CHAPITRE XII
(lef'Iaire à tous ensomble comment ils do\Tent vivie, mais aussi a moyen et entrée trinciter en particulier ceux lesquels il voit estre nonclialans. ou mal oheissans à la (loctrine, et les soliciter a s'accjuiter. Si ([uelcun rejette avec rébellion telles remonstrances, ou bien en persévérant a mal-faire, monstre (juil n'en tient conte après avoir esté pour la seconde toisadmonnesté en la présence de deux ou trois tesmoins, il doit, selon le commandement de Jésus Christ, estre remis au jiii^oment de rEi,Mise. et là estre admonnesté plus a bon escient par l'autborité publique, d'escouter rKjj^lise, se submettre a icelle en humilité, et obéir. Si on n'en peut clievir par ce moyen, mais qu'il continue en sa meschanceté. lors on le doit exdurre et bannir de la compajinie des Chrestiens, comme contempteur de lE-lise rMatth. 18. lo. 17).
;{. -Mais puurce que Jésus Christ en ce pas- .sajre-là ne parle que des vices occultes et cachez, il nous faut mettre ceste distinction entre les péchez, qu'aucuns sont cachez, el les autres publiques ou notoires. Quant aux premiers, Jésus Christ parlant à un chacun particulier dit, Argue celuy qui aura failly. entre toy et luy secrètement (Matlh. 18, 13). De ceux qui sont notoires, .sainct Paul dit à Timothée, Argue-le devant tous, afin que les autres craignent (1 Tim.o, 20). (^ar Jésus Christ avoit dit au paravant. Si ton frère a péché contre toy, ou envers toy : lequel mot on ne peut autrement exposer, que comme s'il disoit, Si quelcun a péché, et que tu le saches toy seul, sans qu'il y ait d'autres tesmoins. Ce que sainct Paul commande à Timothée, de redarguer ceux qui auront fait f;iute manifeste, il l'a suyvy et gardé envers Pierre. (]ar pource que la faute d'iceluy estoit scandaleuse, il ne l'admonnest*! point à part, mais l'amena devant toute l'Eglise (Cal. "1, 14). Ceste façon de procéder sera droite et légitime, si en corrigeant les fautes secrètes nous suivions les degrez que Jésus Christ a mis : en corrigeant celles qui sont manifestes, nous venons du premier coup devant l'Eglise, mesmement si elles emportent scandale publique.
4. Il nous ftiut aussi avoir une autre distinction entre les péchez : c'est que les uns sont fautes moindres, et à pardonner plus facilement: les autres sont crimes, ou actes vilains et meschîtns. Pour corriger les crimes, il ne suffit point d'user d'admonition ou remonstrance, mais de remède plus severe : comme sainct Paul le demonstre, quand non seulement il reprend de parolle l'inceste de Corinthe, mais le chastie par excommunication, estant bien informé du casd Cor. o. 4.3). Nous commençons donc ja d'appercevoir plus clair^mient comment la jurisdiction spirituelle de l'Eglise, la(|uelle selon la parolle de Dieu corrige les fautes, est une tresbonne ayde pour la conservation de
l'Eglise, fondement de l'ordre d'icelle, et lien d'unité. Panpioy l'Eglise, quand elle déboute de sa compagnie tous manifestes adultères, [laillards. larrons, abuseurs, voleurs, rapineurs, homicides, sedicieux, batteurs, noiseurs, taux tesmoins et autres semblables : item, ceux qui n'am"ont pas commis crimes si énormes, mais ne se seront voulu amender de leurs fautes, et se seront monstrez rebelles : elle n'entreprend rien outre raison, mais seulement elle exécute la jurisdiction que Dieu luy a baillée. Et afin (jue nul ne mesprise un tel jugement de l'Eglise, ou estime petite chose d'estre condamné par la sentence des fidèles, le Seigneur a testifié que cela n'est autre chose qu'une déclaration de sa propre sentence : et que ce qu'ils auront prononcé en terre, sera ratifié au ciel (Matth. 16, 19: 18, 18: Jean 20. 23). Car ils ont la parolle de Dieu pour condanuier les pervers, ils ont la mesme parolle pour recevoir k mercy tous vrais repentans. Ceux qui pensent que les Eglises puissent longuement consister sans estre liées et conjointes par ceste discipline, s'abusent grandement, veu qu'il n'y a doute que nous ne nous pouvons passer du remède (lue le Seigneur a preveu nous estre nécessaire. Et de fait, l'utilité qui en vient monstre mieux quelle nécessité nous en avons.
o. Or il y a trois fins que l'Eglise regarde en ces corrections et en l'excommuniement. La première est, que gens de mauvais gouvernement ne soyent avec grand opprobre de Dieu contez au nombre des Chrestiens, comme si l'Eglise estoit un réceptacle de meschans et mal vivans. Car puis que l'Eglise est le corps de Christ (Col. 1, 24), elle ne peut estre contaminée par membres pourriz, qu'une partie de la honte n'en revienne au Chef. Afin donc qu'il n'y ait rien en l'Eglise dont le nom de Dieu reçoive quelque ignominie, il en faut dechasser tous ceux qui par leur turpitude dilTamentet deshonnorent la Chrestienté. 11 faut aussi avoir en cest endroit esgard à la One du Seigneur, qu'elle ne soit point profanée en la baillant indifféremment à tous. Car il est certain que celuy auquel la dispensation en est commise, s'il y admet quelcun lequel il en doyve et puisse repousser, est coulpable de sacrilège, comme s'il donnoit aux chiens le corps du Seigneur. Pourtant sainct Chrysostome se courrouce contre les Prestres, lesquels pour crainte des grans et des riches n'osoyent rejetter nul d'eux quand ils s'y presentoyent. Le sang, dit-il, en sera requis de voz mains : si vous craignez l'homme mortel, il se moquera de vous : si vous craignez Dieu, les hommes mesmes vous auront en honneur. (Jue nous ne soyons point estonnez ne de sceptres, ne de diadèmes, ne de pourpre, nous avons icy une plus grande puissance. Quant à moy. je presenteray plustost mon corps à la
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mort, et souffriray que mon sang soit espandu plustost que d'estre participant de ceste pollution'"" (Ezech. 18, 18; :W, S). Afm donc que ce sainct mystère ne soit en opprobre, il est bien requis qu'on l'administre avec discrétion : la- (luelle requiert (pi'ily ait jurisdiction en l'Ejilise. La seconde fin est, que les bons ne soyent corrompuz par la conversation des mauvais, comme il advient souventeslbis. Car selon que nous sommes enclins à nous desvoyer, il ne nous est rien plus facile que de suyvre mauvais exemple. Ceste utilité a esté notée par TApostre, ([uand il commandoit aux Corintbiciisde bannir de leur compagnie celuy qui avoil commis inceste : Un petit de levain, dit-il, aigrist toute la paste. Et mesmes le sainct Apostre voyoit un si grand danger en cela, qu'il defendoit aux bons toute compagnie et familiarité des meschans : Si celuy, dit-il, qui se renomme frère entre vous, est paillard, ou avaricieux, ou idolâtre, ou mal disant, ou yvrongne, ou raj^ineur, je ne vous permets point de manger avec luy (1 Cor. o, 6. H). La troisième fin est, que ceux qu'on chastie par excommunication, estans confuz de leur honte se repentent, et par telle repentance viennent à amendement. Et ainsi il est expédient, mesmes pour leur salut, que leur meschanceté soit punie, afin qu'estans adverlis i)ar la verge de l'Eglise, ils recognoissent leurs fautes esquelles ils se nourrissent et endurcissent, quand on les traite doucement, (^est ce que veut dire l' Apostre en ce qui s'ensuit : Si quelcun n'obeist point à nostre doctrine, notezle : et ne vous meslez point avec luy, afin qu'il ait vergongue (2 Tbess. 3, l'i). Item en un autre passage, quaml il dit qu'il a livré l'inceste de Corinthe à Satan, en perdition de la chair, afin que l'esprit fust sauvé au jour du Seigneur (1 Cor. 5, 5): c'est à dire, selon mon advis, qu'il l'a chastié d'une condamnation temporelle, afin que l'esprit fust éternellement sauvé. Il nomme cela. Livrer à Satan : pource que hors l'Eglise le diable a son règne, comme Jésus Christ en l'Eglise. Car ce qu'aucuns entendent cela de quehjue certain tourment temporel qui se faisoit par le diable, cela me semble advis fort incertain : mais plustost se doit ainsi entendre comme je dy ^-'.
6. Puis que nous avons ces trois fins, il reste de voir comment c'est que l'Eglise exerce ceste partie de discipline, laquelle est située en jurisdiction. Pour le premier, il nous faut tousjours retenir ceste distinction que nous avons mise cy dessus : assavoir, qu'il y a d'aucuns péchez qui sont publiques, les autres sont plus occultes. Les péchez publiques, sont ceux qui ne sont pas seulement cogneuz à un ou cà deux tesmoins, mais ont esté commis manifestement, et avec scandale de toute l'Eglise. J'appelle péchez occultes, non pas ceux qui sont du tout inco-
gneuz des hommes, comme sont ceux des hypocrites (car ceux-là ne viennent point en la cognoissance de l'Eglise) mais ceux qui sont tellement secrets, que (iueh}ues uns les cognoissent. La première espèce ne requiert point qu'on y procède par les degrez que Jésus (Christ met au dixhuitieme de sainct Matthieu: mais quand il advient ainsi quelque scandale notoire, l'Eglise doit du premier coup faire son office enappellant le pécheur et le corrigeant selon la mesure de sa faute. Quant aux péchez secrets, on ne les doit point attirer du premier coup à l'Eglise, sinon (|u'il y ait contumace et rébellion, (pie riiomme ne vucille point obéir auxremonstrances qu'on luy fait, selon ceste reigle,S'il ne veut point escouter, dy-le à l'Eglise. Or quand on est venu jusques là, il faut lors observer l'autre distinction entre les crimes et fautes plus legieres. Car ce n'est point raison d'user d'une mesme sévérité envers un delict moinilre, qu'envers un crime : mais il suffit d'user de reprehension de paroUes, voire douce et paternelle, laquelle ne soit pas pour rompre et aigrir le pécheur, mais le réduire à soy-mesme, afin qu'il se resjouysse plus d'estre corrigé, qu'il ne s'en contriste. Des crimes, il les faut chastier plus rudement. Car ce n'est point assez de corriger de parolles celuy (|ui a oITensé l'Eglise par mauvais exemples : mais il mérite d'estre privé delà communion de la Cène, jusqu'à ce qu'il ait donné signe de repentance. Car sainct Paul n'use point seulement de reprehension de parolles contre le Corinthien, mais il rejette de l'Eglise (1 Cor. 3, 5): tençant les Corinthiens de ce ([u'ils l'avoyent si long temps soutTert. Ceste façon a esté tenue en l'Eglise ancienne cependant (pi'il y avoit encores bon gouvernement. Car si ([uelcun avoit commis un crime dont il fust sorty scandale, premièrement on luy commandoit de s'abstenir de la Cène, puis après de s'humilier devant Dieu, et tcstifier sa repentance devant l'Eglise. Et de fait, il y avoit certaines choses qu'on enjoignoit aux penitens, pour estre signes de leur repentance. Quand le pécheur avoit ainsi satisfait à l'Eglise, on le recevoit en la communion avec imposition des mains. Laquelle réception est nommée souvent Paix par sainct Cyprien ; comme quand il dit. Ceux qui ont commis quelque scandale, font pénitence pour le temps qui leur est ordonné: puis ils viennent faire confession de leur faute, et par imposition des mains de l'Evcsque et du Clergé obtiennent paix et communion. Combien que l'Evesque avec le Clergé reconcilioit tellement les pécheurs à l'Eglise, que le consentement du peuple y estoit requis, comme il le dit en un autre lieu.
7. Cette discipline estoit tellement commune sans exemption de personne, que les Princes mesmes se submettoyent à icelle, comme les autres : et à bon droit, veu qu'ils savoyent qu'elle