CHAPITRE XII
confesser leur humilité, pouniuoy n'en userionsnous aussi bien comme les anciens, en nécessité semblable ? I/Escriture nous monstre que non seulement l'E^^ise d'Israël, qui estoit instruite en la parolle de Dieu, a jusné en siiirne de tristesse (1 Sam. 7, (i : :{1. i:{-, "2 Sam. 1, 1:2; 1 Uois :21, li) : mais aussi le peuple de Ninive, lequel n'avoitouy nulle doctrine outre la prédication de Jniias (.Ion. :?, Ti). Pourquoy donc n'en lerions-nous autant en cas pareil ? Uuelcun me dira que c'est une cérémonie externe, laquelle a prins fin en ('hrist avec les antres. Je respon (jue c'est aussi bien aujourdhuy une tresbonne ayde aux tideles. comme c'a tousjours esté: et une admonition utile pour les resveiller, afin de ne provoijuer point davantaire Tire de Dieu i)ar leur nonchalance et dureté, (juand ils sont chastiez de ses verges. Pourtant Jésus Christ excusant ses Apostres de ce qu'ils ne jusnoyent point, ne dit pas que le jusne soit aboly, mais il dit qu'il convient au temps d'aftliction, et le conjoinct avec pleur et tristesse. Le temps viendra, ilit-il, que l'Espoux leur sera osté (Luc o, :}'k Matth. 9, 13).
18. Mais afin qu'il n'y ait point d'erreur quant au nom. il est mestier de defmir que c'est que jusne. Car nous n'entendons point seulement par ce mot une simple tempérance et sobriété au boire et au manger, mais quelque chose davantage. Il est bien vray (jue la vie des fidèles doit estre attrempée d'une sobriété perpétuelle, si qu'il y ait comme une espèce de jusne en rhonuue Chrestien, pendant qu'il vit en ce monde: mais outre cela, il y a un autre jusne temporel, quand nous restraignons nostre vivre outre ce que nous avons accoustumé d'en prendre: et cela ou pour un jour, ou pour un certain temps : et usons d'une tempérance plus estroite que d'ordinaire. Geste restriction gist en trois choses, au temps, en la qualité des viandes, et eu la mesure. J'enten pai- le temps, que nous soyons à jun quand nous avons à faire ce pounjuoy nous jusnons. Comme pour exemple: si quelcun jusne à cause d'une prière solennelle, qu'il demeure à jun jusijues à ce qu'elle soit faite. La qualité gi.st en cela, que nous n'ayons pas des viandes friandes et délicates pour jjrovoquer le palais a manger, mais (lue nous soyons contens de viandes simples, communes et vulgaires. La mesure est, (jue nous mangions moins et plus légèrement que de coustume : .seulement pour la nécessité, et non point pour plaisir et volupté.
19. Toutesfois il nous faut tousjours donner garde de tomber en quehjue superstition, connue il en est advenu par cy devant avec grand dommage de l'Eglise. Car il vaudroit beaucoup mieux de n'user point de jusnes, que de les observer diligemment avec mauvaises opinions et pernicieuses, telles que le monde les conçoit
\ olontiers, si les Pasteurs ne vont au devant soigneusement et avec grande prudence. Voicy donc les remonstrances ([ui nous sont nécessaires pour bien user du jusne. La première est, (ju'il nous souvienne de ce que dit Joël, (pi'il faut ronqire les cu'urs, et non point les habillemens (Joël 2, 13): c'est à dire, que nous soyons advertis que le jusne n'est pas fort estimé en soy devant Dieu, sinon qu'il se face d'affectidu interieuit' du co'ur, et ([ue l'homme ait un vrav desplaisir de soy-mesme et de ses péchez, et une vraye humilité, et une vraye douleur procédante de la crainte de Dieu. Qui plus est, que nous sachions que le jusne n'est utile pour autre raison, que d'autant qu'il est conjoinct avec ces choses, comme une aide moindre et inférieure, (^ar Dieu n'a rien eu plus grande exécration que ceste hypocrisie, quand les hommes en luy ])resentant des signes et apparence extérieure, au lieu d'un cœur pur et net, le veulent abuser de mines. Et pourtant Isaie crie asi)rement contre ceste feintise, que les Juifs pensoyent avoir bien contenté Dieu quand ils avoyent jusné: ja soit que cependant leur cœur fust plein d'impiété et de meschantes affections. Est-ce là le jusne que j'ay esleu? dit le Seigneur (Is. 38, 3). Parquoy le jusne des hypocrites n'est pas seulem eut une peine perdue et inutile, mais une tresgrande abomination. Il se faut aussi donner garde d'un autre mal prochain à cestuy-là: c'est de reputer le jusne estre une œuvre méritoire, ou un service de Dieu. Car [)uis que c'est une chose indifférente de soy, et qu'il n'est d'aucune inqjortance, sinon entant qu'il regarde à ces fins que nous avons dites, c'est une superstition tresdangereuse de le mes- 1er simplement avec les œuvres commandées de Dieu, et nécessaires de soy, sans autre regard. Les Manichéens hérétiques anciens ont esté en ceste folie, lesquels sainct Augustin redarguant monstre bien qu'il ne faut estimer les jusnes que selon les fins que nous avons dites: et que Dieu ne les approuve point, sinon qu'on les y rapporte *^'. Le troisième erreur n'est pas du tout si meschant, toutesfois il ne laisse point d'estre dangereux: c'est de requérir et commander estroitement le jusne, comme si c'estoit une des œuvres pi'incij)ales de l'homme Chrestien. Item de le priser Uint, qu'il semble advis aux gens qu'ils ayent fait une (euvre bien digne et excellente, (juand ils auront jusné. En (juoy je n'ose point du tout excuser les anciens Pères, qu'ils n'ayent jette quelque semence de superstition, et donné occasion à la tyrannie qui est survenue depuis. Il est vray qu'il y a de bonnes sentences en leurs livres touchant le jusne: mais il y a aussi des louanges excessives pour le magnifier comme une vertu singulière entre les autres.
io. Davantage,on observoit desja de leur temps