‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 558 sur 703 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

compagnie des fidèles, ou d'entretenir paix et concorde entre eux. Or depuis qu'on a une fois cogneu qu'une loy est mise pour reigle d'honnesté, la superstition en est desja ostée, en laquelle trebuschent ceux qui constituent le service de Dieu aux inventions humaines. Davantage, puis qu'on a enten<lu qu'elle ne tend sinon au commun usage des hommes, et pour conserver entre eux charité : la fausse opinion d'obligation et de nécessité est renversée, laquelle tourmente horriblement les consciences : quand on estime les traditions estre nécessaires à salut. Car pour avoir ceste cognoissancc que venons de dire, on voit qu'il n'est question sinon de nourrir entre nous charité, en servant les uns aux autres. Mais il est expédient d'exposer encore plus clairement que c'est qu'emporte ceste honnesteté : Item, cest ordre dont parle sainct Paul. La fin de l'honnesteté tend à cela, que quand on institue des cérémonies pour donner révérence et majesté aux Sacremens, le peuple soit esmeu comme par une aide, à honnorerDieu. Secondement, qu'il y apparoisse une gravité et modestie. Quant à l'ordre, le premier poinct est, que les Prélats et Pasteurs sachent quelle est la reigle de bien gouverner, et que le peuple soit exercé à obéissance et discipline. Le second est, d'entretenir l'Eglise en bonne,^ concorde, l'ayant disposée en bon estât.

29. Nous n'ajjpe lierons donc Honnesteté, quand il n'y a qu'un spectacle frivole pour donner plaisir aux hommes, comme nous en avons l'exemple en toute la pompe dent usent les Papistes en tout le service de Dieu, (ju'ils appellent. Car ils n'ont qu'une masque d'une belle apparence, laquelle est inutile et une supertluité sans huit. Mais nous tiendrons pour honnesteté ce qui sera tellement reiglé pour donner révérence aux saincts mystères de Dieu, que le peuple en soit exercé à dévotion vrayement Chrestiennc, ou bien que l'acte auquel cela doit servir, en soit orné decentement : et qu'en tout on regarde l'édification, c'est assavoir que les fidèles soyent admonnestez par ce moyen en quelle modestie, crainte et révérence ils se doyvent disposer k servir Dieu. Or les cérémonies ne sont point autrement exercices de pieté, sinon qu'elles conduisent le peuple comme par la main à Jésus Christ. Semblablemenl il ne nous faut point constituer l'ordre en ces pompes inutiles, qui n'ont rien qu'une vaine apparence : mais en une bonne police, hKjuelle osle confusion, coutemnement et tous débats. De la première espèce nous en avons les exemples en sainct Paul, quand il défend de mesler des banquets protanes avec la sacrée Cène de nostre Seigneur. Item, que les femmes ne se monstrent point en public à teste descouverte (1 Cor. 11, 22. 5). Et en avons beaucoup d'autres quotidiens entre nous : comme de prier publiquement à

genoux, de ne traiter les Sacremens de nostre Seigneur irreveremment, et d'une façon sordide et deshonneste, de ne jetter les corps des hommes irespassez comme charognes de bestes, mais les enterrer honnestement, après les avoir enseveliz. Les exemples de la seconde espèce sont, d'avoir heures arrestées pour les prédications et oraisons publiques, et Sacremens : d'avoir aussi les lieux destinez à cela : les chants ou Pseaumes : item, le silence qui doit estre pour donner audience à la ParoUe, et que les femmes, suyvant la défense de sainct Paul, ne présument d'enseigner (1 Cor. 14, 34), et autres semblables. Principalement il nous faut mettre en ce rang les ordonnances qui concernent la discipline : comme le Catéchisme, les corrections, la façon d'excommunier, les jusnes communs, et autres telles. Et ainsi toutes constitutions de l'Eglise qu'on doit recevoir pom' bonnes et sainctes, se peuvent rapporter à deux articles : c'est que les unes appartiennent aux cérémonies, les autres à la discipline et concorde.

30. Mais pource qu'icy il y a danger d'un costé, que les Evesques cornuz ne prennent occasion d'excuser leurs loix meschantes et tyranniques, comme ayans quelque couleur par ce que nous avons dit: de l'autre costé, qu'il n'y en ait d'aucuns, lesquels de peur de retomber en la malheureuse servitude où nous avons esté, ne rejettent clairement toutes ordonnances Ecclésiastiques, quelques bonnes et sainctes qu'elles soyent: il me faut protester que je n'enten point d'approuver autres constitutions que celles qui sont fondées en l'authorité de Dieu, et tirées de l'Escriture, tellement qu'on les puisse totallement appeller Divines. Prenons exemple en la coustume de nous agenouiller quand on fait les prières solennelles : savoir est si nous devons tenir cela pour tradition humaine, laquelle il soit loisible ci chacun de mespriser ou rejetter. Je dy qu'elle est tellement humaine, qu'elle est aussi divine. Elle est de Dieu, entant qu'elle est partie de ceste honnesteté laquelle l'Apostre nous recommande (1 Cor. 14, 40): elle est des hommes, entant qu'elle nous monstre spécialement et par exprés, ce qui avoit seulement esté touché en gênerai par l'Apostre. Par cest exemple nous pouvons estimer ce que nous devons juger de tout le reste. La somme est, Puis que Dieu a fidèlement comprins en sa parolle, et nous a pleinement declairé quelle est toute la vraye reigle de justice, toute la façon de le bien servir, et tout ce qui estoit nécessaire pour nostre salut, il le faut avoir pour nostre seul maistre en cela. Quant à la discipline externe et aux cérémonies, il ne nous a point voulu ordonner en particulier, et comme de mot à mot comment il nous faut gouverner : d'autant que cela dependoit de la diversité des

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