions un seul Dieu estre sage. De laquelle voye sont bien loin ceux qui luy pensent complaire par observations forgées au plaisir des hommes : et luy jettent au visage, comme par force et maugré qu'il en ait, une obéissance perverse, laqueUe ils rendent aux hommes, non à luy. Comme il a esté fait [long temps par cy devant, et de nostre mémoire mesme : et se fait encore aujnurdhuy aux pays où la créature est en plus grande authorite que le Créateur. Lesquels pays ont une religion (si digne elle est d'estre appellée Religion) brouillée de plus de superstitions et plus folles qu'idolâtrie Payenne qui fut onques. Car que sauroit le sens de l'homme produire, sinon choses charnelles et folles, et qui vrayement monstrent de quel autheur elles sont venues ?
2o. Quant a ce que les advocats des superstitions allèguent ce que Samuel a sacrifié en Ramatha (1 Sam. 7, 17), et combien que cela se flst contre la Loy, que l'acte a pieu à Dieu : la solution est facile, assavoir qu'il n'a point basti un second autel pour l'opposer au premier qui estoit fondé sur la parolle de Dieu : mais pource qu'il n'y avoit point encore de lieu certain destiné au tabernacle, qu'il a mieux aimé dédier aux sacrifices la ville de sa demeure, comme le lieu le plus commode. Pour certain l'intention du sainct Prophète n'a pas esté de rien changer à la façon du service divin, où Dieu avoit si estroitement défendu de ne rien adjouster ne diminuer. Quant à l'exemple de Menoha père de Sanson (Juges 13, 19), je dy qu'il a esté extraordinaire et singulier. Car il estoit homme