CHAPITRE Xlil
lesquels ne vouloycnt entendre par le saincl Esprit. (|ue les dfnis de j^raee que Diendistriime aux litiiiiMios. (lar comiiie sagesse, intelligence. prutlence, force et autres vertus procèdent 'le luy : aussi d'aulrepart il est seul l'Esprit dé prudence, .sagesse, l'orce et toutes autres vertus: et n'est pas divi.sé selon la distribution diverse des grâces, mais demeure tousjours en son entier: cundden (pie les grâces se distrihuenl diversement, citnune dit l'Apostre ( 1 Cor. 1:2, 1 1 ).
17. D'autre pai't, l'Escritm'e nous demonstn? (iuel(pie distinction entre le Père et sa Parollc. entre la l'arolle et le saincl Esprit, laquelle toutesfois nous devons considérer avec grande révérence et sobriété, comme la grandeur du mystère nous admonneste. Pourtant la sentence de Grégoire Xazianzene me plaist Tort, Je n'en |)uis, dit-il, concevoir un, que trois ne reluysent Il l'entuur de nioy: et n'en puis discernei" trois, qu'incontinent je ne .soye réduit à un seul. -'* Il nous faut donc garder d'imaginer une trinité de 'personnes en Dieu, la(|uelle détienne nostre intelligence, ne la redui-sanl point à ceste unité. (À*rtes ces vocables du Père, du Fils et de rEsj)rit. nous dénotent une vrayc distinction: afin (pi'aucun ne pense que ce sont divers tilti'es (pu s'attribuent a Dieu pour le signifier sinqilement en plusieurs manières : mais nous avons a (ibserxer ([ue c'est une distinction, et non i)as une division. Les pasi^ages que nous avons alléguez monstrent assez que le Fils a sa jiroprieté distincte du Père : car il n'eust pas esté Parolle en Dieu, sinon (pi'il fust autre (jue le Père: et n'eust point eu sa gloire avec le Père, sinon qu'il fust distingué d'avec luy. Derecbef, le Fils se dislingue du Père, quand il dit (pi'il y en a un autre dupiel il a lesmoignage (Jean o, 32 : 8, 16. et autrepart). Et ainsi se doit prendre ce qui est dit ailleurs, que le Père a créé toutes choses par sa Parolle : ce (pii ne se pouvoit faire qu'il n'y eust iiuehjue dilîerence entre le Père et liî Fils. Davantage le Père n'est pas descendu en terre, mais celuy qui esloit sorty de luy: il n'est pas mitrl ne ressussité, mais celuy (luiavoit esté par luy envoyé. Et ne faut pas dire que ceste distinction a eu son origine depuis que le Fils a pris chair, veu (ju'il est notoire qu'auparavant le Fils uniipie a esté au sein du Père (Jean 1, \H). Car (lui osera dire qu'il y soit lors entré ipiand il est descendu du ciel pour jirendre nostre humanité? Il y esloit donc dés le cun.imencement, régnant en gloire. La distinction du saiiict Esprit d'avec le Père nous est signifiée (juand il est dit (juil procède du Père: d'avec le Fils, quand il est nommé autre: comme quand Jésus Christ dénonce qu'il viendra un autre Consolateur, et en plusieurs autres passages (Jean li, IG: lo, 20).
18. Or pour exprimer la nature de ceste distinction, je ne sa\ s'il est expédient d'emprunter
similitudes des choses humaines. Les Anciens le l'ont bien aucunefois : mais semblablemeut ils confessent (pie tout ce ([u'ils en iieuvenl dire n'approche pas beaucoup. Pourtant je crain d'enti-eprendre rien en cest endroit de peur que si je dis(jye (piehiue chose ([ui ne vint pas bien à propos, je donnasse occasion de mesdire aux meschans, ou aux ignorans de s'abuser. Neantiiioins il ne convient pas dissimuler la distinction Lupielle est exprimée en l'Escriture : c'est, (|u'au Père le commencement de toute action, et la source et origine île toutes choses est attribuée : au Fils, la .sagesse, le conseil et l'ordre de tout disposer : au saincl Esprit, la vertu et efficace de toute action. Oulreplus, combien (jue i'elernilé du Père soit aussi l'éternité du Fils et de son Esprit, d'autant que Dieu n'a jamais jiou estre sans sa .sapience et vertu, et (ja'eii l'éternité il ne faut chercher premier ne second : loulesfois cesl ordre qu'on observe entre le Père, le Fils et le sainct Esprit n'est pas superflu, que le Père soit nommé le premier: après le Fils, comme venant de luy: puis le sainct Esprit, comme procédant des deux. Car inesme l'entendement d'un chacun encline lànatm'ellemeut, de considérer premièrement Dieu, en après sa sapience, finalement .sa vertu, par laquelle il met en exécution ce qu'il a déterminé. Pour la- ([uelle cause le Fils est dit estre produit du Père seulement, l'Esprit de l'un et de l'autre : ce qui est souvenlesfois repelé en l'Escriture, mais l)lus clairement au huitième des Romains qu'en nul autre passage : où le sainct Esprit est indifféremment a{)pelé maintenant l'Esjirit de Christ, maintenant de celuy qui a ressuscité Christ des morts: et ce a bon droit. Car sainct Pierre ainsi tesmoignc que c'a esté l'Esprit de Christ par lequel ont parlé les Pro|>^ietes, comme aussi soit que l'Escriture souvent enseigne que ça esté l'Esprit du l'ere (2 Pierre 1, 21).
19. Or tant s'en faut que ceste distinction contrevienne à l'unité de Dieu, que plustost on peut prouver le Fils estre un mesme Dieu avec le Père, d'autant (pi'ils ont un mesme Esprit : et que l'Esprit n'est point une diverse substance du Père et du Fils, d'autant ([u'ilest leur Esprit. Car en chacune jjersonne toute la nature divine doit estre entendue, avec la propriété qui leur coinpete. Le Père est totalement au Fils, et le Fils est totalement au Père, comme luy-mesme raffirme, disant. Je suis en mon Père, et mon Père en moy (.Jean 14, 10 s.). Pourtant tous les Docteurs Ecclesiastiipies n'admettent aucune dilîerence, quant a l'essence, entre les personnes. 2® Par ces mots, dit sainct Augustin, denotans distinction, est signifiée la correspondance ([ue les personnes ont l'une à l'autre, non pas la substance, laquelle est une en toutes les trois. Selon lequel sens il faut accorder les sentences des Anciens, lesquelles sembleroyent autrement