CHAPITRE Xll
le souffre en patience, et qu'il en remisse avec tJiloi'tion.
1^. Or ce sainct personnage dit ces choses, à cause de la trop grande rigueur des Donatistes : lesquels voyans des vices en rKglise, que les Evesques reprenoyent bien de parolles, mais ne les punissoyent point par excommunication (d'autant qu'ils n'esperoyent d'y profiter par ce moyen) crioyent contre les Evesques, les lilasmant (Uitrageusement comme traistres de la discipline : et qui pis est, se separoyent par schisme de la compagnie des fidèles : comme l'ont aujourdluiy les Anabaptistes, qui ne pensent point qu'il y ait compagnie Ghrestienne, sinon où il apparoisse une perfection totalement Angélique. Et [Kuir ceste cause, sous couverture de zèle, flestruisent toute l'édification qui est en l'Eglise. Telle manière de gens, dit sainct Augustin, convoitent et aiipetent d'attirer <à eux les povres peuples, ou bien les diviser, en les séduisant par leur apparence : non point par haine qu'ils ont des péchez îles autres, mais par cupiilité de leurs contentions, estans enflez d'orgueil, transportez d'obstination, cauteleux à calomnier, bouillans en sédition. Et afin qu'on n'appercoyve (pi'ils sont vuydes de la lumière de vérité, ils se couvrent de l'ombre de sévérité et rigueur : et ce qui nous est commandé en l'Escriture de faire, pour corriger les vices de noz frères en gardant unité et dilection, et en usant de médecine douce, ils en abusent à faire schisme et division raeschante en l'Eglise. Voila comment Satan se transfigure en Ange de lumière, induisant les hommes à cruauté inlmmaine sous ombre de les faire sévères : pource qu'il ne cherche autre chose que de rompre le lien de paix et union : et de fait, c'est le seul moyen ([u'il a de nous mal faire ('2 Cor. 11, 14).
13. Toutes ces parolles sont de sainct Augustin : mais ayant dit toutes ces choses, i! recommande singulièrement, que si tout un peuple est infecté d'un vice, comme d'une maladie contagieuse, qu'on modère la sévérité par miséricorde. Car de faire séparation, dit-il, c'est un mauvais conseil et pernicieux, et vient tousjours <à méchante issue: d'autant (pic cela est plus pour troubler les bons qui sont infirmes, que pour corriger les meschans (jui sont courageux en leur mal. Or le conseil qu'il donne là aux autres, luy mesme l'asuyvy (|uand mestior estoit. Car en escrivant à Aurelius E^vesque de Carthage, il se complaind bien de l'yvrognerie qui regnoit alors fort en Afrique, comme ainsi soit que l'Escriture la condamne tant: et exhorte ledit Evesque d'assembler un Concile provincial, pour y mettre remède. Mais il adjouste consequemment: Je croy bien, dit-il, que ces choses se doyvent oster non point avec une rigueur trop aspre, mais par bon moyen, en enseignant plustost qu'en commandant, en admonnestant
plus qu'en menaçant. Car il y faut ainsi besongner: quand un vice est commun en tout le peuple, il se doit exercer plus grande sévérité que quaml le nombre des pécheurs n'est pas si grand. Il n'entend [las toutesfois (pi'un Evesijue doyve dissimuler ou se taire, (juand il ne i)eut punir les péchez communs, comme aussi il l'expose tantost après, mais il veut que la correction soit tellement moilerée. qu'elle soit une médecine plustost (pi'une poison. Pourtant au troisième livre contre Parmenien, après avoir long temps disputé lie ce propos, il conclud ainsi : Il ne nous faut donc nullement négliger le précepte de l'Apostre touchant de séparer les mauvais, quand cela se peut faire sans (janger de trouble et sédition, comme aussi l'intention de l'Apostre a esté: et faut aussi adviser, (|u'en supportant l'un l'autre, nous mettions pe ine de garder unité '«" (1 Cor. o, 7: Eph. 4. 2).
ii. L'autre partie de la discipUne, huiuelle ne consiste pas proprement en la puissance des clefs, est ([ue les Pasteurs, selon la nécessité du temps, exhortent leurs peuples ou ci jusncs, ou ta prières solennelles, ou à autres exercices d'humilité et repentance: des(jueiles choses il n'y a point reigle certaim'' en la parolle de Dieu, d'autant qu'il les a voulu laisser au jugement île son Eglise. Toutesfois l'observation d'icelles, comme elle est utile, a esté tousjours pratiquée en l'Eglise ancienne, depuis le teiups des Apostres : combien que les Apostres mesmes n'en ont pas esté les premiers autheurs, mais en ont eu l'exemple de la Loy et des Prophètes. Car nous voyons la, que quami il survenoit quelque chose incontinent on assenibloit le peuple, et luy denoncoit-on qu'il priast Dieu avec jusnes (Joël 2, lo; Act. 13, 2. 3). Les Apostres donc ont suyvy ce qu'ils savoyent n'estre point nouveau au peuple de Dieu, et prcvoyoyent estre utile. Il y a une semblable raison de tous les autres moyens et exercices qui temlent a inciter le peuple à faire son devoir, ou à l'entretenir en obéissance. Nous en avons les exemples çà et là aux histoires, et n'est pas mestier d'en faire icy un receuil : mais voicy la somme de ce qu'il nous en faut tenir: Quand il advient quelque différent en la Chresticnté, qui tire grande conscipience, ipiand il est question d'eslire un Ministre, ou quand il y a quelque affaire difficile ou de grande importance: ou bien quaml il apparoist (piehjues signes de l'ire de Dieu, connue peste^ guerre ou famine: c'est un ordre sainct et utile en tout temps, que les Pasteurs induisent leurs peuples à jusnes et prières extraordinaires. Si ([uelcun ne reçoit point les tesmoignages qui se peuvent amener du vieil Testament à ce propos, comme s'ils ne convenoyent point à l'Eglise Chrestienne, il appert que les Apusires mesmes en ont ainsi fait. Combien que des prières, je ne pense point qu'il se trouve personne qui en face difficulté. Disons