CHAPITRE X
privé: ainsi il ne luy esloit pas licite de sacrifier sans inspiration secrète de Dieu. Ce qui ne s'estend pas plus loin qu'a luy, d'autant que les autres ne seroyent pas approuvez de niesnie. A l'opposite, Dieu a dunné un ensei;4neinenl notable pour tout jamais en la personne de Gedeo'n, combien il déteste les services que les hommes luy controuvent de leur propre sens : car l'Kpliod qu'il appeta d'une folle dévotion, tourna à ruyne j non seulement à luy et à sa famille, mais à tout le peuple (Juges 8, :27). En somme, toute invention estrange par laquelle les tioiaines prétendent de servir à Dieu, n'est autre chose que | pollution de la vraye saincteté.
-H). Pourquoy donc, disent-ils, Christ a-il voulu qu'on porUist les charges importables (lu'imposent les Scribes et Pharisiens (Matth. 23, 3) ? Mais je leur demande aucontraire. Pourquoy luy-mesme en un autre lieu a-il vuulu (ju'on se gardast du levain des Pharisiens : appellant leur levain (comme l'interprète l'Evangeliste sainct Matthieu) (Matth. It), G. 12) tout ce qu'ils mesloycnt de leur doctrine propre, à la pure paroUe de Dieu ? Que voulons-nous davantage, quand il nous est commandé de fuir, et de nous garder de toute leur doctrine ? Dont il nous est Iresmanifeste, qu'en l'autre passage nostre Seigneur n'a pas voulu que les consciences des siens fussent chargées des propres traditions des Pharisiens. Et les parolles mesmes (si on ne les cavilloit point) n'approchent en rien de ce sens. Car par icelles nostre Seigneur n'a voulu autre chose, sinon (jue proposant de parler aigrement contre la mauvaise vie des Pharisiens, il enseignoit paravant les auditeurs, que combien qu'ils ne vissent rien aux mœurs des Pharisiens digne d'estre ensuivy, toutesfois qu'ils ne délaissassent point ce qu'ils enseignoyent par parolle, quand ils estoyent assis en la chaire de Moyse, c'est à dire quand ils exposoyent la Loy. Il n'a donc voulu autre chose, sinon de prévenir ce danger (jue le peuple ne fusl point induit par la mauvaise vie de ses gouverneurs, à mespriser la doctrine de Dieu. Mais pourcc qu'aucuns ne s'esmeuvent pas beaucoup par quelque raison qu'on leur ameine, mais cherchent tousjours authorité : j'allegueray les parolles de sainct Augustin, ausquelles il donne une mesme interprétation que j'ay fait. Le bercail du Seigneur, dit-il, a des Pasteurs, partie ses enftins, partie mercenaires. Les Pasteurs qui sont enfans de Dieu, sont les vrais Pasteurs : toutesfois escoute comme les mercenaires aussi sont utiles. Car plusieurs ministres en l'Eglise cherchans leur profit terrien preschent Jésus Christ, et la voix de Christ est ouye de leur bouche : et les brebis suyvent non point le mercenaire, mais le Pasteur par le mercenaire. Escoutez comment le Seigneur nous a demonstré les mercenaires. Les Scribes, dit-il, et Pharisiens sont assis en la
chaire de Moyse : faites ce qu'ils vous disent, mais ce qu'ils font, ne le faites point. C'est autant comme s'il disoit: Escoutez la voix du Pasteur par les mercenaires: car estans assis en ceste chaire, ils enseignent la Loy de Dieu. Pourtant Dieu enseigne par eux '"^ : mais s'ils veulent rien amener de leur [)ropre, ne les oyez point, et ne faites p;is ce ([u'ils vous disent.
27. Mais pourtant (pi'aucuns simples, (juand ils entendent (jue les consciences des fidèles ne se doyvent lier par traditions humaines, et (jue Dieu est en vain par icelles servy, pensent (jue ce soit une mesme raison des reigles qui sont mises pour tenir ordre en l'Eglise : il faut icy obvier à leur erreur. (>ertes il est facile de s'abuser en cest endroit, pourtant qu'il n'appert pas de prime face ({uelle ditïerence il y a entre ces deux espèces : mais nous despescherons le tout si clairement que nul ne sera doresnavant deceu par la similitude. Ayons premièrement ceste considération, c'est que si nous voyons estre nécessaire qu'en toutes compagnies des hommes il y ait quelque police pour entretenir paix et concorde entre eux : si en toutes choses il faut qu'il y ait quelque ordre pour conserver une honnesteté publique, et mesme une humanité entre les hommes : que ces choses se doivent principalement observer aux Eglises, lesquelles premièrement sont maintenues par bon ordre, et par discorde sont du tout dissipées. Parquoy si nous voulons tresbien prouvoir à la conservation de l'Eglise, il faut mettre diligence, que tout se face decentement et avec bon ordre, ainsi que le commande sainct Paul (1 Cor. 14, 40). Or puis qu'il y a si grandes répugnances d'esprits et de jugemententre les hommes, nulle police ne sauroit consister en eux, si elle n'est arrestée par quelques certaines loix, et nul ordre ne s'y pourroit bien conserver, sans ([uelque cerUaine forme. Tant s'en faut que nous reprouvions les loix qui tendent à ceste fin, que mesme nous affermons que sans icelles les Eglises serovcnt incontinent dissipées et déformées. Car autrement il ne se pourroit faire (ce que sainct Paul requiert) que tout s'y fist decentement et par ordre, si l'ordre et l'bonnesteté n'estoit conservée par quebiue certaine forme. Neantmoins il faut tousjours soigneusement prendre garde en telles observances, qu'elles ne soyent estimées nécessaires à salut, pour lier les consciences : ou qu'on n'y constitue l'honneur et service de Dieu, comme si la vraye pieté y estoit située.
28. Nous avons donc une bonne marque et certaine, pour discerner entre les maudites constitutions, (les(juelles nous avons dit que la vraye religion est obscurcie et les consciences abysmées, et entre les sainctes ordonnances de l'Eglise, lesquelles tendent tousjours à l'un de ces buts, ou de garder quelque honnesté en la