CHAPITRE XIII
renoncer à Satan, pour nous adonner au service de Dieu, alln (|ue nous soyons oiieissans a ses saincts counnandemens, n'oLleniperans point aux désirs pervers de nostre chair, il ne faut douter que ce vœu ne soit sainct et utile, veu ([ue Dieu l'approuve en l'Escrituie, et niesnit^ qu'il le requiert de tous ses enfans. Et à cela ne contrevient point, (]ue nul n'acconqilist en la vie présente une telle olieissance (pie Dieu re(iuiert de nous. Car d'aut;uitque la sti[)ulation que Dieu fait en exigeant de nous que nous le servions, est enclose sous l'alliance de grâce, lacpielle contient rémission des péchez et régénération, pour nous faire nouvelles créatures, la promesse (pie nous faisons là presuiiitose (pie nous requérons a Dieu tousjours pardon de noz fautes, et (ju'il suhvienne a nostre foihlesse par son sainct Esprit. Touchant les vœuz particuliers, (piand il nous souviendra des trois relaies que nous avons mises cy dessus, nous pourrons bien discerner aisément quels ils seront. Toutesfois que nul ne pense (pie je vueille tellement priser les vœuz, mesme ceux (|ue je dy estie bous, que je conseille d'en user journellement. Car combien que je n'ose rien déterminer du nombre ne du temps, toutesfois quicou(iue me voudra croire, en usera sobrement. Car si (|uelcun est legier à beaucoup vouer et souvent, cela sera cause qu'il n'observera ])as tant diligemment ses vœuz, et y a grand dangier ({u'il ne décline à superstition. SI quelcun se lie de vœu perpétuel, il ne s'en acquitera point sans grand'peine et lascherie : ou estant lassé à la longue, il quittera tout.
7. Davantage, on sait quelle superstition a régné longtemps au momie en cest endroit. L'un vouoit de ne point boire du vin, comme si ceste abstinence estoit un service de soy agréable à Dieu : l'autre s'obligeoit à jusner : l'autre à ne point manger chair en certains jours, ausquels il imaginoit faussement ({u'il y avoit plus grande saincteté qu'aux autres. Il y avoit encore d'autres \œuz plus infantiles : ja soit qu'ils ne se fissent pas des petits enfans. Car on a estimé pour grande sagesse, de vouer des pèlerinages çà et là, voire de faire le chemin à pied, ou y aller à demy nud, pour acquérir plus de mérite par le travail. Si on examine aux reigles que nous avons mises cy dessus, toutes ces choses, ausquelles le monde a esté merveilleusement adonné, on trouvera que non seulement elles sont vaines et folles, mais qu'il y a impieté manifeste. Car comment qu'en juge le sens humain. Dieu n'a rien en plus grande abomination, que les services qu'on luy forge à plaisir. 11 y a puis après les mescliantes opinions et damnables qui sont en la pluspart : c'est que les hypocrites s'estans acquitez de tels fatras, se font accroire qu'ils se sont acquis une justice excellente, pensant que la substance de la Chrestienté soit si-
tuée en ces choses extérieures, et mesprisent tous ceux (jui n'en tiennent pas si grand conte qu'ils voudroyent.
8. 11 n'est ja mestier de deschilTrer par le menu toutes les espèces : mais pource (ju'oii a en plus grande rejjutalion les vo'ux nioiiasti(iues, d'autant qu'ils semblent estre approuvez par l'authorilé commune de l'Eglise, j'en traiteiay ici brièvement. i*our le premier, afin que nul ne maintienne la moynerie telle qu'elle est aujourdhuy, sous couleur d'ancienneté et de longue possession. Il faut noter qu'il y avoit bien une autre fa(;on de vivre anciennement aux monastères. Ceux qui se vouloyent exercer en grande austérité de vie, se reliroyent là. Et tout ainsi que nous lisons aux histoires des Lacedemoniens, qu'ils avoyent une discipline en leur vie, fort dure etaspre : aussi avoyent les Moynes de ce temps-là voire mesme plus rigoureuse et e.stroite. Ils dormoyent a terre sans lict ne couche : ils ne beuvoyent que de l'eau, et ne mangeoyent autre viande que pain bis, des herbes et racines : leurs plus grandes friandises estoyent de l'huyle, ou des polz et des fèves : Ils n'usoyent d'aucunes viandes délicates, et s'abstenoyent tant qu'il estoit possible de tout ce qui appartenoit a l'aisance et soulagement du corps. Ces choses sembleront advis Incroyables, sinon que ceux qui les ont veues et expérimentées eu rendissent tesmoiguage, comme Grégoire Nazanzien, Basile et sainct Chrysostome. C'estoyent les rudimens, par lesquels ils se preparoyent à un estât plus excellent. Car les collèges ou assemblées de Moynes estoyent lors comme semence, pour fournir l'Eglise de bons ministres : de laquelle chose ces trois quej'ay nommez sont tesmoins: veu que de la vie monastique ils ont esté appeliez pour estre Evesques : et aussi plusieurs autres notables personnages de leur temps. Pareillement, sainct Augustin monstre qu'encore de son temps ceste coustume duroit, qu'on preuoit gens des monastères pour servir à l'Eglise : car il escrit en ceste sorte à un collège de Moynes : Nous vous exhortons en nostre Seigneur, frères, de garder vostre propos, et de persévérer jusques en la fin, et si l'Eglise vostre mère a quelque fois besoin de vous, ne soyez point convoiteux par outrecuidance de recevoir la charge qu'elle vous Imposera, et ne la refusez aussi par paresse, mais obéissez à Dieu gracieusement ; ne préférez point vostre loisir aux nécessitez de l'Eglise, à laquelle, si les saincts qui ont esté devant vous n'eussent servy pour luy aider à enfinter ses enfans, elle ne vous eust point enfanté ^^^. Or 11 parle du ministère, par lequel les fidèles renaissent spirituellement. Il escrit aussi à Aurelius en une autre Epistre : Quand on reçoit en l'ordre de clergé les Moynes qui se sont desbauchez de leur monastère, on donne occasion aux autres de faire le semblable, et fait on