CHAPITRE XI
ne machinent autre chose que guerres, effusion (le sang, meurtres d'armées, pilhiges ou saccagemens de villes, destructions de peuples, ruines de royaumes, seulement pour attraper à eux les biens d'autruy ? (k^rtes c'est chose claire, qu'ils ne cherchent l'ion moins que la gloire de Christ: (^ar (piand ils icsigneroyeiit de leur hon gré toute la puissance séculière qu'ils ont, et -^'en demettroyent, cela n'empurteroil nul préjudice ny à la gloire de Dieu, ny a la vraye doc- .trine, ny au salut de l'Eglise. Mais ils sont enragez d'une cupidité desbridéc de dominer : et pour ceste cause pensent que tout soit perdu, sinon (ju'ils dominent en rigueur et se faisans {•raindre, comme dit le Prophète Ezechiel (Ezech.
lo. A la jurisdiction est conjointe l'imumnité, de laquelle se glorifie le Clergé romain. Car il leur semble advis (pi'on leur feroit tort et injure, de les faire venir devant un juge terrien en causes personnelles : et pensent (jue tant la liberté que l'honneur de l'Eglise gist en cela, (ju'ils soyent exempts de la justice commune. Or les Evescjues anciens, qui autrement estoyeut assez grans zélateurs à maintenir le droit de l'Eglise, n'ont point estimé ijue leur iJroit fast aucunement amoindry, s'ils estoyeut sujets aux juges laies, ijuant aux causes civiles. Et de fait, les Empereurs Chrestiens ont tousjours usé, sans contredit, de leur puissance sur le Clergé. Car vûicy connue parle Constantin aux Eves- ({ues de Nicomedie : Si quelcun des Evesques fait quelque trouble par sa folie, son audace sera reprimée par la main du ministre de Dieu : c'est à dire par la mienne ''*'. El Valentinien dit ainsi en quelijue Epistre:Les bons Evesques ne detractent point de la puissance de l'Empereur mais de bon cieur gardent les commandeniens lie Dieu souverain Roy, et obéissent à noz ordonnances "". Rrief, cela estoit persuadé à chacun de ce temps-là, sans aucune difficulté. 11 est bien vray que les causes Ecclésiastiques estoyent réservées au jugement de l'Evesque et des Prestres: Comme pour exemple, si quelque clerc n'eust rien commis contre les loi\, mais seulement eust delinqué en son office, il n'estoit point adjourné au tribunal conunun. mais avoit son Evcsque pour juge. Semblablement s'il y avoit quelque controversie et quehiue (juesiion de la foy, ou autre (jui appartinst proprement à l'Eglise, icelle en cognoissoit. Et faut ainsi entendre ce qu'escrit sainct Ambroise k l'Empereur Valentinien : Feu vostre Père, dit-Il, de bonne mémoire, non seulement a respondu de bouche, mais a aussi ordonné par CfJicts, (jue des differens de la foy, ceux en devoyent juger qui auroyent l'office et la dignité. Item, Si nous regardons tant l'Escriture que les exemples anciens, qui est-ce qui niera qu'en cause de la foy les Evesques doyvent juger des Empereurs
Chrestiens, et non pas les Empereurs des Eves- (lues ■' Item, Je fusse venu à vostre (Consistoire, Sire, si les Prestres et le peuple l'eussent permis, disans (|u'une cause de la foy se doit traiter en l'Eglise en la présence du peuple "^. En ces passages il maintient bien qu'une cause spirituelle, c'est a dire touchant la Chrestienie, ne se doit point tirer en justice terrienne, où se débattent les causes profanes du monde : et en cela il n'y a nul ([ui ne loue et ne prise sa constance. Toutesfois encore qu'il ait bon droit, si est-ce qu'il proteste que quand l'Empereur y viendroit par force, il voudroit céder: Je ne quitteray, dit-il, jamais de mon gré le lieu qui m'est commis : mais si je suis contraint, je ne say (|ue c'est île répugner. Car noz armes sont jjrieres et larmes "*. .Notons comment ce sainct personnage use d'une singulière prudence et modération, avec sa constance et hardiesse. Justine mère de l'Empereur, d'autant qu'elle ne le pouvoit attirer à l'heresie des Arriens, s'efforcoit de le faire déposer: et fust venue à bout de son entreprise, s'il fust venu au palais impérial pour démener là sa cause. Il nie donc (jue l'Empereur soit juge compétent d'une si haute matière : ce que la nécessité du temps requeroit, et comme aussi la vérité est. Car il avoit ce jugement, que plustost il devoit mourir, que de soufirir qu'un tel exemple fust introduit en l'Eglise par son consentement : et toutesfois si on y eust procédé par violence il n'eust point volu résister. Car il dit qu'il n'appartient point a un Evesque de maintenir par armes la foy et le droit de l'Eglise. Quant est des autres affaires séculiers, il proteste d'eslre prest à faire ce que l'Empereur luy voudra commander: S'il demande quelque tribut, dit-il, nous ne luy refusons point : les possessions de l'Eglise payent tribut. S'il demande mesme le foml, il a la puissance de le prendre : nul lie nous ne s'y opposera Sainct Grégoire aussi parle en semblable manière : Je say bien, dit-il, l'affection de nostre tresbon seigneur l'Empereur, qu'il n'a point accoustumé de s'entremettre des causes appartenantes aux prestres, de peur d'cstre chargé de noz péchez ^^'*. 11 n'exclud jias du tout l'Empei'eur qu'il n'ait à juger sur les Prestres: mais seulement remonstre (ju'il y a quelques causes, lesquelles il doit reserver au jugement Ecclésiastique.
K). Elt mesme par ceste exception les saincts personnages n'ont cherché autre chose, sinon de prévenir à ce que les Princes, qui ne seroyent pas trop bien affectionnez à la Chrestienté, n'empeschassent l'Eglise a faire son office. Car ils n'estoyent point marris si quelque fois les Princes interposoyent leur àuthorité en choses Ecclesiastiiiues, moyennant qu'ils le fissent pour conserver l'orilre de l'Eglise, non pas le troubler et pour establir la discipline, non pas la ruiner.
oGG LIVRE IV
Car d'autant que l'Eglise n'a point authorité de contraindre, et mesme ne la doit appcter (je parle de contrainte actuelle) c'est l'office des bons Princes, de maintenir la Chrcstienté par bonnes loix, statuts et corrections. SuN^^ant ceste raison, sainct Grégoire conforme le commandement de l'Empereur Maurice, qu'il avoit fait à quelques Evesques, leur enjoignant de recevoir leurs voisins Evesques, qui avoyent esté dechasscz de leurs sièges i)ar les barbares. Saint Grégoire donc exhorte iccux Eves-
ques à luy obéir. Et de fait, quand le mesme Empereur l'ad monnoste de se reconcilier avecl'Evesque de Gonstantinoble, il rendit bien la raison pourquoy il ne le dcvoit faire, sinon avec bonne condition : mais il n'allega point son immunité, pour dire qu'il fiist exempt de l'authorité impériale, aucontraire il confesse en son Epistre, que Maurice avoit lait ce qui convenoit à un Prince, en commandant aux Evesques d'estre unis ensemble : et promet de faire tout ce qu'il pourra en bonne conscience ^'^'.