‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 567 sur 703 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

estoit (le Clirist, auquel c'est bien raison (|ue tous sceptres et diadèmes de Hoys soyent suhjets. En ceste manière l'Empereur Theodose estant excommunié par saincl Ambroise, à cause du sanu^ imiocent esjiandu par son commandement, sedevostit de tous ses ornemens royaux, et pleura |)ubli(piement son péché en l'Ej^lise, combien ipi'il i't'ust commis à la su^'gestion d'aucuns et demanda iiardunavec larmes et souspirs'-^Celutunacteàluydignedegrand'louange:

car les j;rans Rois ne doivent point prendre cela a déshonneur de s'humilier et [jloyer le <:cnouil devant Jésus Christ leur Prince souverain, et ne leur doit point faire mal d'estre jugez de l'Eizlise. Car comme ainsi soit qu'en leurs Cours ils n'oyent rien (|ue pures llatteries, il leur est trop plus que nécessaire d'estre corrigez de Dieu par la bouche des Pasteurs : mesmes ils doivent désirer que leur Pasteur ne les espargne point, alin que Dieu les espargne. Je laisse icy à dire qui sont ceux qui doyvent exercer ceste jurisdiction, pource que j'en ay desja traité ailleurs : j'adjuusteray toutestois ce poinct à ce (jue j'en ay dit, que ceste est la procédure légitime à excommunier les pécheurs, que les Prestres ne le tassent point seuls, mais avec le seu et consentement de l'Eglise : en sorte que le commun peuple n'ait point la chose en main pour dominer et aller devant, mais ([u'il en soit tesmoing, pour prendre garde que rien ne se face par convoitise desordonnée. Or en cela, outre l'invocation du nom de Dieu, il est requis d'user d'une gravité, laquelle demonstre la présence de Jésus (>hrist, c'est à dire qu'on aperçoyve qu'il préside en cest acte.

8. Toutesfois il ne nous faut point oublier que la sévérité de l'Eglise doit estre telle, (jue tousjours elle soit conjointe avec douceur et humanité. Car ce danger est tousjours à éviter, comme sainct Paul commande, (|ue celuy qu'on chastie ne soit englouty de tristesse {i Cor. 2,7). Car par ce moyen, du remède on en feroit une poison. Combien que la reigle de modération se pourra mieux prendre de la lin d'icelle. Car puis que l'excommunication tend à ce but, que le pécheur soit amené à repentance, et qu'on oste tous mauvais exemples, a ce que le nom de Jésus Christ ne soit point blasphémé, et que les autres ne soyent induits à mal faire en les ensuyvant: si nous regardons à ces choses, il sera facile de juger jusqu'à où la sévérité doit procéder, et où elle doit superseder. Ainsi quand le pécheur donne tesmoignage de repentance à l'Eglise, et par cela oste, entant qu'en soy est, le scandale et l'etface, il ne doit estre pressé plus outre. Que si on le presse, la rigueur passe mesure. Et en cest endroit on ne peut excuser que les Anciens n'ayent esté trop austères, veu que leur façon n'a pas esté accordante a la reigle du Seigneur, et estoit merveil-

leusement périlleuse. Car comme ainsi soit qu'ils privassent les pécheurs de la Cène, maintenant pour trois ans, quelque fois pour sept, quelque fois jusques à la mort, que s'en pouvoit il ensuyvre sinon une grande hypocrisie, ou un desi'sp(tir extrême ? Seiid)lal)leiiii'nt, ce que nul auquel il fust advenu de tomber derechef, n'estoit admis à pénitence pour la seconde fois, mais estoit pour toute sa \ ie banny de l'Eglise, cela n'estoit ny utile ne raisonnable. Quiconque donc estimera le tout avec bon jugement, cognoistra (lu'ils ont esté mal conseillez. Combien qu'en cela je reprouve plus la coustume que je n'accuse tous ceux qui en ont usé: entre lesquels il est certain (lu'il y en a eu ausquels cela a despieu, mais ils la supportoyent d'autant qu'ils ne la pouvoyenl corriger. Certes sainct Cyprien declaire comment il n'a point esté aspre ne rigoureux de son vouloir: Xostre patience, dit-il, et douceur et humanité est appareillée à tous ceux qui viennent. Je desire que tous rentrent en l'Eglise. Je désire que tous noz compagnons d'armes soyent dedans le camp de Jésus Christ, et que tous noz frères soyent en la maison de Dieu nostre l'ère. Je remets toutes fautes: j'en dissimule beaucoup, el de zèle que j'ay de recueillir tous noz frères en un, je n'examine point à la rigueur les fautes mesmes qui sont commises contre Dieu: et ne s'en faut gueres que moymesme ne pèche, en pardonnant les péchez plus facilement qu'il ne seroit de mestier. J'embrasse d'une dilection prompte et entière ceux qui retournent avec pénitence, et confessent leur péché avec satisfaction humble '-". Sainct Chrysostome estoit un petit plus rude, neantmoins si parle-il ainsi: Puis ijue Dieu est tant bénin, pourquoy est-ce que son ministre veut estre veu austère? Nous savons aussi de quelle gracieuseté sainct Augustin usa envers les Donatistcs, tellement qu'il ne douta point de recevoir au degré d'Evesque ceux qui avoyent renoncé à leur erreur, mesmes tantost après leur conversion. Mais d'autant que la laçon estoit aucontraire.ces lions personnages ont esté contraints de se déporter de leur jugement propre, pour suyvre la coustume receue.

9. Or comme ceste douceur et humanité est requise en tout le corps de l'Eglise, qu'on ne chastie point ceux qui auront failly, jusques au bout, mais par mesure et en douceur, et plustost, selon le précepte de sainct Paul, faire valoir charité envers eux (2 Cor. :2. 8), ainsi un chacun particulier en son enilroit si.' doit accommoder à ceste mansuétude et humanité. Nous ne devons point donc eifacer du nombre des esleuz les excor))muniez, ou en désespérer comme s'ils estoyent desja perduz. Bien est-il licite de les juger estrangers de l'Eglise, selon la reigle que j'ay mise cy dessus : encores cela

se doit faire pour le temps de leur séparation seulement. Et encores que nous appercevions en eux plus d'orgueil et d'obstination <iuc d'humilité: si les devons nous eneores remettre en la main de Dieu, et recommander à sa bonté, esperans mieux pour le futur f|ue nous n'y voyons de présent. Et pour plus brièvement parler, il ne nous faut point condamner à mort éternelle la personne qui est en la main d'un seul Dieu: mais nous devons estimer par la Loy de Dieu, quelles sont les œuvres d'un cliacun. Quant nous suyvons ceste rciglc, cela est plustost se tenir au juf;ement (pie Dieu nous a declairé, que de metU'e en avant le nostre. 11 ne nous faut point entreprendre plus de licence à juj;er, sinon que nous vueillions limiter la vertu de Dieu, et assujettir à nostre fantasie sa miséricorde, à laciuellc toutes fois et (piantes qu'il semble bon, les plus meschans sont convertiz en gens de bien, les estrangers sont receuz en l'Eglise: à ce que l'opinion des hommes soit frustrée, et leur audace reprimée : laquelle ose tousjours s'atti'il)uer plus cpi'il n'appartient, si elle n'est corrigée.

10. Touchant de ce que Christ dit, que ce que les ministres de sa paroUe auront lié ou deslié en terre, sera lié et deslié au ciel, (Matth. 18, 18), en ces paroUes il limite l'authorité de lier h, la censure Ecclésiastique : par huiuellc ceux qui sont excommuniez, ne sont point jettez en ruine éternelle et en desespoir, mais seulement en ce que leur vie est condamnée, ils sont advertis que la damnation éternelle les attend, s'ils ne se repentent, (^ar c'est la différence qui est entre excomuuuiication, et l'exécration que les Docteurs ecclésiastiques appellent Anathema: qu'en anathematizant un homme (ce qui ne se doit faire gueres souvent, ou du tout point) on luy este toute espérance de pardon, et le donne-on au diable : en l'excomuiuniant, on punist plustost ses mœurs. Et combien qu'on punisse aussi sa personne, toutesfois cela se fait en telle sorte, qu'en luy dénonçant sa damnation future, on le retire en voye de salut. S'il obeist, l'Eglise est preste de le recevoir en amitié, et le ûiire participant de sa communion. Parquoy, combien qu'il ne soit point loisible, si nous voulons deuement observer la discipline /*]cclesiastique, de hanter privement, et avoir grande familiarité aux excommuniez, neantmoins si nous devonsnous efforcer, entant qu'en nous est, soit par exhortation et doctrine, soit par clémence et douceur, soit par noz prières envers Dieu, de faire qu'ils se réduisent en bonne voye, et estans réduits, reviennent en la communion de l'Eglise : comme aussi l'Apostre nous enseigne. Se les reputez point, dit-il, comme ennemis, mais reprenez-les comme frères (2 Tliess. '^, lo). Il requiert aussi une telle mansuétude en toute l'Eglise, quant est de recevoir ceux qui mons-

trent quelque signe d'amendement. Car il ne veut point qu'elle exerce une sévérité trop rigoureuse, qu'elle procède estroitcment jusques au bout, et soit comme inexorable : mais plustost (ju'elle vienne au devant, et se présente volontairement à le recevoir, alin qu'il ne soit accablé de trop grande tristesse. Si ceste modération n'est diligemment gardée, il y a danger que de discipline nous ne tombions en une manière de géhenne, et que de correcteurs nous ne devenions bourreaux.

11. Il y a aussi un autre poinct qui appartient et est bien requis à modérer la discipline comme il faut : assavoir ce que sainct Augustin dit en disputant contre les Donatistes, Que si les particuliers apperçoyvent que les Prestres soyent aucunement negligens à corriger les vices, qu'il ne faut pas pourtant qu'ils se séparent de l'Eglise pour faire une sédition. Semblablement, si les Pasteurs ne peuvent purger et amender toutes les fautes (jui sont en leurs peuples, comme ils le desireroyent, qu'ils ne doyvent pas pourtant quitter leur estât, ou troubler l'Eglise par une rigueur désespérée. Car ce qu'il dit est tres-vray, assavoir que quiconque corrige ce qu'il peut en le redarguant : ou ce qu'il ne peut corriger, l'exclud sans rompre l'unité : ou ce qu'il ne peut exclurre sans faire dissention, le reprouve, et neantmoins le supporte, cestuy-là est libre de malédiction, et n'est point coupable du mal'-'. Il rend la raison en un autre passage : c'est que la façon et reigie de maintenir bonne police en l'Egbse, doit tousjours regarder unité d'esprit en lien de paix. L'Apostre, dit-il. nous commande d'ainsi faire : et quand ont fait autrement, le remède des chastimens non seulement est superflu, mais aussi pernicieux, et par conséquent n'est plus remède'-^ (Eph. 4, ± 3). Puis il adjouste : Qui pensera diligemment en ces choses, il ne laissera point d'user de sévérité, combien qu'il veuille conserver l'union : et ne rompra point le lien de concorde, par estre intempérant en correction'-®. Il confesse bien que non seulement les Pasteurs doyvent mettre peine que l'Eglise soit purgée de tous vices : mais aussi que chacun en son endroit se doit efforcer de ce faire. Et ne dissunule pas que celui qui ne tient i conte d'admonnester, arguer et corriger les mauvais, encore qu'il ne leur favorise point, et qu'il ne pèche point comme eux, est coupable devant Dieu : adjoustant mesme que celuy qui est en office publique, pouvant excommunier les mauvais, s'il ne le fait point, qu'il pèche à sa condamnation : seulement il veut que cela se face avec prudence, laquelle aussi nostre Seigneur requiert, assavoir qu'on n'arrache point le bon grain avec l'yvroye (Matth. 13, 29). Finalement il conclud ainsi avec sainct Cyprien, lequel il allègue, Que l'homme donc corrige en miséricorde ce qu'il peut : ce qu'il ne peut, qu'il

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