‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 57 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

créatures (1 Cor. 2, 10. 16), qui donne saj^esse et ^^racc de parler (1 Cor. 12, 10) : comme ainsi soit (lue Dieu prononce par Moyse, que c'est à luy seul de ce faire (E\. 4, 11): c'est par lu y que nous participons avec Dieu pour sentir sa vertu, à ce qu'elle nous vivifie: nostrc justification aussi est son ouvrage : c'est de luy que |)rocede force, saincteté, vérité, grâce, et tout ce qu'on peut penser de bien; car il n'y a (ju'un seul E.sprit, dont toute largesse et diversité des dons célestes découlent sur nous. Car c'est bien une sentence notable : combien (|ue les dons de Dieu soyent distinguez, et aussi (pi'ils soyent départis h, chacun selon sa mesure : que toutesfois c'est un inesnie Esprit, qui non seulement en est la source et le commencement, mais aussi l'autheur (1 Cor. 12, 11 et autres suyvans). Sainct Paul n'eust jamais ainsi parlé, s'il n'eust cognu la vraye divinité au sainct Esprit. Ce qu'il exprime encores tantost après, disant. Un seul et rnesme Esprit distribue tous biens selon qu'il veut. Si ce n'estoit une subsistence (|ui residast en Dieu, sainct Paul ne l'eust pas constitué juge pour disposer <à sa volonté. Parquoy il n'y a doute qu'il ne l'esleve en authorité divine : et par ce moyen afîerme (lue c'est une hypostase de l'essence de Dieu.

15. Mesmes quand l'Escriture parle de luy, elle use bien du nom de Dieu, car sainct Paul conclud que nous sommes temples de Dieu, d'autant que son esprit habite en nous (1 Cor. 3, 17; G, 19; 2 Cor. 6, 16): ce qui ne se doit légèrement passer. Car comme ainsi soit que nostre Seigneur nous promet tant de fois qu'il nous eslira pour son temple et tabernacle, ceste pro messe n'est pas autrement accomplie eu nous , sinon d'autant que son Esprit y habite. Certes comme dit sainct Augustin, s'il nous estoit commandé d'édifier au sainct Esprit un temple matériel de pierre et de bois, ce seroit une cla ire approbation de sa divinité, entant que cest hon neur n'est deu qu'à Dieu.*' Or combien cestargu ment est-il plus clair, que non seulement nous luy devons faire des temples, mais nous mesmes nous luy sommes pour temples ? Et de fait l'Apostre en un mesmc sens nous appelle maintenant temple de Dieu, maintenant temple de son Esprit. Et sainct Pierre reprenant Ananias de ce qu'il avoit menty au sainct Esprit, dit qu'il n'a point menty aux hommes, mais à Dieu (Act. 5, 3. 4). Item où Isaie introduit le Seigneur des armées parlant, sainct Paul dit (lue c'est le sainct Esprit qui parle (Is. 6, 9 ; Act. 28, 25. 26). Qui plus est, au heu que les Prophètes protestent que ce qu'ils mettent en avant, est du souverain Dieu, Jésus Christ et les Apostres rapportent le tout au sainct Esprit. Dont il s'ensuit qu'il est le Dieu éternel qui a gouverné les Prophètes. Et la où Dieu se complaind qu'il a esté provoqué à ire par l'obstination du peuple, Isaie dit que

l'esprit de Dieu a esté centriste (Is. 63. 10; Malth. 12, 31; Marc 3, 29; Luc 12, 10). Finalement si Dieu en pardonnant à ceux (jui auront blasphémé contre son Fils, reserve le blasphème contre le sainct Esprit comme irrémissible; il faut bien que l'Esprit ait en soy majesté divine, laquelle ne se peut amoindrir ny olïenser sans commettre crime énorme. C'est de propos délibéré que je laisse plusieurs tesmoignages, desquels les Anciens ont usé. Il leur a semblé favorable d'alléguer du Pseaume, Les cieux ont esté establis par la parolle tle Dieu, et tout leur ornement par l'esprit de sa bouche (Ps. 33, 6) : et ont cuidé gagner par ce moyen que le inonde a esté créé par l'Esprit comme par le Fils : mais puis que c'est un stile accoustumé aux Psaumes, de repeter une chose deux fois, et qu'en Isaie l'esprit de la bouche vaut autant comme la parolle, ceste raison est debille (Is. 11, 4). Pourtant j'ay voulu sobrement toucher ce qui pouvoit contenter nostre foy, et luy donner repos asseuré.

16. Or selon que Dieu k l'advcnement de son Fils unique s'est plus clairement manifesté, aussi les trois personnes ont esté alors mieux cogneues : combien qu'un seul tesmoignage choisi d'entre plusieurs nous suffira. Sainct Paul conjoinct tellement ces trois, Dieu, la Foy, et le Baptesme (Ephes. 4, 5), qu'il tire argument de l'un à l'autre: concluant puis qu'il n'y a qu'une foy, qu'il n'y a qu'un seul Dieu : et puis qu'il n'y a qu'un Baptesme, qu'il n'y a aussi qu'une foy. Si doncques par le baptesme nous sommes introduits en la foy d'un seul Dieu, pour l'honnorer, il nous faut tenir pour vray Dieu celuy au nom duquel nous sommes baptizez. Et n'y a doute (lue nostre Seigneur Jésus commandant de baptizer au nom du Père et du Fils et du sainct Esprit, n'ait voulu declairer que ceste clarté de cognoisire trois personnes devoitluyre en plus grande perfection qu'auparavant (Matth. 28, 19). Car cela vaut autant à dire que baptizer au nom d'un seul Dieu, lequel est maintenant évidemment apparu, au Père, au Fils et au sainct Esprit. Dont il s'ensuit qu'il y a trois personnes résidentes en l'essence de Dieu, esquefies Dieu est cogneu. Et de fait, puis que la foy ne doit point regarder çà et là, ne faire plusieurs discours, mais s'adresser à Dieu seul, s'y tenir et arrester du tout: de là il est facile à recueillir que s'il y avoit plusieurs espèces de foy, il faudroit qu'fi y eust plusieurs dieux. Et qu'est cela autre chose que tesmoigner clairement les trois estre un seul Dieu? Or si cela doit estre résolu entre nous, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, nous concluons (jne le Fils et le sainct Esprit sont la propre essence divine. Pourtant les Arriens estoyent fort esgarez en leur sens, lesquels en concédant à Jésus Christ le tiltt-e de Dieu luy ostoyent la substance divine. Les Macédoniens aussi estoyent transportez de semblable rage,

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