‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 559 sur 703 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

temps, et qu'une mesme forme n'eust pas esté propre ny utile à tous aages. Donc il nous faut avoir recours à ces reigles générales que j'ay dit: c'est assavoir que tout se face honnestement et par ordre en l'Eglise. Finalement, pource que Dieu n'en a rien dit par exprés, d'autant que ce n'estoyent point choses nécessaires à nostre salut, et qu'il est mestier d'en user en diverses sortes selon la nécessité, pour édification : nous avons à conclurre qu'on les peut changer, et en instituer de nouvelles, et abolir celles qui ont esté, selon qu'il est expédient |(Our l'utilité de l'Eglise. Je confesse bien qu'il ne f:iut pas innover à chacune fois ny à tout propos pour legiere cause : mais la charité nous inonslrera tresbien ce qui pourra nuire ou édifier, par laquelle si nous soulïrons d'estre gouvernez, tout ira bien.

31. Or l'office du peuj)le Chrestien est, de garder les ordonnances (jui auront esté faites à ceste fin, et compassées à ceste reigle : non point par superstition, mais en liberté de conscience, et toutesfois se submettant volontiers à l'obsersation d'icelles. Or si c'est mal fait de les mespriser par nonchalance, ce seroit beaucoup pis de les violer par contumace et rébellion. Mais quelle liberté de conscience, dira quelcim, pourra-on avoir quand on sera ainsi tenu de les observer? Je dy que la conscience ne laissera point d'estre libre et tranche, quand on reputera que ce ne sont point ordonnances perpétuelles, ausquelles on soit astreint, mais que ce sont aides e.vternes de l'infirmité humaine: desquelles combien que nous n'ayons pas tous besoin, toutesfois il nous en faut tous user, d'autant que nous sommes tous obligez les uns aux autres mutuellement à entretenir charité: ce qui se pourra bien appercevoir aux exemples cy dessus mis. Quoy ? y a-il quelque si grand mystère en la coilfure d'une femme, que ce soit un grand crime de sortir en la rue nue teste ? Le silence luy est-il tellement commandé, qu'elle ne puisse parler sans grande otîense ? Y a-il une telle religion à fléchir le genouil, ou envelopper un corps mort, qu'on ne puisse laisser ces choses sans crime ? Non certes : car si la nécessité de son prochain la pressoit, tellement qu'elle n'eust le loisir de se coiffer, elle ne pèche en rien si elle accourt nue teste pour luy aider: et l'heure arrive quelque fois, qu'il luy vaudrait mieux parler que se taire. Et n'y a nul empeschement qu'un malade qui ne se peut agenouiller, ne prie tout droit. Finalement, s'il n'y a point de drap pour ensevelir un mort, il vaut mieux l'enterrer nud, que de le laisser sans enterrer. Neantmoins pour nous gouverner bien en ces choses, nous avons a suyvre la coustume et les loix du pays où nous vivons, et une certaine reigle de modestie, laquelle nous monstre que c'est qu'il faut suyvre ou éviter.

En quoy si quelcun faut par oubliance ou inadvertance, il n'y a nul péché : si c'est par contemnement, son obstination est à reprouver. Pareillement il ne nous peut chaloir quels sont les jours et les heures, quel est le bastiment de l'édifice, lesquels Pseaumes on chante en un jour ou en l'autre : mais il convient neantmoins que les jours et les heure-; soyent certaines, et le lieu capable pour recevoir tout le monde, si on a esgard a entretenir paix et concorde. Car quelles noises engendreroitla confusion de ces choses, s'il estoit loisible à chacun de changer à son plaisir les choses (jui appartiennent à l'ordre publique ? veu que jamais n'adviendroit qu'une mesme sentence pleust <à tous, si les choses estoyent laissées incertaines au vouloir d'un chacun. Si quelcun vient répliquer, et veut estre plus sage qu'il ne faut, qu'il regarde s'il peut avoir raison devant Dieu. Touchant de nous, la parolle de sainct Paul nous doit contenter que nous ne sommes point adonnez à contention, ne les Eglises de Dieu ([ Cor. 11, 16).

32. Il faut donc avec bonne diligence prendre garde que quelque erreur ne survienne qui obscurcisse ou pollue la pureté de cest usage. Ce qui se pourra faire, si toutes les cérémonies desquelles on usera, emportent quelque utilité manifeste : si on en reçoit gueres, et principalement si le Pasteur veille à fermer la voye par bonne doctrine à toutes fausses opinions. Or ceste cognoissance fera, que chacun de nous aura sa liberté entière en toutes ces choses : et neantmoins que chacun Nolontairement imposera quelque nécessité à sa liberté, d'aut<ant que l'honnesteté de laquelle nous avons parlé, ou la charité le requerra. Davantage, elle sera cause que nous obser\"ions lesdites choses sans quel- (jue superstition: et ne contraindrons les autres trop rigoureusement à les observer, que nous n'estimerons point le service de Dieu mieux valoir pour la multitude des cérémonies : qu'une Eglise ne contemnera point l'autre, pour la diversité de l'extérieure forme de faire: finalement qu'en ne nous y establissant point une loy perpétuelle, nous rapporterons à l'édification de l'Eglise toute la fin et usage des cérémonies : selon l'exigence de laquelle édification nous soyons prests d'endurer, non seulement que quelque cérémonie soit changée, mais que toutes celles qu'aurions eues au paravant, soyent ostées et abolies. Car le temps présent nous donne expérience certaine, que selon l'opportunité du temps, il est tresbon de mettre bas aucunes observ'ations, lesquelles de soy n'estoyent ne ma! convenables, ne meschantes. Car il y a eu au temps passé tel aveuglement et ignorance, que les Eglises se sont arrestées aux cérémonies avec une opinion si corrompue et un zèle si obstiné, qu'à grand'peine on les

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