CHAPITRE XII
De la discipline de l'Eglise, dont le principal usage est aux censures et
en l'excommunication.
1. Il faut maintenant brièvement expédier la discipline de l'Eglise, de laquelle nous avons dilïeré à traiter jusques icy. Or icelle dépend pour la pluspart de la puissance des clefs et de la jurisdiction spirituelle. Pour avoir facile intelligence de cela, divisons rEgiisc en deux estais : assavoir, qu'elle contienne le Clergé et le peuple. J'use de ce mot de Clercs, pource qu'il est commun, combien qu'il soit impropre : par lequel j'enten ceux qui ont office et ministère en l'Eglise. Nous parlerons en premier lieu de la discipline commune h laquelle tous dowent estre submis : puis nous viendrons au Clergé, lequel a sa discipline propre outre celle que nous avons dite. Mais pource que d'aucuns hayssent tant la discipline qu'ils en ont mesme le nom en horreur, il est besoing de leur remonstrer leur faute. S'il n'y a nulle compagnie, ny mesme nulle maison, quelque petite qu'elle soit, qui se puisse maintenir en son estât sans discipline, il est certain (ju'il est beaucoup plus requis d'en avoir en l'Eglise, laquelle doit estre ordonnée mieux que nulle maison ny autre assemblée. Pourtant, comme la doctrine de nostre Seigneur Jésus est l'ame de l'Eglise: aussi la discipline est en icelle comme les nerfs sont en un corps, pour unir les membres et les tenir chacun en son lieu et son ori!re. Pourtant tous ceux qui désirent que la dis- '•ipline soit abbalue, ou qui empeschent qu'elle ne soit remise au dessus, soit qu'ils le facent à leur escient, ou par inconsideration, cherchent d'amener l'Eglise k une dissipation extrême. Car que sera-ce en la fm, s'il est loisible cà chacun de vivre comme il" voudra ? Or il y auroit une telle liberté, sinon qu'avec la prédication de la doctrine on use d'admonitions privées, de correction et autres aides, lesquelles sont pour
tenir la main à la doctrine, à ce qu'elle ne soit point oisive. La discipline donc est comme une Iiride pour retenir et domter ceux qui sont rebelles à la doctrine, et comme un esperon pour piequer ceux qui d'eux-mesmes sont tardifs et nonchalans : ou bien quelques fois comme une verge paternelle, pour chastier doucement et avec mansuétude Chrestienne, ceux qui ont failly plus grièvement Ainsi, puis que nous voyons que l'Eglise s'en va déserte et désolée, s'il n'y a autre solicitude et moyen d'entretenir le peuple en l'obéissance de nostre Seigneur, la nécessité crie qu'on a mestier de remède. Or le remède unique est celuy que Jésus Christ commande, et qui a esté tousjours en usage entre les fidèles.
2. Le premier fondement de la discipline est, que les admonitions privées ayent lieu: c'est à dire, que si quelcun ne fait point son devoir de bon gré, ou qu'il se desborde en insolence, ou qu'il ne vive pas honnestement, ou qu'il ait commis chose digne de reprehension, qu'il souffre d'estre admonnesté, et qu'un chacun mette peine d'admonnester ses prochains quand il en sera mestier : mais (|ue sur tous les autres, les Pasteurs et Prestres veillent sur cela, d'autant que leur office est non seulement de prescher en chaire, mais aussi admonnester et exhorter en particulier par les maisons, ceux envers les(iuels la doctrine générale n'aura point assez d'efficace : comme sainct Paul le monstre, quand il recite qu'il a enseigné les Ephesicns tant par les maisons comme en public, protestant qu'il est pur du .sang de tous, d'autant (ju'iln'a cessé d'admonnester un chacun nuict et jour avec larmes (Act. 20, 20. 26. 31). Car lors la doctrine a sa pleine authorité et produit son fruit, quand le ministre non seulement